La basmala est-elle un verset ? · Āya ḥukman lā qaṭʿan · Pas d'énoncé sans sens, pas d'écart au ẓāhir sans dalīl · Les preuves textuelles et le yaqīn
Dernière carte de la Famille A. D'abord le cas-école de la transmission : la basmala — verset de la Fātiḥa sans divergence chez les Shāfiʿites, verset au début de chaque sourate sauf Barāʾa selon le Ṣaḥīḥ, mais avec la qualification décisive d'al-Māwardī : verset ḥukman lā qaṭʿan, « en droit, non en certitude absolue ». Suivent trois principes sur la nature de l'énoncé coranique : pas de parole dénuée de sens (contre les Ḥashwiyya) ; pas de sens contraire au ẓāhir sans dalīl (contre les Murjiʾa) ; et le mujmal resté sans explicitation après la mort du Prophète ﷺ — trois avis. Enfin la question épistémologique qui clôt le chapitre : les preuves textuelles (adilla naqliyya) peuvent-elles produire la certitude ? Subkī répond : oui — lorsque s'y adjoint un tawātur ou d'autres indices.
Disponible sur ordinateur
« En fait partie la basmala, au début de chaque sourate hormis "Barāʾa", selon le Ṣaḥīḥ. Et il n'est pas admissible que figure, dans le Kitāb et la Sunna, un énoncé dénué de sens — contrairement aux Ḥashwiyya — ni un énoncé dont le sens visé contredit son ẓāhir, sauf dalīl — contrairement aux Murjiʾa. Sur la persistance du mujmal sans explicitation, [trois avis,] dont le troisième est le plus correct : ne demeure pas [non explicité] ce que le mukallaf est chargé de connaître. Et la vérité est que les preuves textuelles peuvent produire la certitude lorsque s'y adjoint un tawātur ou autre chose. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-basmala wa-dalālāt al-Kitāb) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 65-68
Pourquoi la basmala passionne-t-elle les uṣūliyyūn ? Parce qu'elle teste à la fois la définition du Qurʾān (carte 1) et la règle du tawātur (carte 2). Elle est écrite dans tous les maṣāḥif, en tête de chaque sourate, de la main des Compagnons qui — par ijmāʿ — n'écrivaient dans le muṣḥaf rien qui ne fût du Qurʾān. Et pourtant les savants divergent sur son statut : verset ? partie de verset ? simple séparateur ? Le génie de la solution shāfiʿite, formulée par al-Māwardī, est de dissocier deux plans : la basmala est verset ḥukman — en droit : la prière n'est pas valide sans elle en tête de la Fātiḥa — mais non qaṭʿan — pas avec la certitude absolue qui fait que nier une lettre du Qurʾān est kufr. D'où ce double garde-fou : on n'excommunie pas qui la nie, et l'on ne taxe pas d'erreur grossière qui l'affirme. Ibn al-Samʿānī en donne l'analogie lumineuse : le Ḥijr fait partie de la Kaʿba par des preuves qui obligent à l'action (l'inclure dans le ṭawāf) sans produire la science certaine. L'appartenance « pratique » n'est pas l'appartenance « scientifique ».
La lettre du matn pourrait laisser croire à une coranicité certaine, comme le reste du Livre. Zarkashī corrige : c'est un avis marjūḥ. Le jumhūr, dit al-Māwardī, la tient pour verset ḥukman lā qaṭʿan — à cause de la divergence même des savants. « Ḥukman » signifie : la prière n'est valide qu'avec elle au début de la Fātiḥa.
Traduction : « Notre appui [pour le statut coranique de la basmala], c'est sa présence dans l'écriture du muṣḥaf au début de chaque sourate ; or les Compagnons ont fait consensus sur ceci : on n'écrit pas dans le muṣḥaf ce qui n'est pas du Qurʾān, et ce qui se trouve entre les deux couvertures est parole de Dieu le Très-Haut. Ainsi l'ont dit al-Qāḍī al-Ḥusayn, al-Ghazālī, al-Nawawī et d'autres — et c'est la meilleure des preuves. »
Les Ḥashwiyya soutiennent qu'un énoncé sans signification peut figurer — et figure — dans le Kitāb et la Sunna : les lettres isolées en tête des sourates, ou « comme des têtes de démons » (al-Ṣāffāt, 65). Réponse du Ṣaḥīḥ : impossible — un énoncé sans sens est un hadhayān (délire) qui ne sied pas à un être raisonnable ; qu'en serait-il du Créateur, exalté soit-Il ?
Pourquoi la condition grammaticale n'est-elle pas une chicane d'école ? Parce qu'une voyelle décide parfois d'un dogme ou d'un ḥukm :
« La carte 2 a posé : pas de Qurʾān sans tawātur. La basmala, elle, est établie comme verset alors que les savants divergent à son sujet. Comment la formule "āya ḥukman lā qaṭʿan" résout-elle cette tension — et pourquoi interdit-elle à la fois d'excommunier celui qui nie la basmala et de blâmer celui qui l'affirme ? »