Le dérivé et la dérivation · Faut-il que le sens subsiste pour que le nom soit vrai ? · « Le voleur » l'est-il encore après le vol ?
« Frappeur », « voleur », « croyant » : ces noms dérivés (mushtaqq) portent une qualité — mais combien de temps ? Subkī définit d'abord l'ishtiqāq : « ramener un mot à un autre, fût-ce un majāz, pour une affinité de sens et de lettres radicales », avec changement obligatoire. Puis viennent les règles : nul ne reçoit un nom dérivé d'une qualité qui ne subsiste pas en lui — contre les Muʿtazilites, qui en avaient besoin pour dire Dieu « parlant » d'une parole créée hors de Lui, et Ibrāhīm « immolateur » sans Ismāʿīl « immolé ». Enfin la grande question, lourde de conséquences juridiques : pour que le dérivé soit ḥaqīqa, faut-il que perdure ce dont il dérive (baqāʾ al-mushtaqq minhu) ? Le jumhūr l'exige « si c'est possible, sinon le dernier fragment suffit » — et Subkī précise contre al-Qarāfī que la « vérité selon l'état » s'entend de l'état de qualification (talabbus), non de l'état d'énonciation. Al-Zarkashī déroule le débat jusqu'aux versets du voleur et du fornicateur.
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« La dérivation : ramener un mot à un autre — fût-ce par majāz — en raison d'une affinité entre eux dans le sens et dans les lettres radicales ; un changement est indispensable. Elle peut être régulière, comme le participe actif, ou propre à un cas, comme la qārūra (fiole). Celui en qui une qualité ne subsiste pas ne peut recevoir de nom qui en dérive — contrairement aux Muʿtazilites. Le jumhūr conditionne la vérité du dérivé à la subsistance de ce dont il dérive, si elle est possible, sinon à son dernier fragment ; troisième avis : la suspension. De là, le participe actif et passif est ḥaqīqa au regard de l'état — c'est-à-dire l'état de qualification, non celui de l'énonciation —, contrairement à al-Qarāfī. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-mushtaqq) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 93-96
Derrière la grammaire, des vies : ﴾وَالسَّارِقُ وَالسَّارِقَةُ فَاقْطَعُوا أَيْدِيَهُمَا﴾ — « le voleur », au moment où on le juge, ne vole plus. Si le dérivé n'était vrai que de qui est actuellement qualifié, le verset ne s'appliquerait à personne : nul n'est amputé en flagrant délit. C'est l'objection d'al-Qarāfī, qui en tirait que ces versets sont des majāz « au regard de qui fut qualifié dans le passé ». Subkī et Zarkashī répondent par une thèse héritée de Taqī al-Dīn al-Subkī : le participe, comme tous les noms, n'indique aucun temps — « ḍārib » signifie « qualifié par le frapper », sans dire quand ; croire qu'il signifie le présent est une illusion née de l'usage, comme « ceci est une pierre » ne dit pas le temps de la pierre. La « vérité selon l'état » s'entend donc de l'état de talabbus (le moment où la qualité est effectivement revêtue), non du moment où l'on parle. Le verset vise quiconque revêt la qualité de voleur — au moment où il la revêt — et le statut le suit.
Le participe actif s'étend à tout porteur de l'action — de même le participe passif, l'adjectif assimilé, l'élatif, les noms de temps, de lieu et d'instrument. Mais la qārūra (du « repos », qarār, du liquide), la dajāja, le dabarān : la langue a réservé ces noms à certains porteurs du sens. La règle de Zarkashī : quand le sens est visé comme simple légitimant de la nomination (muṣaḥḥiḥ), le nom s'étend ; quand il est visé dans tel porteur particulier, il se réserve. D'où l'adage : la dérivation n'oblige pas à la régularité — « ils ont nommé la dābba de son rampement sans nommer dābba tout ce qui rampe ».
Traduction : « Appliquer le nom dérivé au regard du futur est un majāz par consensus — ainsi “qatīl” (tué) dit de qui va l'être, dans le ḥadīth “quiconque tue un tué…”, par l'imminence. L'appliquer au regard du présent [de la qualification] est une ḥaqīqa par consensus. Quant à l'appliquer après l'expiration de ce dont il y a dérivation — comme “frappeur” [dit de qui a fini de frapper] : est-ce encore une ḥaqīqa ? Là-dessus, plusieurs doctrines. »
Al-Qarāfī soutenait que le dérivé est ḥaqīqa absolument — pour le passé, le présent et le futur de la qualification : sinon, disait-il, « le qaṭʿ et le jald seraient problématiques » : au moment où ﴾السَّارِقُ ... فَاقْطَعُوا﴾ s'applique, le vol est passé ; les versets pénaux seraient donc des majāz visant « qui fut qualifié » — et l'on ne tranche pas une main sur un majāz. Pire : ces temps s'évaluent par rapport au moment de la révélation : qu'en serait-il des voleurs de notre temps, postérieurs au khiṭāb ?
Certains restreignent tout le débat précédent au cas où aucune qualité contraire n'est survenue : le « tueur », le « voleur » gardent leur nom en débat tant que rien ne les contredit. Mais si survient une qualité positive contraire qui reçoit un autre nom dérivé — le blanc devenu noir —, le premier nom ne s'applique plus, par consensus : nul ne dit « blanc » de ce qui est noir. Zarkashī juge cette direction « bien orientée » (muttajih) et y voit de quoi tempérer la généralité du khilāf rapporté par le jumhūr — al-Āmidī laissant entendre la même chose au fil de son argumentation.
« Laysa fī al-mushtaqq ishʿār bi-khuṣūṣiyyat al-dhāt » : « le noir » indique une essence qualifiée de noirceur — sans dire si c'est un corps, un minéral, un animal : ni par muṭābaqa, ni par taḍammun ; tout au plus ses concomitants (être un corps…) se signalent-ils par iltizām, précise al-Ṣafī al-Hindī. C'est pourquoi le dérivé peut courir sur Dieu, l'homme ou la chose sans équivoque d'essence : la qualité seule est dite.
« Al-Qarāfī objecte : si le participe n'est ḥaqīqa que de qui est actuellement qualifié, alors ﴾وَالسَّارِقُ وَالسَّارِقَةُ فَاقْطَعُوا﴾ ne serait qu'un majāz, et la peine reposerait sur un sens figuré. Reconstituez la réponse de l'école Subkī : sur quelle thèse sémantique (la relation du participe au temps) repose-t-elle, et comment la distinction ḥāl al-talabbus / ḥāl al-nuṭq dissout-elle l'objection ? »