L'ijmāʿ fait-il preuve — et avec quelle force ? · Qaṭʿī chez les Akthar, ẓannī chez al-Rāzī et al-Āmidī, tafṣīl chez Subkī · La ʿiṣma de la umma et le sort du jāḥid
Première carte de la Famille C : la valeur probante de l'ijmāʿ. Une fois sa possibilité établie (carte 2), trois questions s'enchaînent. (1) Est-il une ḥujja ? Oui — « les preuves du Kitāb et de la Sunna se sont accumulées » : le verset « وَيَتَّبِعْ غَيْرَ سَبِيلِ الْمُؤْمِنِينَ » et les aḥādīth de la ʿiṣma, dont le plus célèbre : « ma communauté ne se réunit pas sur un égarement » — contre al-Naẓẓām, qui en concédait la forme mais en niait la valeur, et contre les Shīʿites, pour qui la ḥujja est l'imam inclus dans la umma, non la umma. (2) Est-il qaṭʿī — au point d'excommunier ou de déclarer égaré son contradicteur — ou ẓannī, comme le soutiennent al-Rāzī et al-Āmidī ? Subkī construit ici son célèbre tafṣīl : qaṭʿī là où les muʿtabarūn s'accordent à y voir un ijmāʿ, ẓannī là où ils divergent — comme le sukūtī et l'accord à l'opposant rarissime. (3) Corollaires de la ʿiṣma : l'impossibilité de l'apostasie de la umma entière, la question de son ignorance collective, sa division en deux fractions toutes deux dans l'erreur — et, en khātima du chapitre, le sort du jāḥid qui nie une norme objet d'ijmāʿ.
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« Et qu'il est une preuve en matière de Loi ; qu'il est décisif (qaṭʿī) là où ceux dont l'avis compte s'accordent [à y voir un ijmāʿ], non là où ils divergent — comme le sukūtī et ce dont le contradicteur est rarissime ; al-Imām [al-Rāzī] et al-Āmidī ont dit : conjectural (ẓannī) absolument… Et que l'apostasie de la umma [entière] est impossible en vertu de la Révélation — c'est l'avis correct. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijmāʿ (ḥujjiyyat al-ijmāʿ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 287-289
Le socle textuel de la ḥujjiyya est un faisceau : le verset « Quiconque fait scission d'avec le Messager après que la guidance lui est apparue, et suit un autre chemin que celui des croyants, Nous le chargerons de ce dont il s'est chargé et le brûlerons dans la Géhenne » (al-Nisāʾ, 115) — menace qui prouve l'interdiction de quitter le « sabīl al-muʾminīn » ; et les aḥādīth de la préservation : « لَا تَجْتَمِعُ أُمَّتِي عَلَى ضَلَالَةٍ » — « ma communauté ne se réunit pas sur un égarement » —, « la main d'Allah est avec la jamāʿa », « une partie de ma communauté ne cessera de faire triompher la vérité ». Pris un à un, ces textes sont des āḥād ; mais leur convergence (taḍāfur) sur un même sens — la umma ne s'accorde pas sur le faux — donne, disent les uṣūliyyīn, une certitude de type tawātur maʿnawī, comme la générosité de Ḥātim. C'est pourquoi Zarkashī écrit : « les preuves du Kitāb et de la Sunna se sont accumulées à ce sujet » — certains y ajoutent une voie rationnelle, d'autres la ʿāda. Le choix de la voie, on l'a vu carte 2, commande jusqu'au nombre requis des mujmiʿūn.
Traduction : « Troisième question : si nous disons qu'il est une preuve, est-elle décisive — au point que nous excommuniions ou déclarions égaré son contradicteur — ou conjecturale ? Le plus grand nombre tient pour le premier ; al-Āmidī et al-Imām [al-Rāzī] pour le second. L'auteur a choisi une distinction : si ceux dont l'avis compte s'accordent à dire que c'est un ijmāʿ, c'est une preuve décisive ; s'ils divergent sur le point de savoir si la chose est ou non un ijmāʿ, c'est une preuve conjecturale — comme l'ijmāʿ silencieux et ce dont le contradicteur est rarissime. »
« Dans son tafṣīl sur la qaṭʿiyya, Subkī cite deux exemples d'ijmāʿ ẓannī : le sukūtī et "mā nadara mukhālifuh". Or le premier est, selon l'aṣaḥḥ, une ḥujja, et le second n'en est pas une. Pourquoi Subkī choisit-il précisément ces deux exemples opposés — que veut-il montrer sur la nature de son critère ? »