La masʾala la plus féconde du bāb · L'interdit est-il nul ? · Le tafṣīl de Subkī : ʿibādāt, muʿāmalāt — dākhil, lāzim, khārij
Couronnement de la Famille E, cette masʾala est celle dont les furūʿ sont les plus nombreux : la vente usuraire est-elle nulle ou seulement fautive ? La prière en terrain usurpé vaut-elle ? Le ṭalāq pendant les menstrues opère-t-il ? Tout dépend de la réponse à une question : le nahy implique-t-il le fasād de l'acte interdit ? Quatre madhāhib s'affrontent : le fasād absolu (la plupart des Shāfiʿites selon al-Samʿānī) ; le refus absolu (al-Qaffāl, al-Bāqillānī, al-Ghazālī) ; le fasād dans les seules ʿibādāt (Abū al-Ḥusayn al-Baṣrī, al-Rāzī) ; et le tafṣīl de Subkī, devenu classique : dans les ʿibādāt et les īqāʿāt, fasād absolument ; dans les muʿāmalāt, fasād seulement si le nahy vise un élément interne (bayʿ al-malāqīḥ) ou un élément externe inséparable (le ribā) — non un élément externe séparable (la vente à l'heure de l'appel du vendredi). S'y ajoutent la règle d'Ibn ʿAbd al-Salām pour le cas douteux, la position ḥanafite — le nahy li-waṣfihi atteste la validité du fond —, et les deux extensions prophétiques : la négation du qabūl et la négation de l'ijzāʾ valent-elles négation de la ṣiḥḥa ?
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« Le nahy d'interdiction non restreint — et de même celui de réprobation, selon le plus manifeste — emporte la nullité, par le sharʿ (on a dit : par la langue ; on a dit : par le sens), dans tout ce qui n'est pas transaction, absolument ; et dans les transactions, s'il se rapporte — Ibn ʿAbd al-Salām a dit : ou s'il est possible qu'il se rapporte — à un élément interne ou [externe] inséparable, conformément au plus grand nombre. S'il vise un élément externe [séparable], comme l'ablution avec [une eau] usurpée, il n'emporte rien selon le plus grand nombre. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-nahy wa-l-fasād) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 157-159
Le tafṣīl que retient le matn a une généalogie : Ibn Burhān le rapporte d'al-Shāfiʿī lui-même, et d'autres le disent textuel dans la Risāla. Mais Subkī y a cousu deux fils propres. D'abord l'intégration de la règle d'Ibn ʿAbd al-Salām (al-ʿIzz, al-Qawāʿid) pour le cas où l'on ignore pourquoi la chose est interdite : tout acte interdit pour un motif qui le jouxte ou s'en sépare, ses piliers et conditions étant réunis, est valide ; tout acte interdit sans que l'on sache pourquoi est nul — par fidélité à la ḥaqīqa du nahy. Zarkashī salue : « masʾala muhimma zādahā al-muṣannif ʿalā al-uṣūliyyīn » — une question importante que l'auteur a ajoutée aux uṣūlistes. Ensuite, la restitution exacte de la doctrine ḥanafite : on prête à tort aux Ḥanafites le refus global du fasād ; en réalité — Abū Zayd al-Dabūsī (Taqwīm al-adilla) et al-Sarakhsī en font foi — le manhī ʿanhu li-ʿaynihi est chez eux non légiféré, donc nul d'un fasād « accidentel » ; seul le manhī ʿanhu li-waṣfihi reste valide en son fond, le waṣf seul tombant. D'où leur fameux dirham contre deux dirhams : on retranche le surplus, le contrat tient.
Traduction : « L'interdiction d'une chose indique-t-elle sa nullité ? Plusieurs positions. La première : elle exige la nullité absolument, dans les actes cultuels comme dans les transactions ; Ibn al-Samʿānī l'attribue à la plupart des compagnons [shāfiʿites] et dit que c'est l'apparent du madhhab d'al-Shāfiʿī — que Dieu soit satisfait de lui. »
Traduction : « Tout acte de disposition interdit pour un motif qui le jouxte ou s'en sépare, ses conditions et piliers étant réunis, est valide ; et tout acte interdit sans que l'on sache pourquoi il a été interdit est nul — par application du lafẓ du nahy à son sens propre. » (al-Qawāʿid du Shaykh ʿIzz al-Dīn)
« Abū Ḥanīfa : lā yufīd muṭlaqan » — mais Subkī corrige aussitôt la vulgate : le désaccord ḥanafite ne porte que sur le manhī ʿanhu li-ghayrihi. Pour le manhī ʿanhu li-ʿaynihi, nul Ḥanafite ne conteste la nullité — Abū Zayd al-Dabūsī (Taqwīm al-adilla) l'explicite, et al-Sarakhsī formule : l'interdit pour lui-même est ghayr mashrūʿ aṣlan — non légiféré du tout ; son fasād est « ʿaraḍī » : il ne découle pas du nahy, mais de l'absence de législation de l'acte.
« لَا يَقْبَلُ اللَّهُ صَلَاةَ حَائِضٍ إِلَّا بِخِمَارٍ » — « لَا يَقْبَلُ اللَّهُ صَلَاةَ أَحَدِكُمْ إِذَا أَحْدَثَ حَتَّى يَتَوَضَّأَ ». Deux lectures :
« لَا تُجْزِئُ صَلَاةٌ لَا يُقْرَأُ فِيهَا بِأُمِّ الْقُرْآنِ » (rapporté par al-Dāraquṭnī) — « أَرْبَعٌ لَا تُجْزِئُ فِي الْأَضَاحِيِّ ». Deux positions :
« Classez ces trois interdits selon la grille du matn et donnez leur verdict : (a) la vente des embryons dans les ventres (bayʿ al-malāqīḥ) ; (b) la vente d'un dirham contre deux dirhams ; (c) la vente conclue à l'heure de l'appel de la jumuʿa. Puis expliquez pourquoi, pour le cas (b), le verdict shāfiʿite et le verdict ḥanafite divergent alors qu'ils s'accordent sur (a) et (c). »