Le cadre du Kitāb VI · Pas d'équivalence entre deux preuves catégoriques · Le débat sur le taʿādul des amārāt
Avec ce sixième Kitāb du Jamʿ al-Jawāmiʿ, nous quittons l'inventaire des preuves pour entrer dans leur mécanique de collision. Al-Zarkashī ouvre le Tashnīf al-Masāmiʿ sur cette articulation : une fois achevé l'exposé des dalīls agréés et discutés, il reste à savoir comment argumenter par eux lorsqu'ils s'opposent — ces règles sont des « attributs des preuves » (ṣifāt li-l-adilla), d'où leur place en fin d'ouvrage. La première masʾala fixe le cadre : l'équivalence (taʿādul) entre deux preuves catégoriques est impossible — sinon deux contradictoires seraient vrais ensemble. Tout le débat se concentre alors sur les amārāt, les indices probables : leur équivalence dans l'esprit du mujtahid est admise par tous ; leur équivalence dans la réalité même (fī nafs al-amr) divise — al-Karkhī et l'imām Aḥmad la nient, la majorité l'admet. Al-Rāzī affine par une division, et ʿIzz al-Dīn Ibn ʿAbd al-Salām renverse la perspective : ce ne sont jamais les ẓanns qui s'opposent, mais leurs causes.
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« Sixième Livre : de l'équivalence et des préférences. L'équivalence de deux [preuves] catégoriques est impossible ; de même celle de deux amārāt dans la réalité même, selon l'avis correct. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Taʿādul wa-l-tarājīḥ (le cadre du taʿādul) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 359-360
Le plan du Jamʿ al-Jawāmiʿ est une progression : les préliminaires, puis les preuves une à une — Kitāb, Sunna, Ijmāʿ, Qiyās, Istidlāl. Mais connaître les preuves « en elles-mêmes » ne suffit pas : dans la pratique du mujtahid, elles arrivent par paquets, et parfois elles se heurtent. Al-Zarkashī explicite la logique du plan : « Lorsque s'acheva le discours sur les preuves agréées et discutées — et que la connaissance des preuves en tant que telles ne dispense pas, dans l'istidlāl, de conditions, à savoir la manière d'argumenter par elles lors du conflit — il consacra ce Livre à cela ; et il le plaça après les preuves, car ce sont là des attributs des preuves (ṣifāt li-l-adilla), et leur exposé vient donc après elles. » Le Kitāb VI n'ajoute donc pas une preuve : il enseigne l'arbitrage. Deux notions y règnent : le taʿādul (l'équilibre parfait, l'impasse) et le tarjīḥ (la pesée qui fait pencher la balance) — d'où le titre : al-taʿādul wa-l-tarājīḥ.
Le taʿāruḍ est l'opposition de deux preuves telle que chacune empêche l'effet de l'autre : impossible d'opérer sur les deux, impossible de les délaisser toutes deux. Face à lui, deux issues : ou bien l'une des preuves présente un surcroît de force — c'est le tarjīḥ, la « préférence » qui fait pencher la balance et impose de suivre la plus forte ; ou bien elles sont rigoureusement égales — c'est le taʿādul, l'équilibre parfait, le cas limite qui occupe les premières masāʾil du Livre.
Une preuve qaṭʿī produit la certitude de son contenu. Si deux qaṭʿīs opposés s'équivalaient, leurs deux contenus seraient établis simultanément — or ce sont deux contradictoires (naqīḍān) : leur réunion est impossible. L'équivalence de deux qaṭʿīs est donc exclue, qu'ils soient rationnels (ʿaqliyyayn) ou scripturaires (naqliyyayn).
Traduction : « L'équivalence entre deux [preuves] catégoriques est impossible — qu'elles soient rationnelles ou scripturaires — sinon ce qu'elles exigent toutes deux serait établi, alors que ce sont deux contradictoires. De même entre le catégorique et le probable : car le ẓann s'évanouit devant la certitude du contraire. Quant à l'équivalence entre deux amārāt dans les esprits, elle est valide. »
Zarkashī rapporte la mise au point du Shaykh ʿIzz al-Dīn Ibn ʿAbd al-Salām dans ses Qawāʿid : à strictement parler, il n'y a pas de taʿāruḍ entre les ẓanns, pas plus qu'entre les sciences certaines — deux états psychiques contraires ne coexistent pas. Le conflit se joue entre les causes des ẓanns (asbāb al-ẓunūn). De là une casuistique :
« Pourquoi tous les uṣūliyyūn admettent-ils sans difficulté le taʿādul des amārāt dans l'esprit du mujtahid, alors que son existence dans la réalité même fait l'objet d'un khilāf ? Et quel argument tiré de l'ijmāʿ les négateurs (al-Karkhī, Aḥmad) avancent-ils contre l'équivalence réelle ? »