بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Kitāb N°6

مَفْهُومُ الْمُوَافَقَةِ

Ce que le texte dit dans son silence, dans le même sens · Faḥwā et laḥn al-khiṭāb · Qiyās jalī ou dalāla lafẓiyya ?

Nous franchissons la frontière tracée à la carte 4 : voici la dalāla « à l'endroit du silence ». Le mafhūm est ce que le mot indique lā fī maḥall al-nuṭq. Quand le statut du cas tu concorde avec celui du cas dit, on parle de mafhūm al-muwāfaqa : du « ne leur dis pas “fi” » ﴿فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ﴾ on comprend — à plus forte raison — l'interdiction de frapper ses parents : c'est la faḥwā al-khiṭāb ; de l'interdiction de manger les biens de l'orphelin on comprend celle de les brûler — cas équivalent : c'est le laḥn al-khiṭāb. Derrière cette taxinomie simple se cache l'un des plus beaux débats du bāb : cette inférence est-elle un qiyās jalī (al-Shāfiʿī selon al-Ṣayrafī, et al-Rāzī) ou une dalāla lafẓiyya (Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī : « le ṣaḥīḥ du madhhab ») ? Al-Ghazālī et al-Āmidī tracent une voie médiane : le sens est compris du siyāq et des qarāʾin. Al-Zarkashī déploie le débat, ses nuances — et son fruit : la possibilité du naskh.

وَالْمَفْهُومُ مَا دَلَّ عَلَيْهِ اللَّفْظُ لَا فِي مَحَلِّ النُّطْقِ. فَإِنْ وَافَقَ حُكْمُهُ الْمَنْطُوقَ فَمُوَافَقَةٌ، وَفَحْوَى الْخِطَابِ إِنْ كَانَ أَوْلَى، وَلَحْنُهُ إِنْ كَانَ مُسَاوِيًا، وَقِيلَ: لَا يَكُونُ مُسَاوِيًا. ثُمَّ قَالَ الشَّافِعِيُّ وَالْإِمَامُ: دَلَالَتُهُ قِيَاسِيَّةٌ، وَقِيلَ: لَفْظِيَّةٌ.

« Le mafhūm est ce que le mot indique hors de l'endroit de la parole. Si son statut concorde avec le manṭūq, c'est une muwāfaqa : faḥwā al-khiṭāb si [le cas tu] est prioritaire, laḥn al-khiṭāb s'il est équivalent — et l'on a dit : il ne peut être équivalent. Puis al-Shāfiʿī et l'Imām [al-Rāzī] ont dit : sa dalāla est d'ordre analogique ; et l'on a dit : lexicale. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (mafhūm al-muwāfaqa) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 72-73

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Pourquoi « mafhūm » ?

Zarkashī s'arrête sur le nom même. La dalāla du mafhūm n'est pas waḍʿiyya : ce sont des « transitions mentales » (intiqālāt dhihniyya) — l'esprit passe de la compréhension du moindre à celle du plus, par voie d'avertissement de l'un par l'autre (tanbīh). On l'a appelé « mafhūm » non parce que le reste ne serait pas compris — sinon le manṭūq aussi serait « mafhūm » ! — mais parce qu'il est compris sans être explicité. À ce compte, remarque-t-il, l'iqtiḍāʾ et l'ishāra (carte 5) mériteraient aussi le nom — certains le leur ont donné ; mais le jumhūr réserve « mafhūm » à ce qui est compris à l'occasion de la parole en concordant ou en s'opposant au manṭūq. D'où les deux familles : muwāfaqa (cette carte) et mukhālafa (cartes 7 à 9). La muwāfaqa fait l'objet d'un accord unanime quant à sa validité — le débat ne porte que sur sa nature.

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Vocabulaire essentiel

مَفْهُومُ الْمُوَافَقَةِ mafhūm al-muwāfaqa
Le cas tu reçoit le même statut que le cas dit — affirmation ou négation —, parce que le sens qui fonde le statut s'y trouve aussi, autant ou davantage.
فَحْوَى الْخِطَاب faḥwā al-khiṭāb
« Le fin fond du discours » : le cas tu est prioritaire (awlā) — ce que l'on sait du discours de manière certaine, comme l'interdiction du coup tirée de celle du « fi ».
لَحْنُ الْخِطَاب laḥn al-khiṭāb
« Le sens du discours » (cf. ﴿وَلَتَعْرِفَنَّهُمْ فِي لَحْنِ الْقَوْلِ﴾) : le cas tu est équivalent au cas dit — brûler le bien de l'orphelin comme le manger.
قِيَاسٌ جَلِيّ qiyās jalī
Analogie « éclatante », où la priorité du far' sur l'aṣl est patente. Nom donné au mafhūm al-muwāfaqa par ceux qui y voient un qiyās.
دَلَالَةٌ لَفْظِيَّة dalāla lafẓiyya
Compréhension adossée au lafẓ (sans que le mot « couvre » le cas tu) — connue des arabophones avant toute révélation, donc indépendante du qiyās.
سِيَاق siyāq
Le contexte d'énonciation. Pour al-Ghazālī et al-Āmidī, c'est lui — avec les qarāʾin — qui fait comprendre la muwāfaqa, par majāz « du plus particulier vers le plus général ».
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Le mafhūm — la dalāla du silence

Définition générale
« Ce que le mot indique hors de l'endroit de la parole » : des transitions mentales, non un waḍʿ.
Définition Lā fī maḥall al-nuṭq

Genre et différence

Dans la définition du matn, « ce que le mot indique » est le genre, et « hors de l'endroit de la parole » la différence qui exclut le manṭūq. Zarkashī y lit un signal : la dalāla du mafhūm n'est pas waḍʿiyya — ce sont des transitions mentales (intiqālāt dhihniyya) : l'esprit passe du peu au beaucoup, l'un avertissant de l'autre.

  • Pourquoi ce nom : non que le reste ne soit pas « compris » — le manṭūq l'est aussi — mais parce que ce sens est compris sans énonciation explicite.
  • Frontière avec la carte 5 : en toute rigueur, iqtiḍāʾ et ishāra seraient aussi « compris sans énonciation » — certains les ont nommés mafhūm ; le jumhūr réserve le terme à ce qui est compris à l'occasion de la parole en concordance ou en opposition avec le manṭūq.
  • Les deux familles : concordance → mafhūm al-muwāfaqa (cette carte) ; opposition → mafhūm al-mukhālafa (cartes 7-9).
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Faḥwā et laḥn al-khiṭāb

Les deux degrés de la muwāfaqa
Prioritaire (awlā) → faḥwā ; équivalent (musāwī) → laḥn. Et le débat : la muwāfaqa exige-t-elle l'awlawiyya ?
Taxinomie Awlā / musāwī

Deux exemples canoniques

  • Faḥwā al-khiṭāb (le cas tu est prioritaire) : ﴿فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ﴾ — l'interdiction de frapper les parents se sait du discours « par voie de certitude » (bi-ṭarīq al-qaṭʿ). Si le simple « fi » est interdit pour l'offense qu'il contient, le coup l'est à plus forte raison.
  • Laḥn al-khiṭāb (le cas tu est équivalent) : ﴿إِنَّ الَّذِينَ يَأْكُلُونَ أَمْوَالَ الْيَتَامَىٰ ظُلْمًا﴾ — la menace vise littéralement la consommation ; détruire ou brûler le bien de l'orphelin lui est équivalent quant au préjudice : même statut, même menace. « Laḥn » signifie ici le sens du discours, d'après ﴿وَلَتَعْرِفَنَّهُمْ فِي لَحْنِ الْقَوْلِ﴾.
  • Le débat terminologique : la muwāfaqa exige-t-elle l'awlawiyya ? Deux avis ; « le meilleur des deux », tranche le sharḥ, est que non : elle peut être awlā ou musāwī. L'avis contraire — qui la limite à l'awlā — est l'implication de ce qu'Imām al-Ḥaramayn rapporte d'al-Shāfiʿī, et al-Hindī l'attribue au plus grand nombre.
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Première thèse — un qiyās jalī

Al-Shāfiʿī (selon al-Ṣayrafī) et al-Rāzī
L'interdiction du coup s'apprend « du côté du mentionné » comme le farʿ s'apprend de son aṣl — un qiyās dont la priorité est éclatante.
Thèse 1 Qiyās jalī

La généalogie de la thèse

  • L'attribution à al-Shāfiʿī : c'est al-Ṣayrafī, entre autres, qui rapporte de lui que la dalāla de la muwāfaqa est « qiyāsiyya » ; al-Rāfiʿī, dans le chapitre des jugements (al-aqḍiya), l'attribue même au plus grand nombre.
  • Deux lectures de cette attribution : (a) il s'agit d'un qiyās véritable — c'est pourquoi on y regarde la munāsaba, et on l'a nommé « al-qiyās al-jalī » ; (b) al-Shāfiʿī a seulement voulu dire qu'il lui ressemble : le coup, non mentionné dans ﴿فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ﴾, s'apprend « du côté du mentionné » comme la connaissance du farʿ s'apprend du côté de son aṣl — lecture vers laquelle penche Ibn al-Samʿānī.
  • Force de la thèse : elle explique le travail de l'esprit : identifier le sens (l'offense, le préjudice), vérifier sa présence renforcée dans le cas tu, transférer le statut — la structure même du qiyās.
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Deuxième thèse — une dalāla lafẓiyya

Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī : « le ṣaḥīḥ du madhhab »
Même les négateurs du qiyās admettent la muwāfaqa ; et les arabophones la comprenaient avant toute révélation.
Thèse 2 Lafẓiyya

Deux arguments décisifs

Le Shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī, dans son livre d'uṣūl, tient la thèse lexicale pour « le ṣaḥīḥ du madhhab ». Ses appuis :

  • (a) L'argument des négateurs du qiyās : ceux qui rejettent le qiyās (les Ẓāhirites) admettent pourtant la muwāfaqa — si elle était un qiyās, ils devraient la rejeter avec lui.
  • (b) L'argument de l'antériorité : si c'était un qiyās, on ne la comprendrait pas avant la venue du Sharʿ ; or les arabophones comprennent cela du simple siyāq — la langue suffit.
  • Précision capitale : « lafẓiyya » signifie que la compréhension s'adosse au lafẓ (mustanad ilā al-lafẓ) — non que le mot « couvre » (tanāwala) le cas tu par son waḍʿ. La nuance ouvre la voie à la position médiane du bloc suivant.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
La voie médiane d'al-Ghazālī et al-Āmidī : compris du siyāq et des qarāʾin, par majāz — et la variante du naql ʿurfī.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — les nuances des « lexicalistes »

ثُمَّ الْقَائِلُونَ بِذَلِكَ اخْتَلَفُوا، فَقَالَ الْمُحَقِّقُونَ مِنْهُمْ كَالْغَزَالِيِّ وَالْآمِدِيِّ: فُهِمَتْ مِنَ السِّيَاقِ وَالْقَرَائِنِ، وَدَلَالَةُ اللَّفْظِ عَلَيْهِ مَجَازٌ مِنْ بَابِ إِطْلَاقِ الْأَخَصِّ عَلَى الْأَعَمِّ. وَقَالَ آخَرُونَ: إِنَّهَا وَإِنْ كَانَتْ فِي الْأَصْلِ مَوْضُوعَةً لِثُبُوتِ الْحُكْمِ فِي الْمَذْكُورِ لَا غَيْرُ، لَكِنَّ الْعُرْفَ الطَّارِئَ نَقَلَهَا إِلَى ثُبُوتِ الْحُكْمِ فِي الْمَذْكُورِ وَالْمَسْكُوتِ عَنْهُ مَعًا.

Traduction : « Puis les tenants de cette [thèse lexicale] ont divergé. Les vérificateurs parmi eux — al-Ghazālī, al-Āmidī — ont dit : elle est comprise du contexte et des indices, et la dalāla du mot sur elle est un majāz, du chapitre de l'application du plus particulier au plus général. D'autres ont dit : ces formules, quoique posées à l'origine pour l'établissement du statut dans le seul cas mentionné, l'usage survenu les a transférées vers l'établissement du statut dans le mentionné et le cas tu à la fois. »

Ce que Zarkashī en tire

  • La voie Ghazālī–Āmidī : les formules d'« avertissement du plus bas vers le plus haut » sont posées, à l'origine, pour le composé des deux : établissement du statut dans le mentionné et confirmation renforcée dans le cas tu. Le siyāq fait le travail ; la dalāla du lafẓ seul est un majāz.
  • La variante du naql ʿurfī : sur cette lecture (transfert par l'usage) comme sur la précédente, le sens inféré cesse d'être un mafhūm : il devient manṭūq ! Zarkashī note que c'est précisément la doctrine que Subkī reprend au bāb al-ʿumūm : « le lafẓ peut généraliser par ʿurf, comme la faḥwā » — alors qu'il l'affaiblit ici. Tension interne du Jamʿ al-Jawāmiʿ, relevée par le sharḥ.
  • Mafhūm et qiyās peuvent-ils coexister ? Al-Ṣafī al-Hindī soutient leur non-contradiction : le mafhūm porte sur un cas tu, le qiyās rattache un cas tu à un énoncé — pourquoi l'interdiction du coup ne serait-elle pas établie par les deux ensemble ? D'autres objectent : le mafhūm est « ce que le lafẓ indique hors de l'endroit de la parole », le maqīs « ce que le lafẓ n'indique pas du tout » — les deux régimes s'excluent.
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Synthèse — quatre positions sur une échelle

Vue d'ensemble du débat
Du « pur qiyās » au « pur manṭūq » : la muwāfaqa traverse toute l'échelle des dalālāt.
Synthèse Échelle

L'échelle des positions

  • (1) Qiyās véritable — al-Shāfiʿī selon al-Ṣayrafī ; al-Rāzī (al-Maḥṣūl) : on y regarde la munāsaba ; nom : qiyās jalī.
  • (2) Ressemblance au qiyās — lecture d'Ibn al-Samʿānī : le savoir du cas tu vient « du côté du mentionné », comme le farʿ de son aṣl, sans en être un.
  • (3) Dalāla lafẓiyya par siyāq et qarāʾin — al-Ghazālī, al-Āmidī : majāz (akhaṣṣ → aʿamm) ; Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī : le ṣaḥīḥ du madhhab.
  • (4) Naql ʿurfī — l'usage a transféré la formule au double cas : le sens devient alors manṭūq, plus du tout mafhūm. Position que Subkī mentionne en dernier et affaiblit.
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À retenir

5 principes essentiels
La muwāfaqa en cinq lignes — avant d'aborder son contraire, la mukhālafa.
  • Le mafhūm = dalāla « hors de l'endroit de la parole » ; transitions mentales, non waḍʿ
  • Muwāfaqa : le cas tu concorde avec le cas dit — faḥwā si prioritaire (le coup vs « fi »), laḥn si équivalent (brûler vs manger le bien de l'orphelin)
  • Le débat « awlā requis ? » ne porte que sur le nom : argumenter par l'équivalent est admis sans divergence
  • Sa nature : qiyās jalī (al-Shāfiʿī/al-Rāzī) vs dalāla lafẓiyya (al-Isfarāyīnī) — voie médiane : siyāq et qarāʾin, majāz (al-Ghazālī, al-Āmidī), voire naql ʿurfī (→ manṭūq)
  • Le différend est réel, non verbal : son fruit principal est la possibilité du naskh
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise du débat sur la nature de la muwāfaqa.

Question

« Les Ẓāhirites rejettent le qiyās mais admettent qu'on tire de ﴿فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ﴾ l'interdiction de frapper ses parents. En quoi ce simple fait constitue-t-il un argument dans le débat sur la nature du mafhūm al-muwāfaqa — et pour quelle thèse ? Quel second argument, tiré de la situation des arabophones avant la révélation, va dans le même sens ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
FAḤWĀ
awlā
« fi » → le coup
2
LAḤN
musāwī
manger → brûler
3
NATURE
4 positions
qiyās · ≈qiyās · siyāq · ʿurf
4
FRUIT
maʿnawī
naskh possible ou non