Présumer suffit pour agir · Consensus pour la fatwā et le témoignage · Par la transmission ou par la raison ? · La dissidence des Ẓāhirites
Question décisive pour toute la pratique du fiqh : est-on obligé d'agir selon un rapport qui ne procure que la conjecture ? Réponse : oui — et c'est ce qui fonde l'usage de l'immense majorité des ḥadīths. al-Subkī distingue : pour la fatwā, le témoignage et les affaires mondaines, l'obligation fait consensus ; pour les affaires religieuses, la majorité l'affirme aussi, mais on débat de son fondement : est-elle imposée par la transmission (samʿan — le Prophète ﷺ envoyait ses lettres par des messagers isolés, et les Compagnons agissaient ainsi) ou par la raison (ʿaqlan, al-Qaffāl) ? À l'écart, les Ẓāhirites (en réalité al-Qāshānī et Ibn Dāwūd) nient l'obligation — al-Zarkashī précise même que Dāwūd, selon Ibn Ḥazm, lui faisait porter connaissance et action ensemble.
Disponible sur ordinateur
« Question : il est obligatoire d'agir selon lui dans la fatwā et le témoignage, par consensus ; de même dans les autres affaires religieuses conjecturales — on a dit : par [obligation] scripturaire (samʿan), on a dit : par [obligation] rationnelle (ʿaqlan) ; les Ẓāhirites disent : il n'est pas obligatoire, absolument. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 2 §3 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 70-72
Si l'on n'agissait que sur le certain, le fiqh serait presque vide : la quasi-totalité des règles dérive de rapports conjecturaux. La masʾala fonde donc l'édifice juridique tout entier. Subtilité essentielle relevée par al-Zarkashī : ceux qui affirment l'obligation ne veulent pas dire que le rapport oblige par lui-même — il oblige par les preuves catégoriques (Coran, pratique prophétique, ijmāʿ des Compagnons) qui imposent d'agir dès qu'un āḥād est transmis. La conjecture n'est donc pas la source de l'obligation, mais sa condition de déclenchement. « Et de même, ajoute l'Imām, le propos sur l'action selon l'analogie (qiyās) » : on n'agit pas sur le qiyās parce qu'il est certain, mais parce qu'une preuve certaine impose d'y recourir.
Nulle divergence sur l'obligation d'agir selon le khabar al-wāḥid dans la fatwā, le témoignage et les affaires mondaines ; la divergence ne porte que sur les affaires religieuses.
Traduction : « Ceux qui affirment l'obligation d'agir ne veulent pas qu'il oblige à agir par lui-même, mais qu'il oblige à agir par ce qui rend obligatoire la connaissance de l'action : à savoir les preuves catégoriques sur l'obligation d'agir lors de la transmission des [rapports] isolés. » Ainsi l'Imām le rapporte au début du Burhān, d'après les vérificateurs ; et il ajoute : « de même le propos sur l'action selon l'analogie (qiyās) » — on n'agit pas sur le qiyās parce qu'il serait certain, mais parce qu'une preuve certaine impose d'y recourir.
al-Subkī attribue la négation aux Ẓāhirites ; mais elle n'est connue que de al-Qāshānī et Ibn Dāwūd (selon Ibn al-Ḥājib). Bien plus, Ibn Ḥazm rapporte dans l'Iḥkām que la doctrine de Dāwūd est qu'il rend obligatoires la connaissance et l'action ensemble — l'inverse d'une négation !
Les négateurs se divisent en trois voies :
« On dit qu'on est "obligé d'agir" sur un rapport qui ne donne qu'une conjecture. Cela semble contradictoire : comment fonder une obligation certaine sur une présomption ? Comment al-Zarkashī résout-il l'apparente contradiction, et quel parallèle fait-il avec le qiyās ? »