Les autres mukhaṣṣiṣāt jointes · Condition, qualification, terme — et le badal contesté · Leur retour aux phrases multiples
Après la reine — l'istithnāʾ —, voici le reste de la famille des mukhaṣṣiṣāt muttaṣila. Le sharṭ d'abord, défini avec une rigueur que le takhṣīṣ déborde : « ce dont l'absence entraîne l'absence, sans que sa présence entraîne par elle-même présence ni absence » — définition qu'al-Qarāfī tenait pour la meilleure de toutes. Vient la ṣifa (« honore les Banū Tamīm les grands »), puis la ghāya (« ...jusqu'à ce qu'ils versent la jizya »), enfin le badal al-baʿḍ, cinquième type ajouté par Ibn al-Ḥājib mais que les vérificateurs — al-Ṣafī al-Hindī, l'Aṣfahānī et le père de Subkī en tête — refusent de compter. Pour chacun, deux questions structurent la masʾala : à quoi revient-il quand plusieurs phrases précèdent (le sharṭ, maître du « début du discours », revient au tout plus fortement que l'istithnāʾ) ? et jusqu'où peut-il retrancher (le sharṭ peut exclure la majorité par accord unanime) ? Al-Zarkashī éclaire le tout par les cas du waqf et du divorce.
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« Le deuxième : le sharṭ — ce dont l'absence entraîne l'absence, sans que de sa présence s'ensuive, par elle-même, présence ni absence. Il est comme l'istithnāʾ quant à la jonction, et plus digne encore du retour au tout, selon l'avis le plus correct ; on peut par lui exclure la majorité, par accord unanime. Le troisième : la ṣifa — comme l'istithnāʾ quant au retour, même antéposée ; quant à la médiane, l'avis choisi est qu'elle se limite à ce qu'elle jouxte. Le quatrième : la ghāya — comme l'istithnāʾ quant au retour. Le cinquième : le badal d'une partie du tout — la plupart ne l'ont pas mentionné, et le Shaykh al-Imām [al-Subkī père] leur a donné raison. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-sharṭ wa-l-ṣifa wa-l-ghāya) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 185-188
Les quatre mukhaṣṣiṣāt de cette carte se laissent ranger selon la force de leur emprise sur le discours. Le sharṭ domine : la grammaire lui reconnaît le « ṣadr al-kalām » — il gouverne virtuellement le début de la phrase même quand il est prononcé à la fin —, si bien que son retour à toutes les phrases coordonnées est plus fort que celui de l'istithnāʾ : le Maḥṣūl rapporte qu'Abū Ḥanīfa lui-même l'y concède, lui qui limite l'istithnāʾ à la dernière phrase. La ṣifa suit le régime de l'istithnāʾ, avec une originalité du Jamʿ al-Jawāmiʿ : le cas de la qualification médiane, dont Subkī avoue ne connaître aucun précédent (« lā naʿlamu fīhā naqlan ») et qu'il tranche par l'analyse — elle ne vaut que pour le membre qu'elle jouxte. La ghāya exige le discernement le plus fin : toute borne n'est pas un takhṣīṣ — certaines confirment le ʿumūm au lieu de le restreindre, distinction due au Shaykh al-Imām, père de l'auteur. Quant au badal, son procès illustre la vie du genre des mukhtaṣars : Ibn al-Ḥājib l'ajoute, Subkī le recopie, et les vérificateurs — dont son propre père — le rayent.
La définition couvre le sharṭ rationnel (la vie pour la science), légal (l'iḥṣān pour la lapidation) et usuel (l'échelle pour monter). Al-Qarāfī la déclare la meilleure des définitions, chaque clause faisant barrage :
Traduction : « La ghāya est la fin de la chose et son point de rupture ; le statut de ce qui la suit est l'inverse de ce qui la précède — c'est-à-dire qu'il n'y entre pas, mais reçoit le jugement contradictoire du sien. Car si ce statut demeurait établi au-delà, le jugement ne serait pas parvenu à son terme, et la ghāya ne serait pas une ghāya — ce qui est absurde. Telle est la doctrine d'al-Shāfiʿī — qu'Allāh lui fasse miséricorde — et du jumhūr. »
Toute ghāya n'est pas un mukhaṣṣiṣ. Elle ne l'est que si un ʿumūm l'aurait couverte en son absence :
Exemple : « akrimi n-nāsa, al-ʿulamāʾa » — honore les gens, les savants. Modèle qurʾānique allégué : ﴾وَلِلَّهِ عَلَى النَّاسِ حِجُّ الْبَيْتِ مَنِ اسْتَطَاعَ إِلَيْهِ سَبِيلًا﴿ — « mani staṭāʿa » en badal de « al-nās ».
Joindre deux choses dans la lettre n'impose pas leur égalité dans les statuts non mentionnés : ﴾كُلُوا مِنْ ثَمَرِهِ إِذَا أَثْمَرَ وَآتُوا حَقَّهُ يَوْمَ حَصَادِهِ﴿ coordonne un recommandé (manger) à un obligatoire (acquitter le droit).
« Pourquoi le sharṭ revient-il à toutes les phrases coordonnées plus fortement que l'istithnāʾ — au point qu'Abū Ḥanīfa lui-même le concède ? Et pourquoi ﴾حَتَّى مَطْلَعِ الْفَجْرِ﴾ n'est-elle pas une ghāya de takhṣīṣ alors que ﴾حَتَّى يُعْطُوا الْجِزْيَةَ﴾ en est une ? »