L'exception, reine des mukhaṣṣiṣāt jointes · Conditions, limites, retombées · De « lā ilāha illā Allāh » au verset du qadhf
Premier des cinq mukhaṣṣiṣāt muttaṣila, l'istithnāʾ est défini par Subkī comme l'extraction (ikhrāj) opérée « par illā ou l'une de ses sœurs, venant d'un seul locuteur ». Suivent les règles qui font de ce chapitre l'un des plus pratiqués du droit — serments, divorces, aveux en dépendent : l'exception doit être jointe au discours (contre l'avis prêté à Ibn ʿAbbās qui l'admettrait un mois, un an, voire toujours après) ; elle ne peut tout engloutir (« dix sauf dix » est nul) ; elle peut en revanche retrancher la majorité (« dix sauf neuf ») malgré les grammairiens de Baṣra ; l'exception d'une négation affirme — c'est tout le tawḥīd de « lā ilāha illā Allāh » — contre Abū Ḥanīfa ; et l'exception qui suit plusieurs phrases coordonnées revient à toutes chez les Shāfiʿites, à la dernière seulement chez les Ḥanafites : le verset du qadhf en est le champ de bataille. Al-Zarkashī déploie pour chaque masʾala la mécanique grammaticale et les retombées de fiqh.
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« Le premier [mukhaṣṣiṣ joint] : l'istithnāʾ — l'extraction par "illā" ou l'une de ses sœurs, venant d'un seul locuteur. Sa jonction [au discours] est obligatoire selon l'usage. L'exception englobante n'est pas valide, n'en déplaise à un avis isolé. L'exception d'une négation est une affirmation, et inversement — contrairement à Abū Ḥanīfa. Les exceptions multiples : coordonnées, elles reviennent à la première [base] ; sinon chacune porte sur ce qui la précède immédiatement, tant qu'elle ne l'engloutit pas. Et celle qui survient après des phrases coordonnées vaut pour toutes. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-istithnāʾ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 180-186
Aucun chapitre des mukhaṣṣiṣāt n'irrigue autant le fiqh appliqué : l'aveu (« il a sur moi dix dirhams sauf trois »), le divorce (« tu es répudiée trois fois sauf une »), l'affranchissement et le serment se jouent sur ces règles. C'est pourquoi al-Zarkashī double presque chaque règle uṣūlienne d'un cas du Rāfiʿī ou de la Rawḍa. La masʾala porte aussi un enjeu théologique : si l'exception tirée d'une négation n'affirmait pas, la formule « lā ilāha illā Allāh » ne serait pas une profession d'unicité — argument massue du jumhūr contre la thèse ḥanafite du « maskūt ʿanhu ». Enfin, le débat sur l'exception après plusieurs phrases décide du sort du faux accusateur (qādhif) repentant : pour les Shāfiʿites, ﴾إِلَّا الَّذِينَ تَابُوا﴿ revient à toutes les phrases du verset — la tawba lui rend son témoignage ; pour les Ḥanafites, elle ne touche que la dernière — il reste récusé à vie.
« Dix sauf dix », « tuez les associateurs sauf les associateurs » : nul — l'istithnāʾ est une espèce du takhṣīṣ, et le takhṣīṣ ne peut abolir la totalité de ce qui précède. Al-Āmidī et Ibn al-Ḥājib y revendiquent l'ijmāʿ ; le « shudhūdh » visé par Subkī est l'avis rapporté par al-Qarāfī d'Ibn Ṭalḥa sur « tu es répudiée trois fois sauf trois ».
Traduction : « L'exception tirée d'une négation est, chez nous, une affirmation — car l'exception est le contraire de ce dont on excepte ; c'est la doctrine des grammairiens de Baṣra. Abū Ḥanīfa a dit : ce n'est pas une affirmation, mais un objet de silence (maskūt ʿanhu)... La vérité est la doctrine du jumhūr : notre parole "lā ilāha illā Allāh" est une profession d'unicité et une affirmation de la divinité — si l'excepté de la négation n'était pas affirmé, "lā ilāha illā Allāh" ne serait pas un tawḥīd. »
« Jāʾa al-qawmu illā Zaydan » : si Zayd n'était pas dans « le peuple », comment l'en extraire — alors que les gens de la langue s'accordent que l'istithnāʾ est un ikhrāj ? Et s'il y était, l'énoncé l'affirme puis le nie : contradiction, et tout istithnāʾ serait un mensonge par l'un de ses deux bouts — impossible, le Qurʾān en est plein. De cette aporie naissent trois doctrines :
« Mā bi-l-dār aḥadun illā ḥimāran » — l'excepté n'est pas du genre de la base. Est-ce un istithnāʾ véritable ? Cinq positions : majāz (la plupart — aussi ne recourt-on au munqaṭiʿ qu'à défaut du muttaṣil), ḥaqīqa, tawāṭuʾ (un sens commun couvre joint et disjoint), ishtirāk lafẓī (deux mises distinctes du mot), et le waqf — ajout du matn sur le Mukhtaṣar. Ibn al-Ḥājib observe qu'aucune définition unique ne peut réunir muttaṣil (extraction) et munqaṭiʿ (non-extraction), sinon par la lettre : « ce qui est mentionné après illā et ses sœurs ».
﴾وَالَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ...﴿ : flagellez-les, ne recevez plus jamais leur témoignage, ce sont les pervers — ﴾إِلَّا الَّذِينَ تَابُوا﴿. À quoi revient l'exception ?
« Un homme avoue : "j'ai envers lui dix dirhams, sauf dix, sauf trois." Combien doit-il selon l'avis correct, et pourquoi le premier istithnāʾ — pourtant mustaghraq — ne rend-il pas le tout exigible ? Puis : qu'aurait conclu un Ḥanafite si la formule "lā ilāha illā Allāh" suivait sa doctrine de l'exception tirée de la négation ? »