L'ijmāʿ est-il possible ? S'est-il produit ? Comment le connaître et le transmettre ? · Contre al-Naẓẓām · Le nombre, la transmission, le champ
Avant de discuter la valeur de l'ijmāʿ, il faut répondre à une attaque radicale : celle d'al-Naẓẓām, le muʿtazilite, pour qui l'ijmāʿ est tout simplement impossible (muḥāl) — comment les mujtahids, dispersés du Maghreb au Khurāsān, pourraient-ils s'accorder sur une question conjecturale ? Et même s'il était possible, ajoute un second adversaire, comment pourrait-on jamais savoir qu'il a eu lieu, vu l'impossibilité d'embrasser les avis de tous ? Subkī répond : « al-ṣaḥīḥ imkānuh » — et la preuve de la possibilité, c'est la survenance : l'humanité entière, d'Orient en Occident, s'est bien accordée sur la prophétie de Muḥammad ﷺ. Cette carte rassemble ensuite tout ce qui touche à la connaissance de l'ijmāʿ : faut-il que les mujmiʿūn atteignent le nombre du tawātur (Imām al-Ḥaramayn dit oui) ? Que vaut l'avis du mujtahid resté seul ? L'ijmāʿ transmis par voie de āḥād fait-il preuve ? Et sur quoi peut porter l'ijmāʿ — le religieux, le profane, le rationnel ?
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« Masʾala : l'avis correct est qu'il est possible… Que ce qui en est transmis par voie de āḥād fait preuve — et c'est l'avis correct dans tous les cas ; qu'on n'exige pas [des mujmiʿūn] le nombre du tawātur — Imām al-Ḥaramayn a divergé ; que s'il n'y avait qu'un seul [mujtahid], on ne tiendrait pas son avis pour preuve — c'est l'avis retenu ; que l'ijmāʿ peut porter sur le profane, le religieux et le rationnel dont sa validité ne dépend pas ; et qu'on n'y requiert pas d'imam impeccable. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijmāʿ (imkān al-ijmāʿ wa-naqluh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 282-287
Ibrāhīm b. Sayyār al-Naẓẓām (m. vers 231 H), théologien muʿtazilite de Baṣra, maître d'al-Jāḥiẓ, est l'adversaire récurrent du Kitāb al-Ijmāʿ : c'est lui qui tient l'ijmāʿ pour inconcevable et qui conteste sa ḥujjiyya (carte 7). Son argument : l'accord d'une multitude dispersée sur une question relevant du ẓann est contraire au cours ordinaire des choses — les tempéraments, les méthodes et les intérêts divergent. À ses côtés, un adversaire plus subtil : celui qui concède la possibilité en soi mais nie qu'on puisse jamais constater l'ijmāʿ, « vu l'impossibilité d'embrasser les paroles de toutes les créatures » (li-taʿadhdhur al-iḥāṭa bi-aqwāl al-khalq). La réponse des uṣūliyyīn est empirique : le fait prouve la possibilité (al-wuqūʿ dalīl al-imkān). Nous savons que des multitudes immenses se sont accordées — sur la prophétie de Muḥammad ﷺ, sur les cinq prières, sur l'interdit du vin. « Où donc sont l'impossibilité et la difficulté ? » conclut al-Zarkashī.
Traduction : « Il y a là trois questions. La première : l'ijmāʿ est possible — contre al-Naẓẓām qui le tient pour impossible, et contre celui qui en admet la possibilité mais nie toute voie pour en prendre connaissance, vu l'impossibilité d'embrasser les paroles des créatures. La preuve : nous savons que la multitude immense, à l'orient des contrées et à leur occident, s'est accordée sur la prophétie de notre maître Muḥammad ﷺ en raison de son miracle décisif. Où sont donc l'impossibilité et la difficulté ? »
Un ijmāʿ ne sert que s'il est connu. Or la plupart des ijmāʿs nous parviennent par les livres et les rapporteurs — des voies isolées. Quelle valeur ?
« Wa-lā yushtaraṭu fīhi imāmun maʿṣūm » — pointe anti-imamite : pour les Rawāfiḍ, aucune époque n'est vide d'un imam impeccable, et l'ijmāʿ ne vaut que parce que l'imam y est inclus — la ḥujja serait alors l'imam, non l'ijmāʿ. Les sunnites répondent : la ʿiṣma appartient à la totalité de la umma, non à un individu. La question rebondira carte 7 avec la réfutation des Shīʿites sur la ḥujjiyya.
« Pourquoi Imām al-Ḥaramayn est-il logiquement contraint d'exiger que les mujmiʿūn atteignent le nombre du tawātur, alors que la majorité ne l'exige pas ? Montrez comment la réponse dépend du fondement choisi pour la ḥujjiyya de l'ijmāʿ (samʿ ou ʿāda). »