Qu'est-ce que suivre sans dalīl · Le ʿāmmī doit-il faire taqlīd ? · Al-Shāfiʿī interdisant qu'on le suive aveuglément
Avec cette carte s'ouvre la Famille B du Kitāb al-Ijtihād : après le mujtahid, voici celui qui le suit. Subkī commence par définir : le taqlīd est « l'adoption de la parole d'autrui sans connaissance de son dalīl ». Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, rapporte ici un détail de manuscrit savoureux : Subkī, dans la première copie écrite de sa main, a ensuite barré cette définition pour écrire « l'adoption du madhhab d'autrui » — réponse à une objection d'Imām al-Ḥaramayn. Puis vient le domaine : le ʿāmmī doit faire taqlīd (contre les Muʿtazilites de Bagdad), le savant non-mujtahid aussi, tandis que le mujtahid qui a formé son opinion ne le peut pas. Et au cœur de la masʾala, un paradoxe célèbre : al-Shāfiʿī lui-même, rapporte al-Muzanī, n'a cessé d'interdire qu'on le suive par taqlīd — interdiction que la tradition shāfiʿīte, par la voix d'al-Ṣaydalānī, réserve à ceux qui ont atteint le rang de l'ijtihād.
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« Le taqlīd : adopter la parole d'autrui sans connaître son dalīl. Il s'impose à celui qui n'est pas mujtahid. Quant à celui qui a formé, par son propre ijtihād, une opinion sur le statut, le taqlīd lui est interdit ; de même pour le mujtahid [qui n'a pas encore exercé son ijtihād sur la question], selon la majorité. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijtihād (ḥaqīqat al-taqlīd) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 383-385
Les quatre premières cartes ont décrit le mujtahid : ses conditions, la question du taṣwīb, la rétractation de l'ijtihād. Mais la communauté n'est pas faite de mujtahids — elle est faite, dans son immense majorité, de gens qui suivent. Le taqlīd n'est donc pas un appendice : c'est le régime juridique ordinaire du croyant. Subkī le définit, en fixe les frontières (suivre le Prophète ﷺ est-il un taqlīd ? le qāḍī qui reçoit un témoignage fait-il taqlīd ?), puis répartit les hommes en trois états : le ʿāmmī, tenu au taqlīd ; le savant qui n'atteint pas l'ijtihād, tenu lui aussi ; le mujtahid, à qui il est interdit. Al-Zarkashī enrichit chaque ligne d'un appareil de sources — al-Muzanī, al-Ṣaydalānī, al-Bāqillānī, Ibn al-Ṣalāḥ, Ibn al-Qāṣṣ, al-Rāfiʿī — et signale les corrections autographes de Subkī sur son propre texte : rare fenêtre sur l'atelier du muṣannif.
« Akhdh » (adopter) est le genre : il couvre le fait de recevoir l'avis d'autrui par adhésion intérieure, qu'on le mette en pratique ou non — Zarkashī note que bien des muqallids croient sans agir, par fisq ou autre. « Min ghayr maʿrifat dalīlih » (sans connaître son dalīl) est la différence spécifique : celui qui adopte un avis en connaissant vraiment son fondement est un mujtahid sur cette question ; celui qui n'en a qu'une intuition approximative reste au rang du taqlīd.
Traduction : « Al-Shāfiʿī — qu'Allah l'agrée — n'a cessé, dans tous ses livres, d'interdire qu'on le suive par taqlīd, lui ou un autre : c'est ainsi qu'al-Muzanī l'a rapporté de lui. Et al-Ṣaydalānī a dit : al-Shāfiʿī n'a interdit le taqlīd qu'à celui qui atteint le rang de l'ijtihād ; quant à celui qui reste en deçà de ce rang, il n'a d'autre voie que le taqlīd. »
Point d'accord : le mujtahid qui a exercé son ijtihād sur la question et en qui s'est dessinée la face du vrai (ẓānn al-ḥukm) ne peut suivre autrui — il est tenu d'agir selon son propre ẓann, par accord unanime. Tout le débat porte sur le mujtahid qui n'a pas encore traité la question :
« Ibn Ḥazm invoque l'interdiction du taqlīd formulée par al-Shāfiʿī lui-même (rapport d'al-Muzanī) pour prétendre à un ijmāʿ contre le taqlīd. Comment la tradition shāfiʿīte désamorce-t-elle cet argument — et en quoi la réponse d'al-Bāqillānī (« il n'y a pas de taqlīd dans la sharīʿa ») diffère-t-elle de celle d'al-Ṣaydalānī ? »