بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°51

صِيَغُ الرِّوَايَةِ وَطُرُقُ التَّحَمُّلِ

Clôture du Kitāb al-Sunna · Les dix degrés, du samāʿ à la wijāda · La controverse sur l'ijāza et les formules de transmission

Carte finale du Kitāb al-Sunna. al-Subkī clôt par les modes de réception du ḥadīth (ṣiyaġ al-riwāya) — comment un transmetteur acquiert le droit de rapporter. al-Zarkashī les ordonne en dix degrés, du plus fort au plus faible : l'audition de la bouche du maître (samāʿ), la lecture faite au maître (qirāʾa / ʿarḍ), l'audition par un tiers, puis la remise avec autorisation (munāwala + ijāza), l'autorisation seule (ijāza, avec ses variantes), l'autorisation à l'inexistant, la remise seule, la notification, le legs, et enfin la trouvaille d'un écrit (wijāda). Suit la grande controverse sur la validité de l'ijāza : « si elle était valide, le voyage d'étude serait vain ». Le livre se ferme sur le rappel que les formules de transmission relèvent du « métier des traditionnistes ».

مُسْتَنَدُ غَيْرِ الصَّحَابِيِّ : قِرَاءَةُ الشَّيْخِ إِمْلَاءً وَتَحْدِيثًا، فَقِرَاءَتُهُ عَلَيْهِ، فَسَمَاعُهُ ؛ فَالْمُنَاوَلَةُ مَعَ الْإِجَازَةِ، فَالْإِجَازَةُ، فَالْمُنَاوَلَةُ، فَالْإِعْلَامُ، فَالْوَصِيَّةُ، فَالْوِجَادَةُ. وَأَلْفَاظُ الرِّوَايَةِ مِنْ صِنَاعَةِ الْمُحَدِّثِينَ.

« Le fondement [de la transmission] pour le non-Compagnon : la lecture du maître par dictée et enseignement ; puis la lecture [de l'élève] faite au maître ; puis son audition [par un tiers] ; puis la remise avec autorisation, puis l'autorisation, puis la remise [seule], puis la notification, puis le legs, puis la trouvaille. Et les formules de la transmission relèvent du métier des traditionnistes. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, 5ᵉ partie §1-3 (clôture) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 156-163

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Le dernier maillon : recevoir pour transmettre

Après qui transmet (le Compagnon, carte 46), quoi (le mursal, le sens), et comment on formule (carte 50), reste : comment on a reçu le ḥadīth. C'est la dernière condition de la chaîne. al-Zarkashī hiérarchise dix procédés selon leur degré de garantie : du contact direct et vivant avec le maître (le samāʿ, où toute erreur serait corrigée), jusqu'à la simple trouvaille d'un manuscrit (la wijāda, où l'on n'a ni entendu ni reçu autorisation). Entre les deux, l'ijāza — l'autorisation de transmettre sans audition détaillée — cristallise un débat de fond : facilite-t-elle la préservation du savoir, ou ouvre-t-elle la porte au relâchement (« autoriser à transmettre, n'est-ce pas autoriser à mentir » ?). Et le livre se clôt avec sobriété : les formules précises de restitution relèvent du métier des traditionnistes, hors du champ de l'uṣūlī.

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Vocabulaire essentiel

السَّمَاع al-samāʿ
« L'audition » de la bouche du maître (dictée, enseignement). Le degré le plus élevé.
الْعَرْض / الْقِرَاءَة al-ʿarḍ / al-qirāʾa
« La présentation » : l'élève lit au maître qui écoute et confirme (« as-tu entendu ? — oui »).
الْإِجَازَة al-ijāza
« L'autorisation » de transmettre, sans audition détaillée. Objet de la grande controverse.
الْمُنَاوَلَة al-munāwala
« La remise » du livre. Avec autorisation, c'est le plus haut type d'ijāza ; seule, elle est défectueuse.
الْوِجَادَة al-wijāda
« La trouvaille » d'un écrit de la main d'un transmetteur. Le degré le plus bas ; on dit « j'ai trouvé », non « il m'a rapporté ».
1

Les trois premiers degrés : audition et lecture

Le contact vivant avec le maître
Samāʿ (dictée), qirāʾa au maître, audition par un tiers — les modes les plus sûrs.
1-3 Samāʿ

Le haut de l'échelle

  • 1. L'audition (samāʿ) de la lecture du maître, par dictée (imlāʾ) et enseignement direct — le plus élevé, à l'imitation du Prophète ﷺ enseignant ses Compagnons.
  • 2. La lecture faite au maître (qirāʾa / ʿarḍ) : l'élève lit, le maître écoute en silence (de mémoire ou sur un livre), puis confirme. Condition d'Imām al-Ḥaramayn : que le maître corrigerait toute altération du lecteur. Inférieure au samāʿ (avis correct ; on a dit aussi : égale).
  • 3. L'audition par la lecture d'un tiers — certains exigent que le maître la reconnaisse de vive voix.
2

Les degrés 4 à 10 : de la munāwala à la wijāda

Sans audition complète
Remise + autorisation, autorisation seule, remise seule, notification, legs, trouvaille.
4-10 Ijāza

Le bas de l'échelle (marqué du fāʾ de gradation)

  • 4. Remise + autorisation (munāwala maʿa l-ijāza) : le maître remet l'original ou une copie collationnée : « transmets-le de moi ». Le plus haut type d'ijāza (validité consensuelle).
  • 5. Autorisation seule (ijāza), en quatre variantes : déterminé→déterminé (« je t'autorise tel livre »), déterminé→général, général→déterminé, général→général.
  • 6. Autorisation à l'inexistant par dépendance (« je t'autorise, toi et ta descendance »).
  • 7. Remise seule (munāwala), sans « transmets-le » : transmission non permise par accord, ou défectueuse selon la majorité.
  • 8. Notification (iʿlām) : « ceci est mon audition » — plus digne d'interdiction.
  • 9. Legs (waṣiyya) : léguer un livre à sa mort ou en voyage (« très éloigné », mais supérieur à la wijāda).
  • 10. Trouvaille (wijāda) : trouver le ḥadīth de la main d'un transmetteur — « j'ai trouvé », non « il m'a rapporté » ; mise en œuvre chez al-Shāfiʿī, « sinon la voie de la transmission serait fermée ».
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Sharḥ al-Zarkashī — la controverse sur l'ijāza (§2)

« Si elle était valide, le voyage serait vain »
La majorité l'admet (l'isnād se relie) ; de grands savants l'interdisent au nom de la rigueur.
Sharḥ Ijāza

Pour et contre

La majorité admet la transmission et l'action par ijāza : si l'on sait que l'autorisant a transmis par une voie valide, l'isnād se relie, et l'action devient licite (al-Bājī : accord).

Limite : consensus sur l'interdiction de l'ijāza à l'inexistant de façon absolue (« comme une autorisation d'un inexistant à un inexistant »).

3

Clôture : les formules de transmission (§3)

« Du métier des traditionnistes »
Les formules de restitution relèvent des muḥaddithūn — al-Subkī n'en traite pas, de crainte d'embrouiller le commun.
§3 Clôture

Le mot de la fin

« Les formules de la transmission (alfāẓ al-riwāya) relèvent du métier des traditionnistes » — c'est-à-dire les formules du rapporteur lors de la restitution (adāʾ). al-Zarkashī : la réception selon les voies précédentes relève du métier des muḥaddithūn ; « il n'y a pas lieu de les mentionner ici, de crainte d'embrouiller le commun ».

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À retenir

4 points essentiels · fin du livre
Les dix degrés, l'ijāza, et la clôture.
  • Dix degrés de réception, du samāʿ (le plus fort) à la wijāda (le plus faible)
  • La munāwala + ijāza est le plus haut type d'autorisation (validité consensuelle)
  • L'ijāza : admise par la majorité (l'isnād se relie) ; combattue au nom de la riḥla et de la rigueur ; interdite pour l'inexistant absolu
  • Clôture : les formules de restitution sont « du métier des traditionnistes » — fin du Kitāb al-Sunna
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur la controverse de l'ijāza.

Question

« Les opposants à l'ijāza arguent que "si elle était valide, le voyage d'étude serait vain". Comment la majorité justifie-t-elle malgré tout sa validité, et quel argument d'Ibn al-Ṣalāḥ la rapproche de la lecture faite au maître ? »

🧠 Grille mnémotechnique — l'échelle des 10 degrés

1-3
AUDITION
samāʿ · ʿarḍ ·
par un tiers
4-6
IJĀZA
+ munāwala · seule ·
à l'inexistant
7-9
REMISE…
munāwala · iʿlām ·
waṣiyya
10
WIJĀDA
trouvaille
(le plus bas)