بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Kitāb N°41

طُرُقُ النَّسْخِ وَأَنْوَاعُهُ

Tilāwa et ḥukm, ensemble ou séparément · Qurʾān ↔ Sunna · La doctrine du ʿāḍid d'al-Shāfiʿī · Le qiyās, la faḥwā et le mafhūm

Une fois la possibilité du naskh acquise, reste à cartographier ses voies : qu'est-ce qui abroge quoi ? D'abord à l'intérieur du Qurʾān : la récitation (tilāwa) et le statut (ḥukm) sont deux réalités distinctes — on peut abroger l'une sans l'autre, et les trois cas sont advenus : les dix tétées, la ʿidda d'un an, le verset de la lapidation. Ensuite entre les corpus : le Qurʾān abroge le Qurʾān (ijmāʿ) et la Sunna (la qibla) ; la Sunna abroge-t-elle le Qurʾān ? Possible — mais, dit Subkī, ce n'est advenu que par Sunna mutawātira ; et al-Shāfiʿī professe sa célèbre doctrine du ʿāḍid : quand la Sunna abroge, un Qurʾān l'appuie ; quand le Qurʾān abroge, une Sunna l'appuie — pour que les deux voies de la Loi marchent toujours ensemble. Enfin les instruments inférentiels : le qiyās peut-il abroger ou être abrogé (du vivant du Prophète ﷺ seulement) ? La faḥwā (a fortiori) et le mafhūm al-mukhālafa suivent-ils le sort de leur énoncé-support ? Al-Zarkashī déroule méthodiquement chaque embranchement.

وَيَجُوزُ عَلَى الصَّحِيحِ نَسْخُ بَعْضِ الْقُرْآنِ تِلَاوَةً وَحُكْمًا أَوْ أَحَدَهُمَا فَقَطْ. وَالنَّسْخُ بِالْقُرْآنِ لِقُرْآنٍ وَسُنَّةٍ، وَبِالسُّنَّةِ لِلْقُرْآنِ، وَقِيلَ : مُمْتَنِعٌ بِالْآحَادِ، وَالْحَقُّ لَمْ يَقَعْ إِلَّا بِالْمُتَوَاتِرَةِ. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ : حَيْثُ وَقَعَ بِالسُّنَّةِ فَمَعَهَا قُرْآنٌ، أَوْ بِالْقُرْآنِ فَمَعَهُ سُنَّةٌ عَاضِدَةٌ لَهُ، تُبَيِّنُ تَوَافُقَ الْكِتَابِ وَالسُّنَّةِ.

« Est permis, selon l'avis correct, le naskh d'une partie du Qurʾān — récitation et statut, ou l'un des deux seulement. Et [sont permis] le naskh par le Qurʾān d'un Qurʾān et d'une Sunna, et par la Sunna du Qurʾān — on a dit : impossible par l'āḥād ; et la vérité est qu'il n'est advenu que par [Sunna] mutawātira. Al-Shāfiʿī a dit : là où il advient par la Sunna, un Qurʾān l'accompagne ; ou par le Qurʾān, une Sunna l'accompagne qui l'appuie — manifestant la concordance du Livre et de la Sunna. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ṭuruq al-naskh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 208-211

📜

La doctrine du ʿāḍid — l'élégance de la Risāla

Le texte le plus discuté de cette section est celui d'al-Shāfiʿī dans la Risāla : la Sunna ne serait abrogée que par une Sunna — et là où le Qurʾān semble abroger une Sunna, une Sunna nouvelle l'accompagne ; là où la Sunna abroge un Qurʾān, un Qurʾān l'appuie. Beaucoup y ont lu une interdiction du naskh croisé. Subkī et Zarkashī corrigent : al-Shāfiʿī ne nie pas la possibilité, il décrit le mode d'advenue — c'est une thèse d'istiqrāʾ (induction sur les cas advenus), non de jawāz. Pourquoi cette loi d'accompagnement ? Zarkashī détaille trois sagesses : (1) que la ḥujja s'établisse sur les hommes par les deux voies à la fois, sans qu'on puisse opposer le Livre à la Sunna ; (2) dissiper l'illusion qu'une voie marcherait seule contre l'autre — tout vient en réalité d'Allah ; (3) que les mukallafīn passent toujours d'une Sunna à une Sunna, manifestant la grandeur du Prophète ﷺ : « qui institue une sunna excellente en a la récompense, et la récompense de quiconque la pratique jusqu'au Jour de la résurrection » — en sorte que les récompenses du Prophète ﷺ ne s'interrompent jamais. La preuve de tout cela ? L'istiqrāʾ : le naskh n'est jamais advenu autrement.

📖

Vocabulaire essentiel

نَسْخُ التِّلَاوَةِ / الْحُكْمِ naskh al-tilāwa / al-ḥukm
Abrogation de la récitation (le texte sort du muṣḥaf) ou du statut (la règle cesse). Deux réalités séparables : trois combinaisons advenues.
سُنَّةٌ عَاضِدَةٌ sunna ʿāḍida
« Sunna d'appui » : doctrine d'al-Shāfiʿī — tout naskh croisé s'accompagne d'un texte de l'autre corpus qui le corrobore.
مُتَوَاتِر / آحَاد mutawātir / āḥād
Transmission massive vs individuelle. Le naskh du Qurʾān par Sunna āḥād : possible en raison, jamais advenu — l'advenu est mutawātir.
فَحْوَى الْخِطَابِ faḥwā al-khiṭāb
Le mafhūm a fortiori : « ne leur dis pas fi ! » indique l'interdiction de frapper. Peut être abrogé seul, et peut abroger.
مَفْهُومُ الْمُخَالَفَةِ mafhūm al-mukhālafa
L'indication a contrario d'un énoncé. Son naskh isolé est admis : « l'eau ne vient que de l'eau » abrogé en son mafhūm, conservé en son manṭūq.
قِيَاس جَلِيّ qiyās jalī
Analogie évidente, « au sens du naṣṣ ». Troisième position du débat : seul le qiyās jalī pourrait abroger — ce qui le ramène quasiment au texte.
1

Tilāwa et ḥukm — les trois combinaisons advenues

Dix tétées, ʿidda d'un an, verset de la lapidation
Récitation et statut sont deux choses : on peut abroger les deux, le statut seul, ou la récitation seule — un exemple canonique pour chaque cas.
Typologie Tilāwa / ḥukm

Les trois cas et leur justification

  • Naskh des deux ensemble : le ḥadīth de ʿĀʾisha (Muslim) — « il était descendu : dix tétées connues rendent maḥram ; elles furent abrogées par cinq connues » : le texte des dix a quitté la récitation et son statut a cessé.
  • Naskh du ḥukm sans la tilāwa : la ʿidda de la veuve — « un entretien d'une année, sans expulsion » (Q 2:240) demeure récité, mais son statut est abrogé par « quatre mois et dix [jours] » (Q 2:234).
  • Naskh de la tilāwa sans le ḥukm : le « verset de la lapidation » rapporté par ʿUmar — « al-shaykh wa-l-shaykha, s'ils forniquent, lapidez-les » : le texte ne se récite plus, le statut demeure.
  • L'objection (rapportée par Ibn al-Samʿānī) : abroger le lafẓ en gardant le ḥukm laisserait « un indiqué sans indice » ; l'inverse, « un indice sans indiqué ». Réponse : tilāwa et ḥukm sont en réalité deux choses distinctes — comme deux ʿibādāt dont l'une s'abroge sans l'autre. Rien n'oblige le texte et la règle à vivre et mourir ensemble.
  • Note de Zarkashī : le débat « sur les deux ensemble » ne se conçoit que chez qui refuse tout naskh du Qurʾān ; le vrai enjeu, ce sont les deux cas dissociés. Et « une partie du Qurʾān » dans le matn enseigne en creux : l'abrogation du Qurʾān entier est impossible par ijmāʿ.
2

Le Qurʾān abroge — Qurʾān et Sunna

Les deux ʿidda · la qibla · Ḥudaybiya
Qurʾān par Qurʾān : ijmāʿ. Sunna par Qurʾān : c'est « le plus conforme au vrai » — qibla, trêve de Ḥudaybiya, prières du Khandaq.
Voies Bi-l-Qurʾān

Deux voies descendantes

  • Qurʾān par Qurʾān : permis et advenu par ijmāʿ — l'exemple des deux ʿidda suffit.
  • Sunna par Qurʾān : deux qawl tirés d'al-Shāfiʿī (la Risāla penche vers le refus, un autre passage suggère le jawāz). Le second est « le plus digne d'être vrai » (Ibn al-Samʿānī), preuves à l'appui :
    • L'orientation vers Bayt al-Maqdis — si l'on tient qu'elle était établie par la Sunna — abrogée par le verset de la qibla ;
    • La clause de Ḥudaybiya (rendre aux Mecquois les femmes venues en musulmanes), posée par accord prophétique, abrogée par « ne les renvoyez pas aux mécréants » (Q 60:10) ;
    • Le report des prières au jour du Khandaq, abrogé par le verset de la ṣalāt al-khawf « quand tu es parmi eux et que tu diriges pour eux la prière… » (Q 4:102) ;
    • L'interdiction des rapports nocturnes pour le jeûneur, tenue de la Sunna, abrogée par Q 2:187.
3

La Sunna abroge le Qurʾān — āḥād ou mutawātir ?

« Al-ḥaqq : lam yaqaʿ illā bi-l-mutawātira »
Par āḥād : possible en raison — mais l'ijmāʿ des Compagnons l'a écarté ; par mutawātir : possible, les deux étant waḥy. Le cas des gens de Qubāʾ.
Voies Bi-l-sunna

Le tri de Subkī : jawāz, wuqūʿ, kayfiyya

  • Possibilité par āḥād : question disputée — al-Qāḍī Abū Bakr et d'autres choisissent le jawāz et jugent le refus « indéfendable » en pure raison. Ceux qui distinguent du takhṣīṣ argumentent : spécifier, c'est concilier deux dalīl ; abroger, c'est invalider — on n'invalide pas le certain par le probable.
  • Le cas des gens de Qubāʾ : ils pivotèrent vers la Kaʿba sur l'annonce d'un seul messager — naskh d'un ḥukm connu par un khabar wāḥid ? Abū al-Ḥusayn répond : cela fut admis « en raison et au début de l'Islam » ; al-Jubbāʾī précise : le Prophète ﷺ les avait prévenus qu'un envoyé viendrait leur annoncer le changement et leur avait certifié sa véracité — leur savoir était donc, en réalité, certain. Nos compagnons concluent : « sans l'ijmāʿ des Compagnons sur le refus, nous l'aurions admis ».
  • Par mutawātir : le mashhūr est le jawāz — Qurʾān et Sunna sont tous deux waḥy d'Allah, produisant science et œuvre ; la Sunna n'a « en moins » que l'iʿjāz (Ibn ʿAṭiyya). L'avis adverse (« le ḥukm du Qurʾān serait seulement borné, la Sunna recommencerait à neuf ») ne tient pas : la Sunna lève bel et bien des statuts établis du Qurʾān, à la manière du naskh.
  • Le wuqūʿ : le naṣṣ d'al-Shāfiʿī « refuse » — entendre : nie l'advenue, non la possibilité. Et la vérité, dit Subkī : c'est advenu, mais uniquement par Sunna mutawātira — jamais par āḥād. Al-Qāḍī et al-Ghazālī ajoutent une borne temporelle : advenue du vivant du Prophète ﷺ ; après lui, ijmāʿ sur l'impossibilité.
📚

Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
Le texte même de la Risāla cité par Zarkashī : pourquoi nulle Sunna ne reste abrogée sans qu'on connaisse la Sunna qui l'abroge.
Sharḥ Risāla

Le passage du Tashnīf — al-Shāfiʿī dans la Risāla

وَكَلَامُ الشَّافِعِيِّ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ فِي «الرِّسَالَةِ» يَقْتَضِي أَنَّ السُّنَّةَ لَا يَثْبُتُ نَسْخُهَا إِلَّا بِسُنَّةٍ، وَلَا يَنْعَقِدُ الْإِجْمَاعُ عَلَى أَنَّهَا مَنْسُوخَةٌ إِلَّا مَعَ ظُهُورِ النَّاسِخِ... وَلَوْ جَازَ هَذَا لَخَرَجَتْ عَامَّةُ السُّنَنِ بِأَنْ يَقُولُوا : لَعَلَّهَا مَنْسُوخَةٌ، وَلَيْسَ يُنْسَخُ فَرْضٌ أَبَدًا إِلَّا أُثْبِتَ مَكَانَهُ فَرْضٌ.

Traduction : « Le propos d'al-Shāfiʿī dans la Risāla implique que l'abrogation d'une Sunna ne s'établit que par une Sunna, et que l'ijmāʿ sur son caractère abrogé ne se noue qu'avec la manifestation de l'abrogeant… Si on l'admettait [sans cela], la généralité des sunan serait évacuée par un simple : "peut-être est-elle abrogée" ; et jamais une obligation n'est abrogée sans qu'une obligation soit établie à sa place. »

Ce que Zarkashī fait de ce texte

  • Un garde-fou méthodologique : la doctrine du ʿāḍid n'est pas une coquetterie — elle barre la route au soupçon paresseux « laʿallahā mansūkha » qui permettrait d'écarter n'importe quelle sunna. Sans nāsikh manifeste, pas d'abrogation présumée.
  • Trois sagesses de l'accompagnement : (a) la ḥujja s'élève par les deux voies ensemble, dissipant tout faux conflit Kitāb/Sunna ; (b) nul ne s'imagine qu'une voie opère seule contre l'autre — tout est d'Allah ; (c) les hommes passent de la sunna du Prophète ﷺ à sa sunna : ses récompenses, comme instaurateur de toute sunna excellente, ne tarissent jamais.
  • Le statut épistémique : « le dalīl de tout cela est l'istiqrāʾ » — l'induction : le naskh n'est advenu que sur ce mode. Thèse de fait, non de droit : voilà pourquoi Subkī peut à la fois dire « jāʾiz » (possibilité) et « lam yaqaʿ illā… » (advenue).
4

Le qiyās — abrogeant et abrogé

Quatre positions, et une borne : le vivant du Prophète ﷺ
Le naskh par qiyās divise (Subkī l'admet, al-Shāfiʿī le refuse) ; le naskh du qiyās n'est concevable qu'au temps de la révélation, et son abrogeant analogique doit être plus évident (ajlā).
Voies Qiyās

Le naskh PAR le qiyās — quatre madhāhib

Cas d'école : un naṣṣ permet la vente du riz avec disparité ; le qiyās tiré de l'interdiction des six denrées (ou de « la nourriture mesure pour mesure ») peut-il l'abroger ?

  • (1) Jawāz absolu : position suivie par Subkī — étant entendu, répond-il à une objection, qu'il s'agit du qiyās valide, dont la ʿilla est indemne de tout contradicteur dans l'aṣl.
  • (2) Manʿ absolu : le madhhab textuel d'al-Shāfiʿī (vu chez Abū Isḥāq al-Marwazī) : le naskh va « de genre à genre » — Kitāb par Kitāb, Sunna par Sunna ; al-Qāḍī Ḥusayn et Ibn al-Samʿānī le disent « le madhhab », al-Qāḍī Abū Bakr l'attribue au plus grand nombre — l'empêchement étant le samʿ, non la raison.
  • (3) Par le qiyās jalī seulement — qui, remarque al-Anmāṭī, revient au manʿ : le qiyās évident est « au sens du naṣṣ ».
  • (4) Du vivant du Prophète ﷺ et à ʿilla textuellement énoncée — choix d'al-Āmidī ; al-Hindī tient le manʿ après sa mort pour un point d'accord, et restreint le débat au ḥukm établi par qiyās : un ḥukm de naṣṣ ne cède pas au qiyās ẓannī (le qiyās qaṭʿī, lui, vaut naṣṣ).

Le naskh DU qiyās

  • La borne temporelle : le jumhūr l'admet — mais au temps du naskh, c'est-à-dire du vivant du Prophète ﷺ, tant que la voie du waḥy est ouverte. Après lui : un naṣṣ nouveau est impossible ; un naṣṣ ancien ignoré du mujtahid prouverait que le qiyās était vicié dès l'origine (donc pas de naskh) ; l'ijmāʿ n'abroge pas.
  • Figure du cas : le Législateur dit « j'ai interdit la disparité dans le blé car il est comestible » — on étend au riz ; puis il dit : « vendez le riz avec disparité » : le ḥukm du farʿ est levé.
  • Si l'abrogeant est lui-même un qiyās : al-Rāzī exige qu'il soit ajlā — son indice de causalité plus fort que celui du premier ; al-Āmidī s'y refuse ; Subkī suit al-Rāzī (« wifāqan li-l-Imām wa-khilāfan li-l-Āmidī »). Chez beaucoup de Ḥanbalites (Abū al-Khaṭṭāb) : la ʿilla manṣūṣa vaut naṣṣ — elle abroge et s'abroge ; la mustanbaṭa, non.
5

Faḥwā et mafhūm al-mukhālafa face au naskh

Le sort des indications dérivées
Abroger l'a fortiori sans sa base, la base sans l'a fortiori, abroger PAR l'a fortiori ; le mafhūm a contrario s'abroge seul — mais n'abroge pas.
Voies Faḥwā / mafhūm

La faḥwā (a fortiori) — trois masāʾil

  • Naskh de la faḥwā sans son aṣl : permis (ṣaḥīḥ) — abroger l'interdiction de frapper les parents en maintenant celle du « fi ! » : comme deux naṣṣ dont l'un s'abroge. Le refus (la plupart des fuqahāʾ selon Ibn al-Samʿānī) dépend du fond : la dalāla de la faḥwā est-elle lexicale ou analogique ?
  • Naskh de l'aṣl sans la faḥwā : permis aussi — abroger le « fi ! » en maintenant l'interdiction de frapper : « la licéité du peu n'entraîne pas la licéité du beaucoup ». Ibn al-Ḥājib panache : refuse le premier, admet le second.
  • Naskh PAR la faḥwā : al-Rāzī et al-Āmidī y voient un accord ; en réalité le différend existe — pour qui tient la faḥwā pour un qiyās (lecture prêtée à al-Shāfiʿī), elle ne saurait abroger un naṣṣ.
  • L'entraînement mutuel : abroger l'un entraîne-t-il l'autre ? Al-Bayḍāwī : oui, par leur solidarité (talāzum) ; d'autres : non ; troisième voie (Ibn Barhān : « le madhhab ») : abroger l'aṣl emporte la faḥwā — le suiveur ne survit pas au suivi — mais non l'inverse. Zarkashī signale la faille : on dit pourtant « le wujūb abrogé, le jawāz demeure »…

Le mafhūm al-mukhālafa

  • Son naskh, même isolé : permis (aẓhar). Exemple : « innamā l-māʾ min al-māʾ » (le ghusl ne vient que de l'éjaculation) — son mafhūm (pas de ghusl sans éjaculation) fut abrogé par « quand les deux circoncis se rencontrent, le ghusl s'impose », tandis que son aṣl (ghusl en cas d'éjaculation) demeure.
  • L'aṣl sans le mafhūm : al-Ṣafī al-Hindī penche pour l'impossibilité — le mafhūm n'indique qu'en vertu du qayd énoncé : l'aṣl tombé, son a contrario tombe avec lui (retour au statu quo ante, non création d'un ḥukm positif).
  • Le naskh PAR le mafhūm al-mukhālafa : refusé (Subkī suit Ibn al-Samʿānī) — « le naṣṣ est plus fort que son dalīl » : l'indication a contrario ne saurait renverser un énoncé exprès. Le Shaykh Abū Isḥāq, dans al-Lumaʿ, tenait pourtant le jawāz pour le madhhab correct, « car il vaut l'énoncé ».
📋

À retenir

5 principes essentiels
La carte des voies — à fixer avant les masāʾil de clôture.
  • Tilāwa et ḥukm sont séparables : dix tétées (les deux) · ʿidda d'un an (ḥukm seul) · verset de la lapidation (tilāwa seule)
  • Qurʾān par Qurʾān : ijmāʿ ; Sunna par Qurʾān : le vrai est le jawāz advenu (qibla, Ḥudaybiya, Khandaq)
  • Qurʾān par Sunna : possible — mais advenu seulement par mutawātira ; l'āḥād est barré par l'ijmāʿ des Compagnons (cas de Qubāʾ expliqué par l'annonce préalable)
  • Doctrine d'al-Shāfiʿī : tout naskh croisé a son ʿāḍid — thèse d'istiqrāʾ sur le mode d'advenue, non de possibilité
  • Le qiyās n'est abrogé que du vivant du Prophète ﷺ, par un abrogeant ajlā s'il est analogique ; la faḥwā s'abroge et abroge (débattu), le mafhūm al-mukhālafa s'abroge seul mais n'abroge pas
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise de la masʾala.

Question

« Les gens de Qubāʾ ont abandonné Bayt al-Maqdis pour la Kaʿba sur la parole d'un messager unique — apparemment, un naskh du Qurʾān établi par un khabar āḥād. Comment Subkī peut-il alors soutenir que le naskh du Qurʾān par la Sunna "n'est advenu que par mutawātira" ? Restituez les deux réponses classiques à cette objection. »

🧠 Grille mnémotechnique

1
TILĀWA / ḤUKM
3 combinaisons
tétées · ʿidda · rajm
2
QURʾĀN ↔ SUNNA
+ ʿāḍid
advenu : mutawātira seule
3
QIYĀS
zaman al-waḥy
nāsikh analogique : ajlā
4
FAḤWĀ / MAFHŪM
dérivés
mukhālafa : abrogé, jamais abrogeant