Tilāwa et ḥukm, ensemble ou séparément · Qurʾān ↔ Sunna · La doctrine du ʿāḍid d'al-Shāfiʿī · Le qiyās, la faḥwā et le mafhūm
Une fois la possibilité du naskh acquise, reste à cartographier ses voies : qu'est-ce qui abroge quoi ? D'abord à l'intérieur du Qurʾān : la récitation (tilāwa) et le statut (ḥukm) sont deux réalités distinctes — on peut abroger l'une sans l'autre, et les trois cas sont advenus : les dix tétées, la ʿidda d'un an, le verset de la lapidation. Ensuite entre les corpus : le Qurʾān abroge le Qurʾān (ijmāʿ) et la Sunna (la qibla) ; la Sunna abroge-t-elle le Qurʾān ? Possible — mais, dit Subkī, ce n'est advenu que par Sunna mutawātira ; et al-Shāfiʿī professe sa célèbre doctrine du ʿāḍid : quand la Sunna abroge, un Qurʾān l'appuie ; quand le Qurʾān abroge, une Sunna l'appuie — pour que les deux voies de la Loi marchent toujours ensemble. Enfin les instruments inférentiels : le qiyās peut-il abroger ou être abrogé (du vivant du Prophète ﷺ seulement) ? La faḥwā (a fortiori) et le mafhūm al-mukhālafa suivent-ils le sort de leur énoncé-support ? Al-Zarkashī déroule méthodiquement chaque embranchement.
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« Est permis, selon l'avis correct, le naskh d'une partie du Qurʾān — récitation et statut, ou l'un des deux seulement. Et [sont permis] le naskh par le Qurʾān d'un Qurʾān et d'une Sunna, et par la Sunna du Qurʾān — on a dit : impossible par l'āḥād ; et la vérité est qu'il n'est advenu que par [Sunna] mutawātira. Al-Shāfiʿī a dit : là où il advient par la Sunna, un Qurʾān l'accompagne ; ou par le Qurʾān, une Sunna l'accompagne qui l'appuie — manifestant la concordance du Livre et de la Sunna. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ṭuruq al-naskh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 208-211
Le texte le plus discuté de cette section est celui d'al-Shāfiʿī dans la Risāla : la Sunna ne serait abrogée que par une Sunna — et là où le Qurʾān semble abroger une Sunna, une Sunna nouvelle l'accompagne ; là où la Sunna abroge un Qurʾān, un Qurʾān l'appuie. Beaucoup y ont lu une interdiction du naskh croisé. Subkī et Zarkashī corrigent : al-Shāfiʿī ne nie pas la possibilité, il décrit le mode d'advenue — c'est une thèse d'istiqrāʾ (induction sur les cas advenus), non de jawāz. Pourquoi cette loi d'accompagnement ? Zarkashī détaille trois sagesses : (1) que la ḥujja s'établisse sur les hommes par les deux voies à la fois, sans qu'on puisse opposer le Livre à la Sunna ; (2) dissiper l'illusion qu'une voie marcherait seule contre l'autre — tout vient en réalité d'Allah ; (3) que les mukallafīn passent toujours d'une Sunna à une Sunna, manifestant la grandeur du Prophète ﷺ : « qui institue une sunna excellente en a la récompense, et la récompense de quiconque la pratique jusqu'au Jour de la résurrection » — en sorte que les récompenses du Prophète ﷺ ne s'interrompent jamais. La preuve de tout cela ? L'istiqrāʾ : le naskh n'est jamais advenu autrement.
Traduction : « Le propos d'al-Shāfiʿī dans la Risāla implique que l'abrogation d'une Sunna ne s'établit que par une Sunna, et que l'ijmāʿ sur son caractère abrogé ne se noue qu'avec la manifestation de l'abrogeant… Si on l'admettait [sans cela], la généralité des sunan serait évacuée par un simple : "peut-être est-elle abrogée" ; et jamais une obligation n'est abrogée sans qu'une obligation soit établie à sa place. »
Cas d'école : un naṣṣ permet la vente du riz avec disparité ; le qiyās tiré de l'interdiction des six denrées (ou de « la nourriture mesure pour mesure ») peut-il l'abroger ?
« Les gens de Qubāʾ ont abandonné Bayt al-Maqdis pour la Kaʿba sur la parole d'un messager unique — apparemment, un naskh du Qurʾān établi par un khabar āḥād. Comment Subkī peut-il alors soutenir que le naskh du Qurʾān par la Sunna "n'est advenu que par mutawātira" ? Restituez les deux réponses classiques à cette objection. »