Ouverture du préambule linguistique · Le composé articulé · Existe-t-il un composé dénué de sens ? Les composés sont-ils institués par convention ?
Avant d'entrer dans la théorie du khabar (le rapport, cœur de la transmission de la Sunna), al-Subkī ouvre un préambule linguistique : car le khabar n'est qu'une espèce de kalām (le discours), et l'on ne peut bâtir une théorie du rapport sans avoir d'abord posé ce qu'est le discours, son genre et ses composantes. Cette première carte traite la matière la plus en amont : le composé articulé (al-murakkab). Deux questions s'enchaînent. (1) Existe-t-il un composé dénué de sens (muhmal) ? L'Imām al-Rāzī le nie ; al-Bayḍāwī et al-Subkī l'affirment, exemple à l'appui (le « galimatias », haḏayān). (2) Les composés usités (mustaʿmal) sont-ils institués par convention (mawḍūʿ) ? al-Qarāfī dit oui ; les grammairiens disent non. Une masʾala apparemment technique, mais qui décide de la manière dont une phrase signifie.
Disponible sur ordinateur
« Le composé articulé (al-murakkab) est ou bien dénué de sens (muhmal) — et il existe, contrairement à l'Imām [al-Rāzī] —, et il n'est pas institué par convention (laysa mawḍūʿan). Ou bien il est usité (mustaʿmal), et l'avis retenu est qu'il est institué par convention (mawḍūʿ). »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, préambule linguistique (al-kalām) §1-2 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 27-28
La Sunna se transmet par des énoncés : on rapporte que « le Prophète ﷺ a dit… ». Or un énoncé (khabar) est une espèce de kalām. Avant de poser quand un rapport est vrai, certain, ou recevable, il faut donc avoir clarifié ce qu'est le discours lui-même. al-Subkī procède en logicien : il part de l'unité la plus élémentaire — le composé (murakkab) — et remonte vers le discours signifiant (kalām), puis vers la demande (ṭalab) et enfin l'énoncé (khabar). Cette carte est la première marche : elle distingue le composé qui ne signifie rien (le muhmal) de celui qui signifie (le mustaʿmal), et pose si l'un et l'autre relèvent d'une institution de la langue.
Que le muhmal existe parmi les termes simples (mufradāt) ne fait aucun doute : on peut prononcer une syllabe vide de sens. Le débat porte sur les composés : peut-il y avoir une suite de mots qui, comme suite, ne signifie rien ?
Traduction : « al-Hindī rapporte le propos de l'Imām, puis dit : cela est vrai s'il entend par "composé" ce dont la partie signifie une partie du sens en tant qu'elle en est la partie ; mais s'il entend ce qui est assemblé de deux expressions, quelle que soit la manière de l'assemblage, et dont aucune des parties ne signifie [le tout], alors [le propos de l'Imām] est faux. »
Le matn ajoute que le muhmal n'est pas mawḍūʿ, c'est-à-dire : il n'a pas été posé par les Arabes pour signifier — et cela sans divergence. Le non-sens, par définition, n'a pas reçu d'institution lexicale.
Pour le composé usité, la question n'est plus son existence mais son statut : la composition elle-même est-elle conventionnelle (mawḍūʿ), ou seulement les mots qui la forment ?
« al-Rāzī nie l'existence d'un composé dénué de sens, al-Bayḍāwī l'affirme. al-Hindī montre que les deux peuvent avoir raison. Comment ? Sur quelle définition du mot "composé" repose la conciliation ? »