La vision d'Allah dans l'au-delà · Possible en raison, attestée par le samʿ · Rétribution, pardon et impossibilité du ẓulm · La réfutation des Muʿtazilites
Le credo passe des attributs aux rapports d'Allah avec Ses serviteurs. D'abord la rétribution : Il récompense l'obéissance et châtie la désobéissance — sauf s'Il pardonne, hormis le shirk ; la récompense est pure grâce (faḍl), non un dû, contre la « justice obligatoire » des Muʿtazilites ; et il Lui appartiendrait, en pure raison, de récompenser le désobéissant et d'éprouver qui n'a pas péché — car Il dispose de Son royaume, et le ẓulm est impossible à Son égard. Puis le sommet de l'espérance croyante : « يَرَاهُ الْمُؤْمِنُونَ يَوْمَ الْقِيَامَةِ » — les croyants Le verront comme on voit la lune une nuit de pleine lune. Les Muʿtazilites le nient : voir exigerait, disent-ils, direction et rayon visuel — donc corps. Al-Zarkashī démonte la prémisse et situe la voie médiane : les Ashʿarites affirment la ruʾya et nient que la direction soit une condition du visible. La carte s'achève sur la vision en ce monde et en rêve.
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« Il récompense l'obéissance et châtie la désobéissance — à moins qu'Il ne pardonne — hormis le shirk. Il Lui appartient de récompenser le désobéissant, de châtier l'obéissant et de faire souffrir les bêtes et les enfants ; et il est impossible de Le qualifier d'injustice. Les croyants Le verront au Jour de la Résurrection ; et l'on a divergé : la vision est-elle possible en ce monde et en rêve ? »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Khātima (la rétribution et la ruʾya) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 407-412
La ruʾya n'est pas une masʾala isolée : elle est le point où se vérifie toute la méthode de la carte précédente. Les Muʿtazilites raisonnent : tout visible est dans une direction (jiha) ; Allah n'est pas dans une direction ; donc Il n'est pas visible — et ils sacrifient les textes au profit d'une prémisse physique discutable. Les mujassima font l'inverse : ils sauvent la ruʾya en attribuant à Allah la direction — et sacrifient le tanzīh. Les Ashʿarites refusent l'alternative : la ruʾya est affirmée (textes mutawātir + possibilité rationnelle), la jiha est niée — car elle n'est pas une condition du visible mais une habitude de notre vision d'ici-bas, et l'au-delà est le lieu de la rupture des habitudes. Le débat enseigne aussi la hiérarchie des preuves : un ḥadīth rapporté par « une vingtaine de Compagnons », appuyé par les ẓawāhir du Qurʾān et l'ijmāʿ des premiers, ne se renverse pas par une spéculation d'optique.
Le matn : il appartiendrait à Allah — rationnellement — de récompenser le désobéissant, de châtier l'obéissant, de faire souffrir bêtes et enfants. Pourquoi ? Parce qu'Il dispose de Son royaume : « s'Il les récompense, c'est par Sa grâce ; s'Il les châtie, c'est par Sa justice ». Obéissance et désobéissance ne sont pas des causes (ʿilal) du thawāb et du ʿiqāb, mais des signes (amārāt) qu'Il a institués. Les Muʿtazilites s'y opposent au nom du taqbīḥ ʿaqlī : ce serait Lui imposer un « dû » envers Ses créatures — or, répondent les nôtres, un être à qui un dû s'impose est sous contrainte, et c'est cela le déficit.
Traduction : « Sache que les ahl al-sunna et les mujassima s'accordent sur le fait qu'Allah sera vu ; et les Muʿtazilites et les mujassima, sur le fait que la condition du visible est la direction. Puis les Muʿtazilites, niant la direction, ont nié la vision ; les mujassima, affirmant la direction, ont affirmé la vision ; et les Ashʿarites ont tenu la voie médiane : ils ont affirmé la vision et nié que la direction soit une condition des choses visibles. »
« Muʿtazilites et mujassima aboutissent à des conclusions opposées sur la ruʾya — l'un la nie, l'autre l'affirme — tout en partageant une même prémisse. Laquelle ? Comment les Ashʿarites la réfutent-ils (citez deux arguments), et comment concilient-ils ensuite "يَرَاهُ الْمُؤْمِنُونَ" avec "لَا تُدْرِكُهُ الْأَبْصَارُ" ? »