Ce que le texte dit dans son silence, dans le même sens · Faḥwā et laḥn al-khiṭāb · Qiyās jalī ou dalāla lafẓiyya ?
Nous franchissons la frontière tracée à la carte 4 : voici la dalāla « à l'endroit du silence ». Le mafhūm est ce que le mot indique lā fī maḥall al-nuṭq. Quand le statut du cas tu concorde avec celui du cas dit, on parle de mafhūm al-muwāfaqa : du « ne leur dis pas “fi” » ﴿فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ﴾ on comprend — à plus forte raison — l'interdiction de frapper ses parents : c'est la faḥwā al-khiṭāb ; de l'interdiction de manger les biens de l'orphelin on comprend celle de les brûler — cas équivalent : c'est le laḥn al-khiṭāb. Derrière cette taxinomie simple se cache l'un des plus beaux débats du bāb : cette inférence est-elle un qiyās jalī (al-Shāfiʿī selon al-Ṣayrafī, et al-Rāzī) ou une dalāla lafẓiyya (Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī : « le ṣaḥīḥ du madhhab ») ? Al-Ghazālī et al-Āmidī tracent une voie médiane : le sens est compris du siyāq et des qarāʾin. Al-Zarkashī déploie le débat, ses nuances — et son fruit : la possibilité du naskh.
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« Le mafhūm est ce que le mot indique hors de l'endroit de la parole. Si son statut concorde avec le manṭūq, c'est une muwāfaqa : faḥwā al-khiṭāb si [le cas tu] est prioritaire, laḥn al-khiṭāb s'il est équivalent — et l'on a dit : il ne peut être équivalent. Puis al-Shāfiʿī et l'Imām [al-Rāzī] ont dit : sa dalāla est d'ordre analogique ; et l'on a dit : lexicale. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (mafhūm al-muwāfaqa) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 72-73
Zarkashī s'arrête sur le nom même. La dalāla du mafhūm n'est pas waḍʿiyya : ce sont des « transitions mentales » (intiqālāt dhihniyya) — l'esprit passe de la compréhension du moindre à celle du plus, par voie d'avertissement de l'un par l'autre (tanbīh). On l'a appelé « mafhūm » non parce que le reste ne serait pas compris — sinon le manṭūq aussi serait « mafhūm » ! — mais parce qu'il est compris sans être explicité. À ce compte, remarque-t-il, l'iqtiḍāʾ et l'ishāra (carte 5) mériteraient aussi le nom — certains le leur ont donné ; mais le jumhūr réserve « mafhūm » à ce qui est compris à l'occasion de la parole en concordant ou en s'opposant au manṭūq. D'où les deux familles : muwāfaqa (cette carte) et mukhālafa (cartes 7 à 9). La muwāfaqa fait l'objet d'un accord unanime quant à sa validité — le débat ne porte que sur sa nature.
Dans la définition du matn, « ce que le mot indique » est le genre, et « hors de l'endroit de la parole » la différence qui exclut le manṭūq. Zarkashī y lit un signal : la dalāla du mafhūm n'est pas waḍʿiyya — ce sont des transitions mentales (intiqālāt dhihniyya) : l'esprit passe du peu au beaucoup, l'un avertissant de l'autre.
Le Shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī, dans son livre d'uṣūl, tient la thèse lexicale pour « le ṣaḥīḥ du madhhab ». Ses appuis :
Traduction : « Puis les tenants de cette [thèse lexicale] ont divergé. Les vérificateurs parmi eux — al-Ghazālī, al-Āmidī — ont dit : elle est comprise du contexte et des indices, et la dalāla du mot sur elle est un majāz, du chapitre de l'application du plus particulier au plus général. D'autres ont dit : ces formules, quoique posées à l'origine pour l'établissement du statut dans le seul cas mentionné, l'usage survenu les a transférées vers l'établissement du statut dans le mentionné et le cas tu à la fois. »
« Les Ẓāhirites rejettent le qiyās mais admettent qu'on tire de ﴿فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ﴾ l'interdiction de frapper ses parents. En quoi ce simple fait constitue-t-il un argument dans le débat sur la nature du mafhūm al-muwāfaqa — et pour quelle thèse ? Quel second argument, tiré de la situation des arabophones avant la révélation, va dans le même sens ? »