L'ordre nu demande la māhiyya · Ni tout de suite, ni plusieurs fois · L'ordre suspendu à une condition, et les deux ordres successifs
Une fois posé que « ifʿal » exige l'acte, deux questions de quantité et de temps surgissent : combien de fois, et quand ? La réponse des muḥaqqiqūn, que Subkī épouse, est d'une grande sobriété : l'amr nu demande la māhiyya — l'essence de l'acte — sans indiquer ni l'unicité ni la répétition ; la marra (l'occurrence unique) n'est pas son signifié, mais la condition inévitable de tout accomplissement. De même pour le temps : ni fawr ni tarākhī ne sont signifiés — d'où il suit que celui qui s'exécute aussitôt est conforme (al-mubādir mumtathil), quoi qu'on pense du fawr. Autour de ce noyau, trois débats : les Ḥanafites, Ḥanbalites et Mālikites qui imposent l'immédiateté ; l'Ustādh Abū Isḥāq al-Isfarāyīnī et al-Qazwīnī qui imposent la répétition à vie ; et le cas intermédiaire de l'ordre suspendu à une condition ou à une qualité — ﴾وَإِن كُنتُمْ جُنُبًا فَاطَّهَّرُوا﴿ — où al-Bayḍāwī introduit sa distinction fameuse : pas de répétition par le lafẓ, mais répétition par le qiyās. En annexe : que faire de deux ordres identiques successifs — « ṣalli rakʿatayn, ṣalli rakʿatayn » — taʾsīs ou taʾkīd ?
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« Masʾala : l'amr demande la māhiyya — ni répétition ni occurrence unique ; la marra est nécessaire [à l'accomplissement], et l'on a dit : elle est son signifié. L'Ustādh et al-Qazwīnī ont dit : il emporte la répétition absolument ; on a dit : [seulement] s'il est suspendu à une condition ou à une qualité ; et l'on a opté pour la suspension. Il n'emporte pas non plus l'immédiateté — contrairement à certains ; on a dit : l'immédiateté ou la résolution ; on a dit : équivoque. Et celui qui s'empresse [d'obéir] est conforme, contrairement à qui l'a nié et à qui a suspendu. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-fawr wa-l-tikrār) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 151-152 et 155
Derrière ces débats apparemment scolastiques se jouent des questions de fiqh très concrètes. Si l'amr emporte le tikrār, chaque impératif coranique deviendrait une obligation perpétuelle remplissant la vie du mukallaf — c'est pourquoi même ses partisans (l'Ustādh Abū Isḥāq al-Isfarāyīnī, al-Qazwīnī) l'assortissent de la réserve de l'imkān : hors temps de sommeil et de nécessités. Si l'amr emporte le fawr, celui qui retarde le ḥajj dès la première année de capacité pèche — position ḥanafite, ḥanbalite et mālikite, suivie chez les Shāfiʿites par Abū Ḥāmid al-Marwazī et al-Ṣayrafī ; la position shāfiʿite dominante, qu'Imām al-Ḥaramayn dit la plus accordée aux fatwās d'al-Shāfiʿī, autorise le délai. Quant à l'ordre suspendu à une condition (« si vous êtes junub, purifiez-vous »), l'expérience juridique montre qu'il se répète à chaque réalisation de la condition — mais est-ce le lafẓ qui le dit, ou l'analogie de la cause ? La formule d'al-Bayḍāwī — lā yaqtaḍīhi lafẓan wa-yaqtaḍīhi qiyāsan — est devenue la solution classique.
Quand le maître dit « prie », a-t-il dit « prie une fois » ? Non — il a demandé la prière, son essence. Mais on ne peut accomplir une essence sans l'accomplir au moins une fois : la marra est donc ḍarūriyya — nécessité de l'imtithāl, non contenu du lafẓ. Voilà le cœur de la position retenue. Les autres :
Traduction : « La plus correcte est la position des vérificateurs : [l'amr] n'indique ni l'occurrence unique ni la répétition ; il indique seulement la demande de la quiddité de l'acte ordonné. Quant à l'occurrence obligatoire, elle est inévitable dans l'obéissance : elle relève des nécessités de l'accomplissement de ce qui est ordonné. »
Quatrième madhhab du matn : l'amr emporte le tikrār s'il est suspendu à une condition — ﴾وَإِن كُنتُمْ جُنُبًا فَاطَّهَّرُوا﴿ — ou à une qualité — ﴾وَالسَّارِقُ وَالسَّارِقَةُ فَاقْطَعُوا أَيْدِيَهُمَا﴿ : chaque janāba appelle une purification, chaque vol une peine. S'il est muṭlaq, pas de répétition.
Si quelqu'un accomplit l'acte ordonné dès le premier temps, il est mumtathil — qu'on tienne l'amr pour fawrī ou non. C'est le mashhūr, presque l'évidence. Subkī mentionne pourtant deux avis contraires, que Zarkashī qualifie de gharībān :
Cette masʾala (Tashnīf, p. 155) est le miroir discursif du tikrār : la répétition n'est plus dans le signifié d'un ordre, mais dans la succession de deux énoncés. Tri préalable : si les deux objets diffèrent (« prie » puis « jeûne »), les deux s'imposent ; si l'objet ne peut se répéter (« tue Zayd » deux fois), le second est taʾkīd par nécessité. Reste le cas sensible — objets identiques et répétables :
« Expliquez la formule d'al-Bayḍāwī sur l'ordre suspendu à une condition : “il n'exige pas la répétition par le lafẓ, mais l'exige par le qiyās.” En quoi cette position se distingue-t-elle à la fois du quatrième madhhab (le taʿlīq emporte le tikrār) et de la position d'al-Āmidī et Ibn al-Ḥājib ? Illustrez avec ﴾وَإِن كُنتُمْ جُنُبًا فَاطَّهَّرُوا﴿. »