Les deux derniers masālik · Épurer la cause, supprimer la différence · Tanqīḥ, taḥqīq, takhrīj — et le bilan de la Famille C
Clôture des masālik. Le tanqīḥ al-manāṭ (9ᵉ) « épure » la cause : un texte motive en apparence par un waṣf — alors on retranche sa spécificité par ijtihād et l'on suspend le ḥukm au plus général ; ou bien plusieurs waṣfs concourent — alors on retranche les inopérants et l'on suspend au restant. Le terrain d'exercice est le ḥadīth du bédouin : de tous les traits du cas (être bédouin, ce Ramaḍān-là, une épouse…), seul demeure le wiqāʿ en plein jour de jeûne — et Mālik comme Abū Ḥanīfa retranchent jusqu'à la spécificité du wiqāʿ pour généraliser à tout ifṭār. Voie si peu « qiyāsienne » que même les négateurs du qiyās l'admettent. Zarkashī en distingue les deux sœurs : le taḥqīq al-manāṭ (vérifier la cause reconnue dans un cas singulier : le nabbāsh est-il un voleur ?) et le takhrīj al-manāṭ (l'extraire : c'est la munāsaba). Enfin l'ilghāʾ al-fāriq (10ᵉ) : montrer que le farʿ ne diffère de l'aṣl que par un trait sans effet — la servante rattachée à l'esclave dans la sirāya. Une khātima congédie deux pseudo-preuves, et le bilan des dix masālik referme la Famille C.
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« La neuvième [voie] : le tanqīḥ al-manāṭ — c'est qu'un [texte] apparent indique la motivation par un waṣf : sa spécificité est alors retranchée de la considération par ijtihād, et [le ḥukm] est suspendu au plus général ; ou bien il y a plusieurs waṣfs : certains sont retranchés et [le ḥukm] est suspendu au restant. Quant au taḥqīq al-manāṭ, c'est l'établissement de la ʿilla dans les cas singuliers de ses occurrences — comme vérifier que le déterreur de linceuls est un voleur ; et son takhrīj a déjà été traité. La dixième : l'ilghāʾ al-fāriq — comme le rattachement de la servante à l'esclave dans la sirāya [de l'affranchissement]. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (tanqīḥ al-manāṭ, ilghāʾ al-fāriq) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 325-326
Le manāṭ, c'est « ce à quoi le ḥukm est suspendu » (mā nīṭa bihi al-ḥukm) — un nom de la ʿilla prise dans son attache au ḥukm. Les dialecticiens, rappelle Zarkashī, distinguent trois opérations : le takhrīj al-manāṭ — extraire la cause d'un texte qui ne la désigne ni expressément ni par allusion (« ne vendez pas le blé contre le blé… » : rien n'y désigne le ṭuʿm, le mujtahid l'a « fait sortir de l'ombre ») — c'est la munāsaba, déjà vue ; le tanqīḥ al-manāṭ — épurer une cause déjà mentionnée par le texte, en élaguant ce qui ne porte pas (naqqaḥtu al-ʿaẓm : « j'ai extrait la moelle de l'os ») ; le taḥqīq al-manāṭ — vérifier, dans un cas singulier, une cause dont la causalité est acquise par naṣṣ ou ijmāʿ. Hiérarchie d'admissibilité remarquable : le taḥqīq est accepté de tous — l'ijtihād ne cessera jamais d'en avoir besoin ; le tanqīḥ est admis « même par la plupart des négateurs du qiyās » — Abū Ḥanīfa, qui refuse le qiyās dans les kaffārāt, l'y pratique en l'appelant istidlāl ; seul le takhrīj concentre la grande querelle du qiyās.
Un bédouin vient déclarer : « j'ai eu un rapport avec ma femme en plein jour de Ramaḍān » — réponse : « affranchis un esclave ». Le cas fourmille de waṣfs : être bédouin, la partenaire épouse (et non servante), dans son qubul, ce Ramaḍān-là de cette année-là… Le tanqīḥ opère en deux figures :
On s'accorde — par naṣṣ ou ijmāʿ — sur la causalité d'un waṣf ; on dispute de son existence dans le cas litigieux, et on l'y vérifie :
« L'ilghāʾ al-fāriq, c'est montrer que le farʿ ne se sépare de l'aṣl qu'en ce qui est sans effet — d'où leur communauté nécessaire dans ce qui opère. » Zarkashī en souligne la symétrie remarquable : le qiyās al-ʿilla détermine le jāmiʿ (ce qui unit aṣl et farʿ) ; l'ilghāʾ al-fāriq détermine le fāriq (ce qui les sépare) — pour l'annuler. Et comme le sabr servait là-bas à isoler le jāmiʿ, il sert ici à isoler le fāriq.
Traduction : « Le tanqīḥ al-manāṭ, la plupart des négateurs du qiyās le professent — au point qu'Abū Ḥanīfa, qui récuse le qiyās dans les kaffārāt, l'y a employé en le nommant istidlāl ; et il revient, en somme, à interpréter un [texte] apparent au moyen d'une preuve. »
Le matn : « la possibilité du qiyās par un waṣf n'est pas une preuve de sa causalité, ni l'incapacité [de l'adversaire] à l'infirmer — selon l'aṣaḥḥ dans les deux cas ». Certains uṣūliyyūn avaient cru y voir deux masālik supplémentaires :
« Sur le seul ḥadīth du bédouin, distinguez les trois opérations : où est le tanqīḥ al-manāṭ des Shāfiʿites, où est celui — plus radical — de Mālik et d'Abū Ḥanīfa, et que serait ici un taḥqīq al-manāṭ ? Pourquoi le premier retranchement fait quasi consensus tandis que le second est disputé ? »