L'ordre après interdiction vaut-il permission ? · L'accomplissement conforme libère · Le qaḍāʾ, l'ordre d'ordonner et la niyāba
Cette carte rassemble les masāʾil qui entourent l'exécution de l'ordre. D'abord son contexte d'énonciation : quand « ifʿal » survient après une interdiction — ﴾وَإِذَا حَلَلْتُمْ فَاصْطَادُوا﴿ — garde-t-il sa force obligeante, ou la levée du ḥaẓr le ramène-t-elle à la simple permission ? Al-aṣaḥḥ : l'ibāḥa, car l'interdiction préalable est une qarīna ṣārifa ; al-Rāzī étend la règle à l'ordre venant après une demande d'autorisation. Symétriquement : le nahy après le wujūb emporte-t-il le taḥrīm ? Ensuite, l'aval de l'exécution : si le délai expire sans acte, le qaḍāʾ est-il dû par l'ordre initial ou par un ordre nouveau ? Et surtout : l'accomplissement conforme implique-t-il l'ijzāʾ — la libération de la dette ? Subkī tranche : oui, sinon l'ordre exigerait après l'obéissance soit l'acquis (taḥṣīl al-ḥāṣil), soit autre chose que le demandé. Trois annexes ferment la carte : l'ordre d'ordonner (« مُرْهُ فَلْيُرَاجِعْهَا »), l'entrée de l'ordonnant sous son propre ordre général, et la représentation (niyāba) dans l'acte ordonné.
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« S'il survient après une interdiction — l'Imām [al-Rāzī] a dit : ou après une demande d'autorisation — il vaut permission ; Abū al-Ṭayyib, al-Shīrāzī, al-Samʿānī et l'Imām ont dit : obligation ; et Imām al-Ḥaramayn a suspendu… La plupart ont dit : le qaḍāʾ relève d'un ordre nouveau. Et l'avis le plus correct est que l'accomplissement de ce qui est ordonné implique l'ijzāʾ. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-amr baʿd al-ḥaẓr, al-qaḍāʾ wa-l-ijzāʾ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 150-154
La carte 22 a établi que la ṣīgha nue oblige. Mais une ṣīgha n'est jamais tout à fait nue : elle survient après quelque chose. Si ce qui précède est une interdiction, l'intuition des fuqahāʾ — et, selon le Qawāṭiʿ d'al-Samʿānī, l'apparence du propos d'al-Shāfiʿī dans les Aḥkām al-Qurʾān — est que l'ordre signifie le simple retour au permis : ﴾وَإِذَا حَلَلْتُمْ فَاصْطَادُوا﴿ n'oblige personne à chasser. Les tenants du wujūb répliquent : la ṣīgha exige, et l'antécédent n'y change rien. Imām al-Ḥaramayn, fidèle à son waqf, suspend. Zarkashī rapporte aussi la remarque d'al-Bāqillānī sur l'intitulé même de la masʾala : mieux vaudrait dire « ifʿal après le ḥaẓr » que « l'amr après le ḥaẓr » — car si la forme vaut ibāḥa, elle n'est précisément plus un amr : le mubāḥ n'est pas un maʾmūr bih, mais un maʾdhūn fīh. Toute la masʾala tient dans cette précision de vocabulaire.
Si le ḥaẓr antérieur affaiblit l'amr, le wujūb antérieur devrait affaiblir le nahy. Or le jumhūr tient que le nahy après le wujūb emporte le taḥrīm — al-Bāqillānī et l'Ustādh y rapportent même l'accord. Deux justifications du traitement asymétrique :
Les autres positions : la karāha tanzīhiyya (consignée dans la Musawwada des Āl Taymiyya, d'après al-Qāḍī Abū Yaʿlā) ; l'ibāḥa, par symétrie complète — appuyée sur ﴾إِن سَأَلْتَنِي عَن شَيْءٍ بَعْدَهَا فَلَا تُصَاحِبْنِي﴿ ; l'isqāṭ du wujūb : le nahy serait un naskh, ramenant les choses à l'état antérieur ; et le waqf d'Imām al-Ḥaramayn — « j'étends sur elle le pan du waqf, comme je l'ai fait pour la ṣīgha de l'amr après le ḥaẓr ».
Traduction : « Le désaccord sur l'ordre survenant après une interdiction antérieure — comme Sa parole : ﴾Et quand vous serez désacralisés, chassez﴿ — est célèbre. Trois positions : la plus correcte est qu'il vaut permission, car l'antériorité de l'interdiction est un indice qui détourne [la ṣīgha de son sens d'obligation]. »
Traduction : « L'accomplissement par le mukallaf de ce qui est ordonné, selon le mode prescrit, implique l'ijzāʾ. Sinon, l'ordre, après l'obéissance, exigerait soit cela même qui a été accompli — et il s'ensuivrait l'acquisition de l'acquis — soit autre chose — et il s'ensuivrait que l'accomplissement n'a pas porté sur la totalité de l'ordonné [contrairement à l'hypothèse]. »
Le Législateur ordonne un acte dans un temps déterminé ; le temps expire sans acte. Le rattrapage est-il dû par l'ordre initial — qui l'impliquerait — ou par un ordre nouveau ?
« Reconstituez la preuve de Subkī : pourquoi l'accomplissement conforme de l'acte ordonné implique-t-il nécessairement l'ijzāʾ ? Et pourquoi Zarkashī estime-t-il que le désaccord d'Abū Hāshim et ʿAbd al-Jabbār disparaît si l'on définit l'ijzāʾ comme “chute de l'obligation de refaire” plutôt que comme “chute du qaḍāʾ” ? »