Que peut l'ijmāʿ face au khilāf — et le khilāf face à l'ijmāʿ ? · Pas d'ijmāʿ contre un ijmāʿ ; pas de troisième avis qui défait les deux premiers · Clôture de la Porte IV
Dernière carte du Kitāb al-Ijmāʿ : la dynamique temporelle du consensus et de la divergence. Quatre masāʾil s'emboîtent. (1) Un ijmāʿ peut-il contredire un ijmāʿ antérieur tranché ? Le jumhūr dit non — deux qāṭiʿ ne s'opposent pas ; Abū ʿAbd Allāh al-Baṣrī construit l'unique échappatoire logique. (2) Quand une génération a divergé sur deux avis, peut-elle — ou la suivante peut-elle — se rallier à l'un des deux ? Tout dépend du moment : avant l'istiqrār du khilāf (le ralliement à Abū Bakr sur les māniʿī al-zakāt), après, du vivant des mêmes (al-Rāzī interdit, al-Āmidī permet), ou à la génération suivante (l'aṣaḥḥ : impossible si le temps a été long). (3) Le khilāf sur deux avis interdit-il d'en inventer un troisième ? Réponse des mutaʾakhkhirūn : seulement s'il défait ce sur quoi les deux camps s'accordaient — avec l'exemple d'école du khamr et du nabīdh. (4) Même logique pour le tafṣīl — distinguer deux questions que les anciens ont toujours jugées d'un seul tenant (la tante paternelle et la tante maternelle) — et pour l'iḥdāth d'un dalīl, d'un taʾwīl ou d'une ʿilla nouvelle. Le fil rouge : on peut enrichir l'héritage des anciens, jamais défaire ce qu'ils ont scellé.
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« Et qu'il n'est pas d'ijmāʿ qui contredise un ijmāʿ antérieur — contre al-Baṣrī… Et sa transgression est interdite : on sait donc l'interdiction d'inventer un troisième [avis], et celle du tafṣīl, s'ils transgressent [le point commun] — certains ont dit : transgresseurs absolument ; et qu'il est permis de produire un dalīl, un taʾwīl ou une ʿilla nouvelle si [l'ijmāʿ] n'est pas transgressé — certains ont dit : non. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijmāʿ (al-ijmāʿ baʿda al-khilāf) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 284-289
Abū ʿAbd Allāh al-Ḥusayn b. ʿAlī al-Baṣrī (m. 369 H), dit « Juʿal », maître muʿtazilite de Bagdad — qu'il ne faut pas confondre avec Abū al-Ḥusayn al-Baṣrī, l'auteur du Muʿtamad — est l'adversaire désigné de la première masʾala. Son raisonnement est d'une grande finesse : rien n'empêche, en soi, que l'ijmāʿ sur un avis soit une preuve décisive seulement jusqu'à la survenance d'un ijmāʿ contraire — comme l'ijmāʿ autorisant les deux avis d'une question disputée cesse quand survient l'accord sur l'un d'eux. Si nous sommes assurés que cela n'arrivera pas, dit-il, ce n'est pas par le premier ijmāʿ, mais par un second : l'accord de la umma sur le fait que « tout ce sur quoi elle s'accorde de façon tranchée est vrai et s'impose à toutes les contrées ». Pour les Jamāhīr au contraire, l'impossibilité est inscrite dans le premier ijmāʿ lui-même : étant qaṭʿī, un ijmāʿ contraire impliquerait l'erreur de l'un des deux — ce que la ʿiṣma exclut (carte 8 : pas d'opposition entre deux qāṭiʿ). Le désaccord porte donc moins sur le résultat — tous conviennent qu'aucun ijmāʿ n'en contredira jamais un autre — que sur la source de cette garantie.
Traduction : « Le jumhūr tient qu'il n'est pas admissible qu'un ijmāʿ se conclue, après un ijmāʿ [antérieur], en contradiction avec lui — car cela impliquerait l'opposition de deux preuves décisives. Abū ʿAbd Allāh al-Baṣrī tient que ce n'est pas impossible — car rien n'interdit de faire de l'ijmāʿ sur un avis une preuve décisive tant qu'un autre ijmāʿ ne lui survient pas. »
Les mujtahids d'une époque se partagent sur deux avis, puis — avant que la divergence ne se stabilise — se rallient à l'un des deux. Cet accord est-il un ijmāʿ valide qui interdit désormais l'autre avis ?
Le khilāf s'est stabilisé et a duré. Les mêmes mujtahids peuvent-ils ensuite s'accorder sur l'un des deux avis et interdire l'autre ? Si l'on exige l'inqirāḍ al-ʿaṣr (carte 3), oui sans difficulté. Sinon, trois madhāhib :
Les anciens ont traité deux questions en bloc : un camp dit « licite dans les deux », l'autre « interdit dans les deux ». Peut-on, après eux, trancher l'une dans un sens et l'autre dans l'autre ?
« Sur les boissons enivrantes, al-Shāfiʿī interdit le peu et le beaucoup de tout enivrant ; Abū Ḥanīfa interdit tout le khamr mais, pour le nabīdh, seulement la quantité qui enivre. Un mujtahid postérieur propose : "seule la quantité enivrante est interdite — khamr compris". Appliquez le critère des mutaʾakhkhirūn : ce troisième avis est-il licite ? Identifiez précisément la "zone commune" des deux avis anciens que ce qawl thālith viendrait déchirer. »