بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°50

صِيَغُ نَقْلِ الصَّحَابِيِّ

De la plus forte à la plus faible · « Le Prophète ﷺ a dit » … « ils ne tranchaient pas pour une vétille » · L'échelle des formules de transmission

Comment un Compagnon formule ce qu'il rapporte change la force probante de son rapport. al-Subkī dresse une échelle graduée, de l'explicite à l'allusif. Au sommet : « le Prophète ﷺ a dit » (qāla) et « d'après / que » (ʿan / anna) — recevables, car l'apparent est l'audition directe. Puis « il nous a ordonné / interdit » (amaranā / nahā), « il a interdit / autorisé » (ḥarrama / rakhkhaṣa). Puis la formule clé « cela relève de la Sunna » (min al-sunna), comprise comme la Sunna du Prophète ﷺ. Enfin, les formules les plus faibles, marquées du fāʾ de gradation : « nous faisions de son temps », « les gens faisaient », jusqu'à « ils ne tranchaient pas la main pour une vétille » (ʿĀʾisha) — la plus basse.

الصَّحِيحُ يُحْتَجُّ بِقَوْلِ الصَّحَابِيِّ : «قَالَ ﷺ»، وَكَذَا «عَنْ» وَ«أَنَّ» عَلَى الْأَصَحِّ، وَكَذَا «سَمِعْتُهُ أَمَرَ وَنَهَى» وَ«أَمَرَنَا»، أَوْ «حَرَّمَ» وَ«رَخَّصَ» فِي الْأَظْهَرِ، وَالْأَكْثَرُ يُحْتَجُّ بِقَوْلِهِ «مِنَ السُّنَّةِ»، وَ«كَانَ النَّاسُ يَفْعَلُونَ فِي عَهْدِهِ ﷺ»، فَـ«كُنَّا نَفْعَلُ»، فَـ«كَانُوا لَا يَقْطَعُونَ فِي الشَّيْءِ التَّافِهِ».

« L'avis correct est qu'on se sert du propos du Compagnon "le Prophète ﷺ a dit" ; de même "d'après" et "que", selon le plus correct ; de même "je l'ai entendu ordonner et défendre" et "il nous a ordonné" ; ou "il a interdit" et "il a autorisé", selon le plus apparent ; et la plupart se servent de "cela relève de la Sunna", de "les gens faisaient de son temps ﷺ", puis "nous faisions", puis "ils ne tranchaient pas pour la chose insignifiante". »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 5 §10-16 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 150-155

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La grammaire de l'attribution

Cette carte est une échelle de force probante fondée sur la formulation. Le principe directeur est constant : on interprète chaque formule selon ce qu'elle laisse paraître (al-ẓāhir) de la conduite d'un Compagnon — probe et connaisseur de la langue. « Il a dit » suppose l'audition directe ; « il nous a ordonné » (au passif) renvoie nécessairement à celui qui a autorité, le Prophète ﷺ ; « cela relève de la Sunna » s'entend, par défaut, de la Sunna prophétique. Plus on descend, plus la marge d'interprétation s'élargit : « les gens faisaient » pourrait viser une coutume locale ; « nous faisions » sans préciser « de son temps » devient un simple rapport arrêté (mawqūf). Le fāʾ de gradation qu'al-Subkī place devant les dernières formules signale précisément cette descente en autorité — jusqu'au propos de ʿĀʾisha, le plus allusif.

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Vocabulaire essentiel

أَمَرَنَا amaranā
« Il nous a ordonné » (au passif umirnā) : renvoie à celui qui détient l'ordre, le Prophète ﷺ → preuve.
مِنَ السُّنَّةِ min al-sunna
« Cela relève de la Sunna » : compris par défaut comme la Sunna du Prophète ﷺ (al-mutabādir).
مَرْفُوع / مَوْقُوف marfūʿ / mawqūf
« Élevé [au Prophète ﷺ] / arrêté [au Compagnon] ». Sans rattachement au Prophète ﷺ, la formule reste mawqūf.
سُنَّة الْبَلَد sunnat al-balad
« La Sunna du pays » : la coutume locale. Risque que « min al-sunna » la vise (al-Ṣayrafī, al-Karkhī).
الْفَاء al-fāʾ
« Le fāʾ » de gradation : al-Subkī le place devant les formules inférieures, pour signaler la descente en autorité.
1

Le sommet : « il a dit », « ʿan », « anna » (§10-11)

L'apparent est l'audition directe
« Le Prophète ﷺ a dit » et « d'après / que » sont recevables ; l'opposé n'est pas l'interdiction mais la suspension.
§10-11 Qāla

Les formules les plus fortes

  • « Le Prophète ﷺ a dit » (qāla) : on s'en sert comme preuve, interprété comme audition directe — l'apparent de l'état du Compagnon est qu'il n'affirme cela que pour ce qu'il a entendu. (al-Hindī : nulle divergence ; le Qāḍī, dans le Taqrīb, le rejette toutefois si l'on peut supposer qu'il l'a entendu d'un Successeur ; Ibn al-Athīr : « son apparent est la transmission directe, sans être un texte explicite ».)
  • « D'après » (ʿan) et « que » (anna) : de même, selon le plus correct, vu leur apparent d'audition (al-Bayḍāwī, al-Hindī). L'opposé du « plus correct » n'est pas l'interdiction, mais la suspension. (al-Bardījī tient « anna » pour une interruption jusqu'à preuve d'audition ; la majorité : « ʿan » et « anna » égaux si audition et rencontre établies.)
2

« Il nous a ordonné », « il a interdit / autorisé » (§12-13)

Le passif renvoie au Prophète ﷺ
« amaranā » au passif désigne celui qui a autorité ; « ḥarrama / rakhkhaṣa » sont preuve, malgré un possible istinbāṭ.
§12-13 Amaranā

Ordre, interdiction, autorisation

  • « Je l'ai entendu ordonner et défendre » : apparent valide, vu sa connaissance de la langue et sa probité — il ne le profère qu'à sa réalisation. (Le Qāḍī, de certains : pas une preuve, car il pourrait prendre pour un ordre ce qui n'en est pas un.)
  • « Il nous a ordonné » (amaranā) : « amara » est au passif, se rapportant à celui à qui revient l'ordre — le Prophète ﷺ —, donc preuve. (al-Ṣayrafī, al-Karkhī : hésitant entre l'ordre à toute la communauté ou à certains gouverneurs.)
  • « Il a interdit » / « il a autorisé » (ḥarrama / rakhkhaṣa) : preuve selon le plus apparent — bien que son fondement puisse être une déduction ou une analogie (mais c'est faible). al-Shīrāzī : « il nous fut autorisé telle chose » renvoie au Prophète ﷺ sans divergence.
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Sharḥ al-Zarkashī — « cela relève de la Sunna » (§14)

La Sunna du Prophète ﷺ, par défaut
« min al-sunna » s'entend de la Sunna prophétique (al-Shāfiʿī) ; al-Ṣayrafī craint la « sunna du pays ».
Sharḥ Min al-sunna

Une formule, deux lectures

La plupart se servent de « cela relève de la Sunna », l'interprétant comme la Sunna du Messager ﷺ — car c'est ce qui « vient d'emblée à l'esprit » (al-mutabādir) lors de l'emploi absolu (l'Imām, al-Āmidī, les modernes). al-Shāfiʿī (Umm) : « Ibn ʿAbbās et al-Ḍaḥḥāk b. Qays sont deux Compagnons, ils ne disent "la Sunna" que pour la Sunna du Messager ﷺ ».

3

Les formules graduées du « nous faisions » (§15-16)

Le fāʾ de la descente
« Nous faisions de son temps », « les gens faisaient », jusqu'au plus faible : « ils ne tranchaient pas pour une vétille ».
§15-16 Gradation

L'échelle descendante

  • (§15) « Nous, l'ensemble des gens, faisions… » / « les gens faisaient du temps du Prophète ﷺ » : apparent = intention d'enseigner la Loi ; al-Subkī : « nulle divergence », vu l'énonciation explicite d'un consensus conforté par la connaissance qu'en avait le Prophète ﷺ (validation tacite, taqrīr).
  • (§16) Trois formules inférieures (marquées du fāʾ) :
    • « nous faisions de son temps » : ne précise pas « tous les gens » (le « nous » peut viser un groupe particulier) ; sans « de son temps », c'est mawqūf sans divergence ;
    • « les gens faisaient » : ne précise pas « de son temps » ;
    • « ils ne tranchaient pas la main pour la chose insignifiante » (ʿĀʾisha) : la plus basse — ni le Prophète ﷺ ni le référent du pronom « ils » ne sont explicités —, d'où al-Subkī l'a placée en dernier.
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À retenir

4 points essentiels
L'échelle des formules de transmission.
  • Sommet : « il a dit », « ʿan », « anna » — apparent d'audition directe (l'opposé est la suspension, non l'interdiction)
  • « amaranā » (passif) → le Prophète ﷺ ; « ḥarrama / rakhkhaṣa » → preuve malgré un possible istinbāṭ
  • « min al-sunna » → Sunna prophétique par défaut ; d'un Successeur, devient mursal
  • Formules en fāʾ : graduées vers le bas — « nous faisions », « les gens faisaient », jusqu'à ʿĀʾisha (la plus faible)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur la gradation.

Question

« Pourquoi « il nous a ordonné » (amaranā) est-il une preuve plus forte que « nous faisions de son temps » ? Et qu'est-ce qui distingue, en force probante, « les gens faisaient du temps du Prophète ﷺ » de « ils ne tranchaient pas pour une vétille » de ʿĀʾisha ? »

🧠 Grille mnémotechnique — l'échelle

1
SOMMET
« قال » · ʿan · anna
2
ORDRE
amaranā · ḥarrama
3
SUNNA
« min al-sunna »
4
FĀʾ (bas)
« kunnā » … ʿĀʾisha