بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°14

الْمُرَكَّبُ : الْمُهْمَلُ وَالْمُسْتَعْمَلُ

Ouverture du préambule linguistique · Le composé articulé · Existe-t-il un composé dénué de sens ? Les composés sont-ils institués par convention ?

Avant d'entrer dans la théorie du khabar (le rapport, cœur de la transmission de la Sunna), al-Subkī ouvre un préambule linguistique : car le khabar n'est qu'une espèce de kalām (le discours), et l'on ne peut bâtir une théorie du rapport sans avoir d'abord posé ce qu'est le discours, son genre et ses composantes. Cette première carte traite la matière la plus en amont : le composé articulé (al-murakkab). Deux questions s'enchaînent. (1) Existe-t-il un composé dénué de sens (muhmal) ? L'Imām al-Rāzī le nie ; al-Bayḍāwī et al-Subkī l'affirment, exemple à l'appui (le « galimatias », haḏayān). (2) Les composés usités (mustaʿmal) sont-ils institués par convention (mawḍūʿ) ? al-Qarāfī dit oui ; les grammairiens disent non. Une masʾala apparemment technique, mais qui décide de la manière dont une phrase signifie.

الْمُرَكَّبُ إِمَّا مُهْمَلٌ، وَهُوَ مَوْجُودٌ خِلَافًا لِلْإِمَامِ، وَلَيْسَ مَوْضُوعًا. وَإِمَّا مُسْتَعْمَلٌ، وَالْمُخْتَارُ أَنَّهُ مَوْضُوعٌ.

« Le composé articulé (al-murakkab) est ou bien dénué de sens (muhmal) — et il existe, contrairement à l'Imām [al-Rāzī] —, et il n'est pas institué par convention (laysa mawḍūʿan). Ou bien il est usité (mustaʿmal), et l'avis retenu est qu'il est institué par convention (mawḍūʿ). »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, préambule linguistique (al-kalām) §1-2 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 27-28

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Pourquoi un préambule sur la langue ici ?

La Sunna se transmet par des énoncés : on rapporte que « le Prophète ﷺ a dit… ». Or un énoncé (khabar) est une espèce de kalām. Avant de poser quand un rapport est vrai, certain, ou recevable, il faut donc avoir clarifié ce qu'est le discours lui-même. al-Subkī procède en logicien : il part de l'unité la plus élémentaire — le composé (murakkab) — et remonte vers le discours signifiant (kalām), puis vers la demande (ṭalab) et enfin l'énoncé (khabar). Cette carte est la première marche : elle distingue le composé qui ne signifie rien (le muhmal) de celui qui signifie (le mustaʿmal), et pose si l'un et l'autre relèvent d'une institution de la langue.

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Vocabulaire essentiel

الْمُرَكَّب al-murakkab
« Le composé articulé » : tout assemblage de plusieurs termes. Il s'oppose au mufrad (le terme simple).
الْمُهْمَل al-muhmal
« Le délaissé / dénué de sens » : une suite verbale qui ne vise à signifier quoi que ce soit (ex. haḏayān, le galimatias).
الْمُسْتَعْمَل al-mustaʿmal
« L'usité » : le composé qui signifie effectivement quelque chose et qu'on emploie dans la langue.
مَوْضُوع mawḍūʿ
« Institué par convention » : posé par les Arabes pour signifier tel sens. La question est de savoir si la composition (pas seulement les mots isolés) est elle-même conventionnelle.
الْمُطَابَقَة al-muṭābaqa
« La correspondance » : mode de signification par lequel une expression indique exactement le sens entier pour lequel elle a été posée.
1

Le muhmal existe — contre al-Rāzī

Première masʾala
L'Imām al-Rāzī nie qu'il puisse exister un composé dénué de sens ; al-Bayḍāwī et al-Subkī l'affirment, exemple à l'appui.
Muhmal Haḏayān

Le désaccord

Que le muhmal existe parmi les termes simples (mufradāt) ne fait aucun doute : on peut prononcer une syllabe vide de sens. Le débat porte sur les composés : peut-il y avoir une suite de mots qui, comme suite, ne signifie rien ?

  • al-Rāzī (l'Imām) : le plus vraisemblable est que non. On ne compose que dans un but de communication (ifāda) ; là où il n'y a pas de communication, il n'y a pas de composition. Le composé suppose donc toujours un sens.
  • al-Bayḍāwī, suivi par al-Subkī : si, cela existe. Exemple : le mot haḏayān (« galimatias, délire »), qui désigne précisément des suites verbales composées vides de sens, prononcées dans un état de confusion (hawas), par lesquelles on ne vise rien.
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Sharḥ al-Zarkashī — l'exemple de « ʿAbd Allāh » et « haḏayān »

Texte clé du commentaire
Zarkashī illustre la distinction d'al-Hindī par deux cas : le nom propre composé, et le mot qui désigne du non-sens.
Sharḥ Al-Hindī

Le passage du Tashnīf

وَحَكَى الْهِنْدِيُّ كَلَامَ الْإِمَامِ ثُمَّ قَالَ : وَهَذَا حَقٌّ إِنْ عَنَى بِالْمُرَكَّبِ مَا يَكُونُ جُزْؤُهُ دَالًّا عَلَى جُزْءِ الْمَعْنَى حِينَ هُوَ جُزْؤُهُ ؛ وَإِنْ عَنَى بِهِ مَا يَكُونُ مُؤْتَلِفًا مِنْ لَفْظَيْنِ كَيْفَ كَانَ التَّأْلِيفُ، وَإِنْ لَمْ يَكُنْ لِشَيْءٍ مِنْ أَجْزَائِهِ دَلَالَةٌ — فَهُوَ بَاطِلٌ.

Traduction : « al-Hindī rapporte le propos de l'Imām, puis dit : cela est vrai s'il entend par "composé" ce dont la partie signifie une partie du sens en tant qu'elle en est la partie ; mais s'il entend ce qui est assemblé de deux expressions, quelle que soit la manière de l'assemblage, et dont aucune des parties ne signifie [le tout], alors [le propos de l'Imām] est faux. »

  • Cas 1 — « ʿAbd Allāh » comme nom propre (ʿalam) : l'expression est composée (« serviteur » + « Allāh »), mais en tant que nom propre elle ne signifie plus le sens composé « serviteur d'Allāh » — elle désigne une personne. Composé qui ne signifie pas son sens composé.
  • Cas 2 — « haḏayān » : ce mot désigne un composé fait de deux termes vides de sens, ou d'un terme vide et d'un terme usité, sans signifier de sens composé.

« Et il n'est pas institué »

Le matn ajoute que le muhmal n'est pas mawḍūʿ, c'est-à-dire : il n'a pas été posé par les Arabes pour signifier — et cela sans divergence. Le non-sens, par définition, n'a pas reçu d'institution lexicale.

2

Le mustaʿmal est-il institué par convention ?

Seconde masʾala
al-Qarāfī : oui, les Arabes ont réglé les compositions comme les mots simples. Les grammairiens : non.
Mustaʿmal Waḍʿ

Deux camps

Pour le composé usité, la question n'est plus son existence mais son statut : la composition elle-même est-elle conventionnelle (mawḍūʿ), ou seulement les mots qui la forment ?

  • al-Qarāfī et d'autres (avis retenu par al-Subkī) : oui, les composés sont institués. Les Arabes ont imposé des règles (ḥajjarat) dans les compositions comme ils l'ont fait dans les termes simples. Conséquence : le composé signifie son sens par correspondance (muṭābaqa) — directement, comme un mot signifie le sien.
  • Les grammairiens (Ibn Mālik, Ibn al-Ḥājib…) : non, les composés ne sont pas institués comme tels. Preuve : si la composition était conventionnelle, l'usage de chaque phrase dépendrait d'une transmission reçue des Arabes (comme pour le vocabulaire) — ce qui n'est manifestement pas le cas, puisqu'on forge des phrases neuves librement.
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À retenir

4 points essentiels
La première marche du préambule linguistique, ouverture de la Famille B.
  • Le préambule sur le kalām précède la théorie du khabar parce qu'un rapport est une espèce de discours
  • Le muhmal (composé dénué de sens) existe selon al-Bayḍāwī/al-Subkī (ex. haḏayān), contre al-Rāzī — le départage d'al-Hindī tient au sens donné à « composé »
  • Le muhmal n'est pas mawḍūʿ : le non-sens n'a reçu aucune institution des Arabes
  • Le mustaʿmal est mawḍūʿ pour al-Qarāfī (donc signification par muṭābaqa), non institué pour les grammairiens
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question pour vérifier la maîtrise de la distinction.

Question

« al-Rāzī nie l'existence d'un composé dénué de sens, al-Bayḍāwī l'affirme. al-Hindī montre que les deux peuvent avoir raison. Comment ? Sur quelle définition du mot "composé" repose la conciliation ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
MUHMAL
existe (ex. haḏayān)
≠ al-Rāzī
2
non MAWḌŪʿ
le non-sens
sans institution
3
MUSTAʿMAL
mawḍūʿ (al-Qarāfī)
→ muṭābaqa
4
GRAMMAIRIENS
non institué
(Ibn Mālik)