135 versets · Mekkoise · Juzʾ 16 · L'epopee de Musa
Sourate Ṭā-Hā est la sourate de Mūsā par excellence : elle couvre sa vie du premier appel dans la vallée sacrée de Ṭuwā jusqu'à l'épisode du veau d'or, en passant par le face-à-face avec Pharaon, l'ouverture de la mer, et le duʿāʾ « Rabbi ishraḥ lī ṣadrī ». Elle s'ouvre sur une adresse tendre au Prophète ﷺ (« Nous n'avons pas fait descendre le Coran pour te rendre malheureux ») et se clôt sur le rappel d'Ādam et Iblīs et l'injonction au tasbīḥ. Une des sourates qui convertit ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb.
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L'ouverture la plus tendre adressée au Prophète ﷺ : « Ṭā Hā. Nous n'avons pas fait descendre le Coran sur toi pour que tu sois malheureux (li-tashqā) — mais seulement comme rappel pour qui craint. » Le Prophète ﷺ se fatiguait dans la prière nocturne au point de meurtrir ses pieds. Ce verset le console : le Coran est un rappel, pas un fardeau de souffrance.
Le Coran descend de Celui qui a créé la terre et les cieux les plus hauts — al-Raḥmān qui s'est établi sur le Trône (istawā ʿalā al-ʿArsh). Puis : « À Lui appartient ce qui est dans les cieux, sur la terre, entre les deux et sous le sol humide. » Cinq niveaux de souveraineté — totalité absolue.
Mūsā perçoit un feu sur le flanc du Ṭūr et s'en approche. La voix d'Allah retentit : « Je suis ton Seigneur ! Enlève tes sandales — tu es dans la vallée sacrée de Ṭuwā. Je t'ai choisi — écoute ce qui est révélé. Je suis Allah, il n'y a de dieu que Moi — adore-Moi et accomplis la prière pour Mon rappel. » Trois mots qui changent l'histoire : innī ana Llāh. Le premier commandement reçu par Mūsā : la ṣalāt li-dhikrī — la prière comme moyen de se souvenir d'Allah.
« Qu'as-tu dans ta main droite, ô Mūsā ? — C'est mon bâton, je m'appuie dessus, je fais tomber des feuilles pour mes moutons, et j'en ai d'autres usages. » Réponse détaillée d'un berger modeste. Puis Allah dit : « Jette-le ! » — le bâton devient un serpent, et la main de Mūsā sort blanche et lumineuse. Deux signes qui transforment l'ordinaire en extraordinaire.
Un des plus beaux duʿāʾ du Coran, récité par des millions de croyants avant toute entreprise : (1) ishraḥ lī ṣadrī — ouvre-moi la poitrine (sérénité, confiance), (2) yassir lī amrī — facilite-moi ma mission, (3) uḥlul ʿuqdatan min lisānī — dénoue le nœud de ma langue, (4) yafqahū qawlī — pour qu'ils comprennent ma parole, (5) wazīran min ahlī — un assistant de ma famille, Hārūn mon frère. La finalité : « afin que nous Te glorifions abondamment et Te mentionnions abondamment. » La réponse divine : « Tu as déjà été exaucé, ô Mūsā ! » (v. 36).
Allah rappelle : « Nous avons inspiré à ta mère de te mettre dans un coffret sur le Nil. » Puis : « J'ai jeté sur toi une affection venant de Moi (maḥabbatan minnī) — pour que tu sois élevé sous Mon regard (li-tuṣnaʿa ʿalā ʿaynī). » Deux expressions d'une tendresse divine extraordinaire : maḥabba (amour) et ʿalā ʿaynī (sous Mon œil). Toute la vie de Mūsā est providentiellement guidée — du Nil à Madyan au Ṭūr.
La mission est répétée : « Allez vers Pharaon, il a transgressé. » Et l'instruction méthodologique : « Parlez-lui avec douceur (qawlan layyinan) — peut-être se rappellera-t-il ou craindra-t-il. » Même face au pire tyran de l'histoire, Allah ordonne la douceur dans la daʿwa. La parole douce n'est pas faiblesse — c'est stratégie divine.
Les magiciens jettent cordes et bâtons — Mūsā ressent la peur. Allah le rassure : « Jette ! » Son bâton avale leurs artifices. Les magiciens reconnaissent immédiatement la vérité : « Nous croyons au Seigneur de Hārūn et Mūsā. » Leur conversion est instantanée — du sommet de la magie au sommet de la foi en un instant.
Pharaon menace de couper mains et pieds et de crucifier. Les magiciens, désormais croyants, répondent : « Nous ne te préférerons jamais aux preuves qui nous sont venues et à Celui qui nous a créés. Décrète ce que tu veux — tu ne décides que de cette vie d'ici-bas. » Du statut de serviteurs de Pharaon à celui de serviteurs d'Allah — en un instant. La foi véritable rend invincible face à la menace.
Allah ordonne à Mūsā de partir de nuit avec les Banū Isrāʾīl et de frapper un chemin sec dans la mer (ṭarīqan yabasan) — sans craindre d'être rattrapé ni submergé. Pharaon les poursuit avec ses armées — la mer se referme sur eux.
Pendant l'absence de Mūsā sur le Ṭūr (40 nuits), al-Sāmirī (un homme du peuple) fabrique un veau en or qui produit un mugissement. Le peuple déclare : « Voilà votre dieu et le dieu de Mūsā ! » Mūsā revient furieux, prend la tête de son frère Hārūn : « Qu'est-ce qui t'a empêché de me suivre ? » Hārūn explique qu'il craignait de diviser le peuple. Mūsā se tourne vers al-Sāmirī : « Va-t-en ! Ton châtiment dans cette vie sera de dire : Ne me touchez pas ! (lā misās) »
Ādam avait reçu un pacte (ʿahd) mais il « oublia » (nasiya) et manqua de fermeté (ʿazm). Le Shayṭān le tenta : « T'indiquerai-je l'arbre de l'éternité et un royaume impérissable ? » Ādam et son épouse mangèrent, leurs nudités leur apparurent. Mais Allah les choisit ensuite, accepta leur repentir et les guida (v. 122). Le péché d'Ādam n'est pas la « chute » originelle sans retour — c'est un oubli suivi d'un repentir accepté.
Verset fondamental : « Quiconque se détourne de Mon rappel (dhikrī) aura une vie étriquée (maʿīsha ḍankan) et Nous le rassemblerons aveugle au Jour de la Résurrection. » La maʿīsha ḍank n'est pas forcément la pauvreté matérielle — c'est l'angoisse intérieure, le vide existentiel de celui qui vit sans Allah. À mettre en lien avec le v. 2 : le Coran n'est pas là pour rendre malheureux — c'est son absence qui rend malheureux.
« Ordonne la prière à ta famille et persévère (iṣṭabir). Nous ne te demandons pas de subsistance — c'est Nous qui te pourvoyons. Et la bonne fin (ʿāqiba) est pour la taqwā. » La ṣalāt n'est pas seulement personnelle — c'est une responsabilité familiale. Et la subsistance vient d'Allah, pas de l'effort anxieux.
Le dernier verset : « Dis : chacun est dans l'attente — attendez donc ! Vous saurez bientôt qui sont les gens du chemin droit et qui est guidé. » Une conclusion sereine et assurée — la vérité se révélera d'elle-même.