بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Ijtihād N°11

خَلْقُ الْأَعْمَالِ وَالرِّزْقُ وَالْهِدَايَةُ

Le qadar, son bien et son mal · Le rizq : « ce dont on tire profit, fût-il ḥarām » · Saʿāda et shaqāwa scellées · Hidāya, tawfīq et khidhlān

Dernière carte de la Famille C : le credo du décret. « Le qadar, son bien et son mal, vient de Lui » — non pas contrainte (jabr), explique al-Khaṭṭābī, mais science précédente, détermination et création de tous les actes des serviteurs, qu'eux-mêmes acquièrent (kasb) : c'est la masʾala du khalq al-aʿmāl, qui valut aux Muʿtazilites — niant le qadar — le nom de Qadariyya, « mazdéens de cette communauté », et contre lesquels al-Shāfiʿī forgea l'ilzām décisif : « s'ils concèdent la science, ils sont vaincus ». Suivent les corollaires : le saʿīd et le shaqī inscrits dans l'azal ne permutent pas — et l'on juge sur la fin (khātima), d'où la parole d'al-Ashʿarī sur Abū Bakr « jamais privé du regard d'agrément » ; l'agrément et l'amour se distinguent de la volonté — Il veut l'existence du kufr sans l'agréer ; le rizq est « ce dont on tire profit, fût-il ḥarām », contre le principe muʿtazilite ; et la hidāya, le tawfīq et le khidhlān sont entre Ses mains seules.

الْقَدَرُ خَيْرُهُ وَشَرُّهُ مِنْهُ، السَّعِيدُ مَنْ كَتَبَهُ فِي الْأَزَلِ سَعِيدًا وَالشَّقِيُّ عَكْسُهُ ثُمَّ لَا يَتَبَدَّلَانِ، وَالرِّضَى وَالْمَحَبَّةُ غَيْرُ الْمَشِيئَةِ وَالْإِرَادَةِ، فَلَا يَرْضَى لِعِبَادِهِ الْكُفْرَ وَلَوْ شَاءَ رَبُّكَ مَا فَعَلُوهُ، هُوَ الرَّزَّاقُ، وَالرِّزْقُ مَا يُنْتَفَعُ بِهِ وَلَوْ حَرَامًا، بِيَدِهِ الْهِدَايَةُ وَالْإِضْلَالُ، وَالتَّوْفِيقُ خَلْقُ الْقُدْرَةِ الدَّاعِيَةِ إِلَى الطَّاعَةِ، وَالْخِذْلَانُ ضِدُّهُ.

« Le qadar — son bien et son mal — vient de Lui. Le bienheureux est celui qu'Il a inscrit bienheureux dans l'azal, et le réprouvé est son inverse ; puis ils ne permutent pas. L'agrément et l'amour sont autres que le vouloir et la volonté : Il n'agrée pas pour Ses serviteurs la mécréance — et si ton Seigneur avait voulu, ils ne l'auraient pas faite. Il est le Razzāq, et le rizq est ce dont on tire profit, fût-il ḥarām. Entre Ses mains sont la guidance et l'égarement ; le tawfīq est la création de la capacité portant à l'obéissance, et le khidhlān son contraire. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Khātima (le qadar, le rizq et la hidāya) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 397 et 412-416

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Le qadar — clef de voûte de la Famille C

Toutes les masāʾil de cette carte dérivent d'une seule racine : khalq al-aʿmāl — Allah crée tous les actes des serviteurs, bien et mal, et le serviteur les acquiert (kasb). Al-Khaṭṭābī écarte le contresens fataliste : le qadar n'est pas l'« obligation et la contrainte du serviteur sur ce qui fut décrété » — c'est l'annonce de la science précédente d'Allah sur les actes, et leur création selon une détermination. De cette racine sortent les branches : si tout acte est créé par Lui, alors la saʿāda et la shaqāwa sont inscrites, le rizq — même illicite — Lui est attribué, et la hidāya est création, non simple indication. À chaque branche, le même adversaire : le Muʿtazilite, pour qui le serviteur crée ses actes et pour qui Allah « ne peut » vouloir le mal ni attribuer le ḥarām. Et à chaque branche, la même réponse : distinguer ce qu'Allah veut (kawnan) de ce qu'Il agrée (sharʿan) — la distinction des deux irādas, que Zarkashī appelle l'une des prises les plus précieuses de ce chapitre.

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Vocabulaire essentiel

خَلْقُ الْأَعْمَالِ khalq al-aʿmāl
Allah crée tous les actes des serviteurs — obéissance et désobéissance — que le serviteur acquiert (kasb) et dont il répond. Racine de toute la carte.
القَدَرِيَّة al-Qadariyya
Nom donné aux Muʿtazilites parce qu'ils nient le qadar : l'acte naîtrait de la seule volonté du serviteur. Le ḥadīth les dit « mazdéens de cette communauté » — car ils posent, de fait, plusieurs créateurs.
الخَاتِمَة al-khātima
La fin de la vie, qui scelle le jugement : « le bienheureux est celui dont la fin est bonne » — al-ʿibra bi-l-khawātīm.
إِرَادَة كَوْنِيَّة / شَرْعِيَّة irāda kawniyya / sharʿiyya
Volonté de décret (elle embrasse tout ce qui advient) et volonté de législation (elle ne porte que sur l'obéissance). Distinction qui dissout l'objection muʿtazilite.
الرِّزْق al-rizq
Ce dont l'être vivant tire profit — qu'il le possède ou non, licite ou illicite. Contre la définition muʿtazilite : « possession licite » seulement.
التَّوْفِيق / الخِذْلَان tawfīq / khidhlān
Création de la capacité portant à l'obéissance — et son contraire : être privé de ce secours. Deux actes d'Allah, non deux mérites du serviteur.
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« Le qadar, son bien et son mal, vient de Lui »

Khalq al-aʿmāl — et l'ilzām d'al-Shāfiʿī
Ni jabr ni création humaine : science précédente, détermination et création divines des actes acquis par le serviteur — et l'argument qui ferme la bouche des Qadariyya.
Qadar Khalq al-aʿmāl

Ce que le qadar est — et n'est pas

  • Le contresens écarté (al-Khaṭṭābī) : beaucoup s'imaginent que qaḍāʾ et qadar signifient contrainte et coercition du serviteur. Non : c'est l'annonce de la science précédente d'Allah sur les actes des serviteurs, leur survenue selon une détermination de Sa part, et leur création — bien et mal. Tout advenant — bien ou mal, profit ou dommage — remonte à Sa puissance et Sa volonté : « إِنَّا كُلَّ شَيْءٍ خَلَقْنَاهُ بِقَدَرٍ », et le ḥadīth ṣaḥīḥ : « كُلُّ شَيْءٍ بِقَضَاءٍ وَقَدَرٍ حَتَّى الْعَجْزِ وَالْكَيْسِ » — « toute chose est par décret et détermination, jusqu'à l'incapacité et l'habileté ».
  • Pourquoi « Qadariyya » et « mazdéens » : les Muʿtazilites font du serviteur le créateur indépendant de son acte, « sans décret précédent » : ils posent ainsi des créateurs aux côtés d'Allah — comme les mazdéens posent un créateur du bien et un créateur du mal ; d'où le ḥadīth : « الْقَدَرِيَّةُ مَجُوسُ هَذِهِ الْأُمَّةِ ».
  • L'ilzām d'al-Shāfiʿī : « القَدَرِيَّةُ إِذَا سَلَّمُوا الْعِلْمَ خُصِمُوا » — « s'ils concèdent la science, ils sont vaincus ». Admettez-vous que la science éternelle d'Allah embrasse ce qui sera ? La nier est kufr. L'admettre ? Alors : peut-il advenir le contraire de ce que contient la science éternelle ? Si oui — vous Lui imputez l'ignorance ; si non — voilà précisément le qaḍāʾ et le qadar. Ibn al-Ḥājib salue : « l'une des meilleures guidées vers la preuve contre eux ».
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Saʿīd et shaqī — l'écrit de l'azal ne permute pas

« ثم لا يتبدلان » — et la khātima juge tout
Le bienheureux est celui dont la fin est bonne ; le ḥadīth de Surāqa ne dispense pas d'agir : « œuvrez, chacun est facilité vers ce pour quoi il a été créé ».
Saʿāda Khawātīm

La masʾala et ses textes

  • Le khilāf : saʿāda et shaqāwa peuvent-elles permuter ? Oui pour Abū Ḥanīfa (selon l'attribution), la plupart des ahl al-raʾy et les Muʿtazilites — on juge l'état présent ; non pour les autres, et c'est le choix de Subkī : ce qui est inscrit dans l'azal — c'est-à-dire la science d'Allah, l'Umm al-Kitāb — ne change pas ; quant à « يَمْحُو اللهُ مَا يَشَاءُ وَيُثْبِتُ », l'effacement porte sur les registres, « وَعِنْدَهُ أُمُّ الْكِتَابِ » — l'original ne varie pas (lecture rapportée d'Ibn ʿAbbās et Mujāhid).
  • Le critère : nos savants disent — le saʿīd est celui dont la fin est scellée par le bien, le shaqī son contraire : des quintaux d'īmān ne profitent pas à qui finit mal, et un grain de moutarde profite à qui finit bien. Le ḥadīth d'Ibn Masʿūd le dit : « l'un de vous œuvre des œuvres des gens du Paradis jusqu'à n'en être qu'à une coudée... » — et la version des Ṣaḥīḥayn précise : « فِيمَا يَبْدُو لِلنَّاسِ » — « selon ce qui paraît aux gens ».
  • « À quoi bon œuvrer ? » : l'objection fut posée au Prophète ﷺ lui-même par Surāqa (Muslim) : travaillons-nous dans un décret déjà scellé ? — « Œuvrez : chacun est facilité vers ce pour quoi il a été créé » (اعْمَلُوا فَكُلٌّ مُيَسَّرٌ لِمَا خُلِقَ لَهُ). Ce qu'Il a décrété advient par les causes qu'Il a décrétées — comme la guérison décrétée advient par les remèdes décrétés. Le secret du ghayb tient le serviteur entre crainte et espérance, les deux montures de la servitude.
  • « Abū Bakr n'a jamais quitté le regard d'agrément » : formule d'al-Ashʿarī. Non que le Ṣiddīq fût « croyant avant la mission » — mais qu'avant même son islam, il n'était pas sous le courroux, Allah sachant qu'il croirait et serait de l'élite des purs : comme un serviteur dont tu sais qu'il reviendra à ton obéissance et deviendra ton intime — tu le regardes déjà avec agrément. Et l'inverse existe : Iblīs, en apparence au plus haut rang parmi les anges — « فَلَا يَأْمَنْ مَكْرَ اللهِ إِلَّا الْقَوْمُ الْخَاسِرُونَ » ; Sufyān al-Thawrī : « un homme adore les idoles et il est, auprès d'Allah, bienheureux » — selon ce qui lui est scellé. Qu'Allah nous accorde ḥusn al-khātima.
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Riḍā et maḥabba ≠ mashīʾa et irāda

Il veut l'existence du kufr — sans l'agréer
La distinction qui tient ensemble « فعال لما يريد » et « ولا يرضى لعباده الكفر » : volonté de décret universelle, agrément réservé à l'obéissance.
Riḍā Irāda

Pourquoi distinguer

Allah veut tous les advenants — dont le kufr et la corruption existants, puisque rien n'advient dans Son royaume sans Sa volonté. Si l'agrément et l'amour étaient identiques à la volonté, Il serait « agréant le kufr, aimant la corruption » — impossible : « وَاللهُ لَا يُحِبُّ الْفَسَادَ », « وَلَا يَرْضَى لِعِبَادِهِ الْكُفْرَ ». D'où la position retenue par le matn : riḍā et maḥabba sont autres que mashīʾa et irāda.

  • La formule d'équilibre : Il veut (kawnan) que le kufr du kāfir existe — sinon il n'existerait pas : « وَلَوْ شَاءَ رَبُّكَ مَا فَعَلُوهُ » — mais Il ne l'agrée pas comme religion (dīnan, sharʿan) : Il l'interdit et le châtie.
  • L'erreur des mushrikīn de Quraysh : « لَوْ شَاءَ اللهُ مَا أَشْرَكْنَا » — ils inférèrent de la volonté l'agrément. Faux : Il l'a voulu kawnan, non sharʿan ; d'où la réplique : « قُلْ فَلِلَّهِ الْحُجَّةُ الْبَالِغَةُ » — Il a envoyé les messagers et juge sur l'amr, non sur le qadar caché.
  • L'image de Zarkashī : qui regarde les œuvres avec les deux irādas voit clair (baṣīr) ; qui ne regarde que le qadar sans le sharʿ — ou l'inverse — est borgne (aʿwar).
  • Position affinée : certains font du riḍā et de la maḥabba « un surcroît sur l'irāda » : tout riḍā est irāda, sans réciproque — les désobéissances sont par Sa volonté, non par Son agrément ; riḍā et maḥabba relèvent alors des attributs d'acte : un bienfait spécial dont Il honore l'obéissant.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé : le rizq, « ce dont on tire profit, fût-il ḥarām »
Contre la définition muʿtazilite (rizq = possession licite) : le nom de rizq tourne avec le profit, en existence et en absence — preuve par les bêtes et par le verset de la dābba.
Sharḥ Rizq

Le passage du Tashnīf

فَسَّرَ أَصْحَابُنَا الرِّزْقَ بِمَا يُنْتَفَعُ بِهِ، سَوَاءٌ كَانَ مِلْكًا لَهُ أَمْ لَا، مُبَاحًا أَوْ حَرَامًا؛ فَإِنَّ الْعُرْفَ شَائِعٌ بِأَنَّ مَا يَنْتَفِعُ بِهِ الْحَيَوَانُ فَهُوَ رِزْقُهُ، وَمَا لَمْ يَنْتَفِعْ بِهِ فَلَيْسَ بِرِزْقِهِ، فَثَبَتَ أَنَّ اسْمَ الرِّزْقِ دَائِرٌ مَعَ النَّفْعِ بِهِ وُجُودًا وَعَدَمًا.

Traduction : « Nos compagnons ont défini le rizq comme ce dont on tire profit — qu'on le possède ou non, licite ou illicite ; car l'usage courant est établi : ce dont l'être vivant tire profit est son rizq, et ce dont il ne tire pas profit n'est pas son rizq. Il est donc avéré que le nom de rizq tourne avec le profit, en existence comme en absence. »

La réfutation du principe muʿtazilite

  • Leur thèse : le rizq ne peut être que ḥalāl, et il se définit par la possession (milk) — car attribuer le ḥarām à Allah contredirait leur taqbīḥ ʿaqlī : « l'principe corrompu » sur lequel, dit Zarkashī, ils ont bâti.
  • Conséquence absurde n°1 : celui qui n'aurait mangé toute sa vie que du ḥarām serait mort sans qu'Allah ne l'ait pourvu — alors qu'Il dit : « وَمَا مِنْ دَابَّةٍ فِي الْأَرْضِ إِلَّا عَلَى اللهِ رِزْقُهَا » — « il n'est pas de bête sur terre dont le rizq n'incombe à Allah ». Il leur faudrait un « autre pourvoyeur », surtout — note ironique du sharḥ — « en notre temps où domine le ḥarām ».
  • Conséquence absurde n°2 : les bêtes ne possèdent pas — donc, sur leur définition par le milk, les bêtes n'auraient pas de rizq : démenti frontal du même verset.
  • Le syllogisme muʿtazilite démonté : « le rizq est objet d'un ordre de dépense ("أَنفِقُوا مِمَّا رَزَقْنَاكُمْ") ; or rien d'ordonné n'est ḥarām ; donc le rizq n'est pas ḥarām ». Réponse de Zarkashī : la majeure est fausse faute de quantification universelle (ʿadam al-taswīr bi-kull) — « dépensez du rizq » ne dit pas que tout rizq est à dépenser : la conclusion ne suit pas.
  • Nuances internes : le mot rizq s'emploie aussi plus largement — les sciences et les dons sont des arzāq (al-Qurṭubī : chez les muḥaddithūn, le samāʿ du ḥadīth est un rizq) ; Abū Manṣūr le restreint à la subsistance ; et Juwaynī (Niẓāmiyya) distingue rizq ḥalāl, ḥarām, et ce qui n'est ni l'un ni l'autre — le rizq des bêtes, non assujetties au taklīf.
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Hidāya et iḍlāl — entre Ses mains

« بيده الهداية والإضلال » — et leur création
Deux hidāyas : l'appel (daʿwa) donné à tous, la guidance effective (irshād) créée pour qui Il veut — la théorie muʿtazilite du luṭf acculée au dilemme.
Hidāya Iḍlāl

La doctrine et ses preuves

  • Le principe : « يُضِلُّ مَنْ يَشَاءُ وَيَهْدِي مَنْ يَشَاءُ » — branche directe du khalq al-aʿmāl : Il crée l'égarement et la guidance effective. « فَمَنْ يُرِدِ اللهُ أَنْ يَهْدِيَهُ يَشْرَحْ صَدْرَهُ لِلْإِسْلَامِ وَمَنْ يُرِدْ أَنْ يُضِلَّهُ يَجْعَلْ صَدْرَهُ ضَيِّقًا حَرَجًا » : « Il dilate », « Il rend étroit » — verbes d'action, donc création (al-Bayhaqī).
  • La clé sémantique — deux hidāyas : hidāya de daʿwa et bayān (l'appel, l'exposition des preuves) : donnée à tous — « وَأَمَّا ثَمُودُ فَهَدَيْنَاهُمْ » (« Nous les avons appelés... et ils préférèrent l'aveuglement ») ; hidāya d'irshād et ʿirfān (la guidance qui fait effectivement croire) : réservée — « إِنَّكَ لَا تَهْدِي مَنْ أَحْبَبْتَ وَلَكِنَّ اللهَ يَهْدِي مَنْ يَشَاءُ » : la première est affirmée du Prophète ﷺ, la seconde lui est retirée et attribuée à Allah seul. « وَاللهُ يَدْعُو إِلَى دَارِ السَّلَامِ وَيَهْدِي مَنْ يَشَاءُ » — la daʿwa est universelle, la hidāya spécifiée : la distinction est qur'ānique mot à mot.
  • Le dilemme contre le luṭf muʿtazilite : pour eux, Allah ne ferait que « guider par les grâces » ou « priver de la grâce » (manʿ al-luṭf), le reste venant du choix du serviteur. On leur demande : cette privation du luṭf cause-t-elle l'égarement ? Si oui — vous voilà devant le même « grief » que vous nous opposez ; si non — elle est sans effet et n'explique rien. Et s'ils répondent « elle le favorise sans le nécessiter », alors l'acte a deux producteurs — un maqdūr entre deux qādirs : impossible chez eux-mêmes. Zarkashī : « un resserrement de leur étau » (taḍyīq li-khināqihim).
5

Tawfīq et khidhlān

La dernière définition de la Famille C
Le tawfīq : création de la capacité portant à l'obéissance — pour Imām al-Ḥaramayn, création de l'obéissance elle-même ; débat verbal, selon al-Āmidī.
Tawfīq Khidhlān

Deux définitions, un même credo

  • Al-Ashʿarī et la plupart des compagnons : le tawfīq est la création de la capacité (qudra) portant à l'obéissance — Allah dispose le serviteur à la conformité avec Son ordre.
  • Imām al-Ḥaramayn : le tawfīq est la création de l'obéissance elle-même — car c'est par elle que le serviteur devient effectivement conforme ; Juwaynī raisonne depuis sa thèse que la capacité créée n'« influe » pas sur son objet.
  • Arbitrage d'al-Āmidī : la première définition colle mieux à la langue (le wifāq se prépare par la capacité, advient avec elle) ; mais le fond est commun — le débat est lafẓī : dans les deux cas, le tawfīq est un acte d'Allah, un don, jamais un dû.
  • Le khidhlān, son contraire : création de la capacité orientée vers la désobéissance — ou de la désobéissance — c'est-à-dire, en langue : être coupé de l'accès aux voies droites (al-manʿ min dark al-marāshid). Demander le tawfīq et se réfugier contre le khidhlān n'est donc pas une politesse de langage : c'est la conséquence pratique de tout ce credo du qadar.
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À retenir

5 principes essentiels
Le credo du décret — une racine, quatre branches.
  • Le qadar — bien et mal — vient de Lui : science précédente + création des actes acquis (kasb) par le serviteur ; ni jabr, ni création humaine — l'ilzām d'al-Shāfiʿī : « s'ils concèdent la science, ils sont vaincus »
  • Saʿīd et shaqī ne permutent pas : l'inscrit de l'azal (Umm al-Kitāb) ne change pas ; on juge sur la khātima — et l'on œuvre, car « chacun est facilité vers ce pour quoi il a été créé »
  • Riḍā ≠ irāda : Il veut l'existence du kufr (kawnan) sans l'agréer (sharʿan) — la distinction des deux irādas dissout l'objection muʿtazilite et l'excuse des mushrikīn
  • Le rizq est « ce dont on tire profit, fût-il ḥarām » : la définition muʿtazilite (milk + ḥalāl) priverait de rizq les bêtes et celui qui ne consomme que du ḥarām — contre « وما من دابة في الأرض إلا على الله رزقها »
  • Hidāya, tawfīq, khidhlān sont Ses actes : daʿwa universelle mais irshād créé pour qui Il veut ; tawfīq = création de la capacité portant à l'obéissance (al-Ashʿarī) ou de l'obéissance (Juwaynī) — débat verbal, credo commun
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question pour clore la Famille C.

Question

« Montrez comment la définition ashʿarite du rizq — "ce dont on tire profit, fût-il ḥarām" — découle du principe du khalq al-aʿmāl, et exposez les deux conséquences absurdes de la définition muʿtazilite. Pourquoi cette définition ne rend-elle pourtant pas le ḥarām licite ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
QADAR
khayruhu wa-sharruhu
khalq + kasb · ilzām al-Shāfiʿī
2
SAʿĪD / SHAQĪ
lā yatabaddalān
al-ʿibra bi-l-khawātīm
3
RIḌĀ ≠ IRĀDA
kawnan / sharʿan
Il veut le kufr sans l'agréer
4
RIZQ & HIDĀYA
mā yuntafaʿ bihi
tawfīq = khalq al-qudra