بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°15

حَدُّ الْكَلَامِ

Qu'est-ce qu'un discours ? · Isnād · mufīd · maqṣūd li-ḏātihi · Une définition à quatre restrictions, et pourquoi chaque mot compte

Après le composé, al-Subkī définit le discours (al-kalām) lui-même — la matière dont le khabar sera une espèce. Sa définition est un modèle de précision uṣūlī : « ce qui, parmi les mots, comporte une attribution signifiante visée pour elle-même ». Chaque terme exclut un cas : « parmi les mots » (min al-kalim) écarte le mot isolé ; « attribution » (isnād) écarte les rapports d'annexion et de qualification ; « signifiante » (mufīd) écarte « le ciel est au-dessus de la terre » ; « visée » (maqṣūd) écarte le discours du dormant ou du perroquet ; « pour elle-même » (li-ḏātihi) écarte la protase et la proposition relative. Al-Zarkashī ajoute trois avertissements : la définition d'Ibn Mālik n'est pas sans difficulté ; les juristes appliquent « kalām » au mot isolé (d'où l'invalidation de la prière) ; et les grammairiens, contre les logiciens, restreignent le discours à « deux noms ou un nom et un verbe ».

وَالْكَلَامُ مَا تَضَمَّنَ مِنَ الْكَلِمِ إِسْنَادًا مُفِيدًا مَقْصُودًا لِذَاتِهِ.

« Le discours (al-kalām) est ce qui, parmi les mots (kalim), comporte une attribution (isnād) signifiante (mufīd), visée pour elle-même (maqṣūd li-ḏātihi). »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, préambule linguistique §3 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 28-32

📜

Une définition « à exclusions »

La méthode classique du ḥadd (la définition essentielle) consiste à poser un genre puis des différences qui retranchent tout ce qui n'appartient pas au défini. Ici, le genre est « ce qui, parmi les mots, comporte une attribution » ; les trois différences (mufīd, maqṣūd, li-ḏātihi) éliminent successivement les faux candidats. La beauté pédagogique de la masʾala est qu'à chaque mot de la définition correspond un contre-exemple précis qu'il sert à exclure. Comprendre la définition, c'est donc comprendre ce que chaque restriction chasse. al-Subkī améliore au passage les formules antérieures (le Mufaṣṣal de Zamakhsharī, le Mukhtaṣar d'Ibn al-Ḥājib) en disant « parmi les mots » plutôt que « deux mots ».

📖

Vocabulaire essentiel

الْكَلِم al-kalim
« Les mots » (nom collectif, ≥ 3 termes selon le Ṣiḥāḥ) ; à distinguer de al-kalām, nom de genre valant pour le peu comme le beaucoup.
الْإِسْنَاد al-isnād
« L'attribution » : rattacher un prédicat à un sujet (« Zayd est debout ») ou une demande à celui dont elle est requise (« frappe ! »).
مُفِيد mufīd
« Signifiant » : qui apporte une information utile. Exclut les évidences vides comme « le ciel est au-dessus de la terre ».
مَقْصُود لِذَاتِهِ maqṣūd li-ḏātihi
« Visé pour lui-même » : énoncé pour sa propre fin, non en vue d'autre chose. Exclut la protase (énoncée pour l'apodose) et la relative (pour le terme connecté).
النِّسْبَة التَّقْيِيدِيَّة al-nisba al-taqyīdiyya
« Le rapport restrictif » : annexion (« le serviteur de Zayd ») ou qualification (« l'homme tailleur »). Ce n'est pas un isnād, donc pas un discours.
1

Le genre : « parmi les mots » (min al-kalim)

Pourquoi pas « deux mots »
« Parmi les mots » exclut le terme isolé, et englobe les discours longs — meilleur que « deux mots ».
Genre Kalim

L'amélioration d'al-Subkī

Dire « min al-kalim » (parmi les mots) plutôt que « deux mots » présente deux avantages :

  • Contre le Mufaṣṣal (« ce qui se compose de deux mots ») : la formule d'al-Subkī englobe les discours longs. Certains énoncés ont des dizaines de mots — cinquante, soixante, quatre-vingts — comme le verset « Certes, dans la création des cieux et de la terre… » (al-Baqara) ou « Quand le soleil sera obscurci… » (al-Takwīr). « Deux mots » ne les couvrirait pas.
  • Contre Ibn al-Ḥājib (« ce qui comporte deux mots ») : dire « ce qui comporte deux mots » suppose un tout dont deux mots font partie — donc un tout plus grand que deux mots, car le contenant n'est pas le contenu, et une chose ne se contient pas elle-même. La formule est donc bancale.
2

Les quatre restrictions et leurs contre-exemples

Le cœur de la définition
isnād, mufīd, maqṣūd, li-ḏātihi : chaque mot exclut un cas précis.
Différences Exclusions

Quatre mots, quatre exclusions

  • « Attribution » (isnād) : rattacher un prédicat à un sujet (« Zayd est debout ») ou une demande à un requis (« frappe ! »). Exclut le rapport restrictif (nisba taqyīdiyya) : l'annexion (« le serviteur de Zayd ») et la qualification (« l'homme tailleur ») — qui lient sans asseoir un jugement.
  • « Signifiante » (mufīd) : exclut « le ciel est au-dessus de la terre » et « un est la moitié de deux » — vrais mais sans information utile ; ils ne sont « discours » que par figure.
  • « Visée » (maqṣūd) : exclut le discours du dormant, du distrait, des oiseaux, et de l'être à qui l'on souffle les mots (le perroquet, al-qābil li-l-talqīn) : il y a forme, mais nulle intention.
  • « Pour elle-même » (li-ḏātihi) : exclut ce qui est visé pour autre chose. Ainsi la protase avant son apodose (« si Zayd se lève » dans « si Zayd se lève, je me lève ») : on ne parle pas de Zayd pour lui-même, mais de soi. De même la proposition relative (« son père est venu » dans « celui dont le père est venu ») : elle n'éclaire que le terme connecté, étant placée au rang d'une partie de mot — or un mot entier n'est déjà pas un discours, à plus forte raison une partie de mot.
📚

Sharḥ al-Zarkashī — les trois avertissements (tanbīhāt)

Texte clé du commentaire
Trois nuances : la difficulté d'Ibn Mālik, l'usage des juristes, et le débat grammairiens/logiciens.
Sharḥ Tanbīhāt

Avertissement 1 — la difficulté d'Ibn Mālik

Cette définition est celle d'Ibn Mālik dans le Tashīl, « et elle n'est pas exempte de difficulté ». On peut contester qu'on ne nomme pas « le ciel est au-dessus de la terre » un discours : car c'est un énoncé (khabar) — la preuve étant qu'on peut lui répondre « tu dis vrai » ou « tu mens » — et tout énoncé est une espèce de discours. De plus, le mot « visée » serait superflu : la seule mention de l'isnād dispense déjà du cas du dormant, et la proposition relative est déjà posée comme « énonciative ». D'où le mot d'Ibn Mālik dans le Šarḥ al-Kāfiya : « se borner à "signifiant" (mufīd) suffit ».

Avertissement 2 — l'usage des juristes

وَأَمَّا فِي اصْطِلَاحِ الْفُقَهَاءِ فَيُطْلَقُ عَلَى الْكَلِمَةِ الْوَاحِدَةِ، وَأَقَلُّ مَا تَكُونُ مِنْ حَرْفَيْنِ أَوْ حَرْفٍ مُفْهِمٍ، وَلِهَذَا أَبْطَلُوا الصَّلَاةَ بِهِ.

Traduction : « Quant à la convention des juristes, [le mot "kalām"] s'applique au mot isolé, au minimum de deux lettres ou d'une lettre signifiante, et c'est pourquoi ils ont invalidé la prière par lui. » Là où les grammairiens exigent une composition attributive, les juristes considèrent qu'une seule parole, même brève, rompt la prière. C'est l'illustration concrète que le terme « kalām » a un sens technique variable selon la discipline.

Avertissement 3 — grammairiens contre logiciens

Les grammairiens : le discours ne se compose que de deux noms, ou d'un nom et un verbe (il faut un sujet, qui ne peut être qu'un nom, et un prédicat, nom ou verbe). Les logiciens objectent par la proposition conditionnelle. On objecte aussi par le vocatif (« ô Zayd ! »), composé d'un nom et d'une particule ; réponse : le vocatif renferme un verbe sous-entendu. Contre-objection : s'il y avait verbe, il serait susceptible de vrai et de faux — réfutée par le fait que le verbe sous-entendu peut être performatif (inšāʾ), non énonciatif, comme les formules des contrats.

📋

À retenir

4 points essentiels
La définition charnière du préambule, juste avant la demande et le khabar.
  • Le kalām = isnād + mufīd + maqṣūd + li-ḏātihi ; chaque mot exclut un contre-exemple précis
  • isnād exclut l'annexion et la qualification ; mufīd exclut « le ciel est au-dessus de la terre » ; maqṣūd exclut le dormant et le perroquet ; li-ḏātihi exclut la protase et la relative
  • « min al-kalim » est meilleur que « deux mots » (Mufaṣṣal, Ibn al-Ḥājib) : il englobe les longs discours
  • Trois usages du terme : grammairiens (composition attributive), juristes (mot isolé → invalide la prière), logiciens (objection par le conditionnel)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question pour vérifier la maîtrise des restrictions.

Question

« Ibn Mālik dit dans le Šarḥ al-Kāfiya que "se borner à mufīd suffit". Pourquoi estime-t-il que les mots maqṣūd et li-ḏātihi seraient superflus ? Et al-Zarkashī conteste un autre point de la définition : lequel, et avec quel argument tiré du khabar ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
ISNĀD
≠ annexion
≠ qualification
2
MUFĪD
≠ « ciel sur terre »
3
MAQṢŪD
≠ dormant, perroquet
4
LI-ḎĀTIHI
≠ protase, relative