La khātima de Jamʿ al-Jawāmiʿ · Maʿrifa, ikhlāṣ, les trois âmes, tawba, tawakkul · Dernière carte du parcours — la fin du Tashnīf
Voici la dernière page du livre — et la dernière carte du parcours. Après sept livres de pure méthodologie et un credo complet, Subkī clôt le Jamʿ al-Jawāmiʿ par une khātima de taṣawwuf. Zarkashī en donne la raison : « il a conclu par là afin que l'appel à la purification du cœur soit la fin de son affaire ». Le premier des devoirs est la maʿrifa — connaître Celui dont on a passé tout le livre à interpréter le discours ; et qui connaît son Seigneur craint, espère, obéit — jusqu'à ce que son Maître l'aime et le prenne pour walī. Suivent les règles de la vie intérieure : peser toute pensée à la balance de la Loi, distinguer les cinq degrés du for intérieur, combattre la nafs ammāra, se relever par la tawba, tenir le juste milieu entre tawakkul et travail. Le matn s'éteint sur la mashīʾa divine — « notre savoir ne nous profite que si Allah le veut » — et Zarkashī dépose la plume sur une demande de pardon et deux vers au prédicateur, achevant l'un des plus grands commentaires de l'histoire des uṣūl.
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« Khātima. Le premier des devoirs est la connaissance [d'Allah]... Qui connaît son Seigneur se représente Son éloignement et Son rapprochement : alors il craint et espère ; alors il prête l'oreille à l'ordre et à l'interdit, accomplit et s'abstient ; alors son Maître l'aime — et Il est l'ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il saisit — et Il le prend pour walī : s'il Le sollicite Il lui donne, s'il cherche refuge auprès de Lui Il le protège... Et lorsqu'une chose se présente à ton cœur, pèse-la à la balance de la Loi. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Khātima (taṣawwuf — fin du livre) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 461-479
Zarkashī ouvre la khātima par cette clé : « cette conclusion relève de la science du taṣawwuf ; [Subkī] a conclu par elle afin que l'appel à la purification du cœur soit la fin de son affaire » — suivant en cela l'auteur du Shāmil al-Ṣaghīr, « dont il s'est inspiré et qu'il a dépassé ». Le geste est profond : l'uṣūl al-fiqh enseigne à extraire les jugements du discours divin ; mais à quoi bon savoir déduire si le cœur qui déduit est corrompu ? La science est voulue pour l'œuvre, et l'œuvre n'a de valeur que par l'ikhlāṣ. La khātima referme donc la boucle ouverte par la Muqaddima : le livre avait commencé par définir le ḥukm — le discours d'Allah relatif aux actes des responsables — il s'achève sur le responsable lui-même, sommé de peser ses pensées à la balance de ce ḥukm, de combattre sa nafs et de remettre l'issue à son Seigneur. Et lorsqu'à la fin Zarkashī s'accuse lui-même d'avoir parlé d'un état qu'il n'a pas atteint, le plus technique des commentateurs rejoint le plus humble des serviteurs : c'est exactement la leçon que Subkī voulait laisser.
Sur le premier devoir du mukallaf, Zarkashī recense « une bonne dizaine d'avis » :
Et la parabole du moulin : un chameau tournait la meule ; quand la voix du meunier se tut, il ralentit ; au premier cri, tout son corps repartit. « Tout être de chair a une nafs qui l'alourdit par amour du repos : l'âme du fils d'Adam a besoin de l'exhortation et du rappel » (al-mawʿiẓa wa-l-zajr).
Les uns préfèrent le tawakkul (l'état du Prophète ﷺ et des gens de la Ṣuffa), d'autres le travail (« nul n'a mangé meilleure nourriture que celle du travail de sa main » — et c'est la voie des grands Compagnons). Le choix de Subkī : cela diffère selon les personnes — tawakkul pour qui ne s'agite ni ne convoite ce qui est aux mains des créatures ; travail pour qui s'inquiéterait ou mendierait du regard. D'où la sentence du matn, empruntée à l'auteur du Tanwīr [Ibn ʿAṭāʾ Allāh al-Sakandarī] : « vouloir le dépouillement quand Allah t'a établi dans les causes est une convoitise cachée ; et te jeter dans les causes quand Allah t'a établi dans le dépouillement, une chute de la haute aspiration ». Le Shayṭān travestit l'abandon d'Allah en « causes » et la paresse en « tawakkul » — ʿUmar aux oisifs : « vous n'êtes pas les mutawakkilūn, vous êtes les muttakilūn » (les assistés) ; et le Junayd : le tawakkul n'est ni le kasb ni son abandon — c'est « le repos du cœur sur la promesse d'Allah » : « attache-la, et remets-t'en à Allah ».
Traduction : « Et moi, je demande pardon à Allah, le Généreux, l'Immense, d'avoir parlé en cette station : sans la nécessité d'expliquer, j'aurais retenu la bride — car l'un des grands a dit : qui tient un discours que son état n'a pas atteint, ce discours est une épreuve pour lui et pour qui l'écoute. — Ô prédicateur des hommes, te voilà suspect : tu blâmes chez eux des choses que toi-même tu commets. Ô toi qui revêts les hommes contre leur nudité, quand ta propre nudité s'étale devant eux sans que rien ne la couvre ! — Et je demande à Allah le Très-Haut la faveur de tout ce qui me rapproche de Lui et me rassemble sur Lui, accompagnée de la préservation dans les deux demeures — par Ta miséricorde, ô le plus Miséricordieux des miséricordieux. »
Le manuscrit s'achève sur le colophon du copiste : la copie fut achevée « le jour béni du mercredi 14 jumādā al-ūlā de l'an 849 de l'hégire, à la madrasa Ṣalāḥiyya de Jérusalem la noble (al-Quds al-Sharīf) », de la main du « pauvre serviteur reconnaissant de son manquement, espérant le pardon de son Seigneur généreux, Aḥmad b. ʿUthmān b. Dāwūd al-Saʿdī » — soit un peu plus d'un demi-siècle après la mort d'al-Zarkashī (794/1392). Dernier mot : « تَمَّ، فَلَكَ الْحَمْدُ اللَّهُمَّ » — « C'est achevé : à Toi la louange, ô Allah. »
« Pourquoi Subkī clôt-il un manuel d'uṣūl al-fiqh par une khātima de taṣawwuf — et pourquoi y insère-t-il une masʾala de pur kalām (le kasb et la qudra) en plein milieu des règles de la vie intérieure ? Répondez avec le tanbīh de Zarkashī sur la sharīʿa et la ḥaqīqa. »