Quand la ʿilla est trouvée sans son ḥukm · Première des qawādiḥ · Les réponses du mustadill, les limites du muʿtariḍ et le naqḍ du sens
Avec cette carte s'ouvre la Famille D du Kitāb al-Qiyās : les qawādiḥ — les objections qui invalident la ʿilla — et la discipline du débat (jadal). La première et la plus célèbre est le naqḍ : le muʿtariḍ exhibe un cas où la ʿilla est présente sans son ḥukm. Si l'on interdit le takhṣīṣ al-ʿilla, ce contre-exemple ruine la cause ; si on l'admet, il ne fait que la restreindre. Subkī détaille ici la grammaire complète du naqḍ : comment le mustadill y répond (nier la ʿilla dans le cas allégué, nier l'absence du ḥukm, exhiber un māniʿ), ce que le muʿtariḍ a le droit de prouver et ce qui lui est interdit (l'intiqāl), l'obligation de prévenir le naqḍ dès la formulation du dalīl, puis la logique pure de la contradiction — quelle affirmation contredit quelle négation (l'exemple de « Zayd est scribe »). La carte se clôt sur le kasr : un naqḍ porté non sur la lettre de la ʿilla mais sur son sens, qu'al-Shīrāzī appelait « une objection élégante » et que Subkī déclare qādiḥ.
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« Et la réponse [au naqḍ] consiste à nier l'existence de la ʿilla, ou à nier l'absence du ḥukm — si cette absence n'est pas la position du mustadill —, et, chez ceux qui exigent la négation des empêchements, à exposer ceux-ci… Parmi [les qawādiḥ] : le kasr — qādiḥ selon l'avis correct, car c'est le naqḍ du sens. C'est la suppression d'un waṣf de la ʿilla : soit en le remplaçant — comme on dit de la prière de la peur : "prière dont la compensation est obligatoire, donc son accomplissement est obligatoire, comme en sécurité", et l'on objecte que la spécificité "prière" est sans portée : qu'on la remplace donc par "adoration", puis on oppose le contre-exemple du jeûne de la femme en menstrues ; soit sans remplacement — et il ne reste alors comme ʿilla que "sa compensation est obligatoire", or tout ce qui doit être compensé ne doit pas être accompli, à preuve la femme en menstrues. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (al-naqḍ wa-l-kasr) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 328-331
Le naqḍ est l'objection-mère : exhiber la ʿilla sans son ḥukm, c'est attaquer la prétention même de causalité. Tout dépend d'une question vue plus haut : le takhṣīṣ al-ʿilla est-il admis ? Pour qui l'interdit, le contre-exemple annule la ʿilla — sauf si le ḥukm a manqué pour un māniʿ ou par défaut d'une condition. Pour qui l'admet, la ʿilla survit, simplement restreinte. Subkī tire de là deux conséquences de débat : le naqḍ produit l'inqiṭāʿ du khaṣm — on n'écoute plus, après coup, sa prétention d'avoir « voulu dire » un sens restreint, car cela ressemble à une rétractation après aveu ; et Imām al-Ḥaramayn note dans al-Burhān que celui qui veut restreindre son lafẓ après le naqḍ a, au mieux, « manqué la meilleure voie » : il aurait dû dire d'emblée « ceci est la ʿilla, tant qu'il n'y a pas d'exception ». Toute la carte déploie ensuite la procédure : réponses, droits et interdits de chaque partie.
Si le mustadill nie la ʿilla dans le cas du naqḍ, le muʿtariḍ peut-il démontrer qu'elle s'y trouve ? Quatre positions :
Le choix de Subkī : l'obligation — mais assortie d'un beau qayd : ce qui est notoire (mashhūr) vaut mention expresse, inutile de l'énoncer. Et il distingue les rôles : pour le munāẓir (débatteur), l'iḥtirāz s'impose absolument — sauf les exceptions devenues notoires ; pour le nāẓir (mujtahid raisonnant pour lui-même), la question est celle du khilāf ci-dessus.
Subkī clôt la matière du naqḍ par une règle de logique pure, destinée à trier les naqḍ recevables de ceux qui n'atteignent pas leur cible : « la prétention en un cas déterminé ou indéterminé, affirmative ou négative, est contredite par l'affirmation ou la négation universelles — et inversement. »
Traduction : « Le Shaykh Abū Isḥāq [al-Shīrāzī] dit dans al-Mulakhkhaṣ : c'est une objection élégante ; s'y exercer conduit à élucider le fiqh et à éprouver la ʿilla. La plupart des gens de science s'accordent sur sa validité et sur l'invalidation de la ʿilla par lui ; ils l'appellent le naqḍ par la voie du sens et l'ilzām par la voie du fiqh. »
Entre le kasr et le ʿadam al-taʾthīr, Subkī insère le ʿaks : « l'absence du ḥukm pour l'absence de la ʿilla — et si c'est le ḥukm contraire qui s'établit, c'est plus éloquent encore ». Son témoin scripturaire : la parole du Prophète ﷺ, quand on lui demanda comment l'un de nous serait récompensé en satisfaisant son désir : « Voyez-vous, s'il l'avait placé dans l'illicite, n'aurait-il pas porté un péché ? De même, s'il le place dans le licite, il a une récompense » — le ḥukm opposé (péché / récompense) suit l'opposition des ʿilal (illicite / licite).
« Dans l'exemple de la ṣalāt al-khawf — "prière dont la compensation est obligatoire, donc son accomplissement est obligatoire, comme en sécurité" — expliquez les deux formes que peut prendre le kasr du muʿtariḍ, et pourquoi le jeûne de la femme en menstrues sert de contre-exemple dans les deux cas. À quelle condition Subkī tient-il ce kasr pour qādiḥ ? »