La quadripartition du mot et du sens · Mutawāṭiʾ, mushakkik, mutabāyin, mutarādif, mushtarak · Les trois espèces de ʿalam
Après avoir défini le waḍʿ, Subkī dresse la taxinomie complète du mot singulier rapporté à son sens — une quadripartition d'une économie remarquable. (1) Mot et sens uniques : si la représentation du sens interdit le partage, c'est le juzʾī (Zayd) ; sinon, le kullī (homme) — lui-même mutawāṭiʾ si le sens se réalise également dans les individus, mushakkik s'il s'y réalise inégalement. (2) Mots et sens multiples : les mutabāyina (homme / cheval). (3) Sens unique, mots multiples : les mutarādifa (synonymes). (4) Mot unique, sens multiples : le mushtarak s'il est ḥaqīqa dans les deux, sinon ḥaqīqa et majāz. La carte se clôt par le ʿalam et la distinction fine — « une des perles de la recherche », dit al-Qarāfī — entre ʿalam de personne, ʿalam de genre et nom de genre. Al-Zarkashī enrichit chaque case : le kullī sans existant (une mer de vif-argent), le débat sur le mushakkik, Sībawayh et Usāma le lion.
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« Si le mot et le sens sont uniques : lorsque la représentation du sens interdit le partage, c'est un juzʾī ; sinon, un kullī — mutawāṭiʾ si [le sens] s'y réalise également, mushakkik s'il s'y réalise inégalement. S'ils sont multiples tous deux : mutabāyin. Si le sens est unique et non le mot : mutarādif. À l'inverse : si [le mot] est ḥaqīqa dans les deux [sens], c'est un mushtarak ; sinon, ḥaqīqa et majāz. Le ʿalam est ce qui est posé pour un déterminé sans s'étendre à un autre : si la détermination est extérieure, c'est le ʿalam de personne ; sinon, le ʿalam de genre ; et si [le mot est posé] pour la quiddité en tant que telle, c'est un nom de genre. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-kullī wa-l-juzʾī) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 89-93
Pourquoi un juriste devrait-il savoir distinguer le kullī du juzʾī ? Parce que toute la théorie du ʿāmm (le général) en dépend : un terme général est un kullī appliqué à ses individus ; un nom propre ne se généralise pas ; un mushtarak ne se généralise qu'après désambiguïsation. Zarkashī signale d'emblée une précision d'école : le juzʾī et le kullī sont, par essence, des propriétés du sens — on les dit du mot par dérivation, « nommant l'indicateur du nom de l'indiqué » (tasmiyat al-dāl bi-ism al-madlūl). Et il défend la définition de Subkī contre celle d'Ibn al-Ḥājib : dire que le kullī est « ce dont la représentation n'interdit pas le partage » est plus exact que d'exiger un partage effectif — car il existe des kullī sans aucun individu réel (une mer de vif-argent), ou à individu unique (le soleil), voire à individu impossible (l'associé de Dieu). La possibilité logique suffit ; l'existence n'ajoute rien.
Subkī définit le kullī par la non-interdiction du partage (lā yamnaʿu taṣawwuru maʿnāhu min al-shirka) — formule plus large que « ce qui est partagé ». Zarkashī en tire la cartographie des cas-limites :
Traduction : « Le kullī se divise en mutawāṭiʾ et mushakkik : si son sens se réalise dans ses individus à égalité, c'est le mutawāṭiʾ — telle la dalāla d'“homme” sur Zayd, ʿAmr et leurs semblables… Et si ce sens se réalise inégalement dans certains de ses individus — par intensité ou faiblesse, antériorité ou postériorité —, c'est le mushakkik : ainsi “blanc” appliqué à la neige et à l'ivoire. On l'a nommé mushakkik parce qu'il fait douter l'observateur : est-il mutawāṭiʾ, vu l'unité de la réalité en lui, ou mushtarak, vu la différence entre les deux ? »
Zarkashī convoque le chapitre fameux de Sībawayh (« hādhā bābun min al-maʿrifa yakūnu fīhi al-ism al-khāṣṣ shāʾiʿan fī ummatih ») : dire « hādhā Abū al-Ḥārith » du lion, c'est viser « celui dont tu as entendu le nom » — n'importe quel individu de sa nation, mais à travers la réalité connue. Ibn Mālik en tire le choix qu'adoptera le père de Subkī : le ʿalam de genre vise la distinction du genre lui-même, abstraction faite de ses individus ; le nom de genre vise le genre en tant qu'il advient à ses individus — si bien qu'avec l'article, l'ism al-jins rejoint le ʿalam al-jins. Et Ibn al-Ḥājib (Sharḥ al-Mufaṣṣal) résume : « asad » est posé pour un individu indéterminé du genre — la multiplicité y est dans le waḍʿ ; « Usāma » pour la réalité une dans l'esprit — la multiplicité n'y vient qu'en conséquence, non par visée.
« Le mot “blanc” appliqué à la neige et à l'ivoire est dit mushakkik. Expliquez pourquoi ce terme “fait douter”, et montrez ce qui le distingue à la fois du mutawāṭiʾ (comme “homme” pour Zayd et ʿAmr) et du mushtarak (comme “ʿayn” pour l'œil et la source). Sur quel critère exact la frontière passe-t-elle ? »