Un sens sous plusieurs mots, plusieurs sens sous un mot · Les cinquante noms du sabre · Le tābiʿ « ḥasan basan » et la force du renforcement
Dernière carte de la Famille C : les deux symétriques de la quadripartition, et leurs annexes. Le tarāduf (synonymie) existe-t-il ? Subkī l'affirme — « la langue des Arabes en déborde » — contre Thaʿlab et Ibn Fāris, pour qui tout prétendu synonyme cache une nuance : l'anecdote fameuse oppose Ibn Khālawayh, qui « connaît cinquante noms du sabre », à Abū ʿAlī al-Fārisī : « je n'en connais qu'un seul… le reste, ce sont des épithètes ». S'y rattachent le tābiʿ (« ḥasan basan ») — dont le vrai apport est la taqwiya —, et la substitution d'un synonyme à l'autre, licite sauf taʿabbud bi-lafẓih (le takbīr de la prière). Vient ensuite le mushtarak : possible et advenu — « al-ʿayn », ﴾ثَلَاثَةَ قُرُوءٍ﴾ — contre Thaʿlab, al-Abharī et al-Balkhī, avec sept positions recensées ; peut-on l'employer dans ses deux sens à la fois ? Majāz selon Subkī et Ibn al-Ḥājib, ḥaqīqa selon al-Shāfiʿī et le Qāḍī — débat dont dépend le pluriel « ʿuyūn » et la portée de ﴾إِنَّ اللَّهَ وَمَلَائِكَتَهُ يُصَلُّونَ عَلَى النَّبِيِّ﴾. Al-Zarkashī arbitre, vérifie les attributions — et corrige au passage le matn lui-même.
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« La synonymie a lieu — contrairement à Thaʿlab et Ibn Fāris absolument, et à l'Imām [al-Rāzī] pour les noms légaux. Le vrai est que le suivant (tābiʿ) apporte le renforcement, et que chacun des deux synonymes peut prendre la place de l'autre, s'il n'y a pas servitude rituelle attachée au mot. L'homonyme a lieu — contrairement à Thaʿlab, al-Abharī et al-Balkhī — et il est valide de l'appliquer à ses deux sens à la fois, par majāz ; d'al-Shāfiʿī, du Qāḍī et des Muʿtazilites [est rapporté] : en vérité propre. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-ishtirāk wa-l-tarāduf) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 96-101
La norme de la langue, c'est le mutabāyin : à chaque sens son mot. Le tarāduf (luxe) et l'ishtirāk (risque) sont les deux écarts — et chacun engage le fiqh. Le tarāduf pose la question de la substitution : si « asad » et « layth » sont équivalents, puis-je dire « Allāhu al-aʿẓam » au lieu de « Allāhu akbar » en ouvrant la prière ? Réponse du matn : oui en principe, sauf taʿabbud bi-lafẓih — là où le Législateur nous a asservis au mot même. L'ishtirāk pose la question inverse, celle de l'ambiguïté : ﴾ثَلَاثَةَ قُرُوءٍ﴾ — purifications ou menstrues ? Les négateurs du mushtarak (le wāḍiʿ est un sage : pourquoi créer l'équivoque ?) se heurtent au fait ; ses partisans répondent que l'ambiguïté a ses utilités : la globalité voulue (ijmāl maqṣūd), quand le locuteur souhaite ne pas trancher. Quant au taʾkīd et au tābiʿ, ils répondent à l'objection du superflu : répéter n'est pas ne rien dire — c'est renforcer, et écarter la suspicion de majāz : « qāma al-qawmu kulluhum » ferme la porte que « qāma al-qawmu » laissait ouverte.
Traduction : « Le Qāḍī Ibn al-ʿArabī rapporte, avec sa chaîne, d'Abū ʿAlī al-Fārisī : “J'étais au majlis de Sayf al-Dawla à Alep, en présence d'un groupe de gens de la langue, dont Ibn Khālawayh. Celui-ci dit : Je connais au sabre cinquante noms. Abū ʿAlī sourit : Je ne lui en connais qu'un seul — le sabre. — Et où mets-tu al-muhannad ? et al-ṣārim ? et al-rasūb ? et al-mikhdham ? — et il se mit à énumérer. Abū ʿAlī répondit : Ce sont là des épithètes (ṣifāt).” »
Le « ḥāṣil » du commentaire : qui tient ces noms pour synonymes regarde l'unité de leur dalāla sur l'essence ; qui le nie regarde la nuance propre de chacun (le ṣārim par son tranchant, le muhannad par l'Inde de sa lame). Les prétendus synonymes « ressemblent aux mutarādifa par les essences, aux mutabāyina par les attributs ». Le débat est donc largement une affaire de point de vue — ce qui explique qu'al-Fārisī, négateur ici, soit cité ailleurs comme témoin du tarāduf : « le shaykh ne distinguait pas le nom de l'épithète ». Méthode du Tashnīf : dissoudre les khilāf verbaux avant de compter les voix.
Distinction soulignée par Zarkashī : certains croient le tābiʿ un taʾkīd — erreur. Le taʾkīd apporte, avec la taqwiya, la levée de l'hypothèse du majāz : « qāma al-qawmu » laisse possible que « le peuple » soit dit par figure de la plupart ; « kulluhum » ferme cette issue. Le tābiʿ renforce sans rien fermer. Trois degrés donc : l'énoncé nu, l'énoncé suivi (taqwiya), l'énoncé corroboré (taqwiya + nafy iḥtimāl al-majāz).
Objection des négateurs (relayée par le Taḥṣīl) : entre deux sens sans indice, le mot n'apprend rien — le poser serait ʿabath, vanité, indigne d'un wāḍiʿ sage. Réponse consignée par Zarkashī : une utilité demeure — l'évocation globale (al-fāʾida al-ijmāliyya maqṣūda) : faire surgir à l'esprit l'alternative elle-même, quand le locuteur veut précisément ne pas détailler — ménager un interlocuteur, voiler une information, réserver le taqyīd à plus tard. L'ambiguïté du ﴾قُرُوءٍ﴾ a nourri tout un chapitre du fiqh du divorce : la langue offre l'instrument, le mujtahid cherche la qarīna.
« Dans ﴾إِنَّ اللَّهَ وَمَلَائِكَتَهُ يُصَلُّونَ عَلَى النَّبِيِّ﴾, le verbe “yuṣallūna” couvre la ṣalāt de Dieu (miséricorde) et celle des anges (demande de pardon). Expliquez pourquoi cet exemple sert les partisans de l'emploi du mushtarak dans ses deux sens — puis pourquoi Subkī, qui l'admet, le qualifie néanmoins de majāz et non de ḥaqīqa. Que devient l'énoncé si aucun indice ne désigne les sens visés ? »