ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf · Le commerçant pieux · Promis au Paradis
ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf est l'un des huit premiers convertis et l'un des dix Promis au Paradis. Issu des Banū Zuhra — la tribu de la mère du Prophète ﷺ Āmina — il est l'oncle maternel du Messager d'Allah ﷺ par parenté tribale. Commerçant prospère à Makka, il accomplit les deux Hijra : d'abord vers l'Abyssinie, puis vers Madīna où il refuse poliment l'offre extraordinaire de son frère anṣārī Saʿd ibn ar-Rabīʿ, demandant simplement « le chemin du marché ». Allah lui accorde une fortune immense, qu'il dépense sans compter dans la cause de l'islam — caravanes entières offertes, esclaves affranchis, expéditions équipées. Le Prophète ﷺ pria un jour derrière lui, et ʿUmar le désigna parmi les six membres du conseil chargés de choisir le calife après lui.
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Saʿd ibn ar-Rabīʿ dit à ʿAbd ar-Raḥmān : « Mon frère, je suis l'Anṣārī le plus riche, je partage avec toi la moitié de mes biens. » ʿAbd ar-Raḥmān répondit : « Qu'Allah te bénisse dans ta famille et dans tes biens — montre-moi seulement le chemin du marché. »
Source : Rapporté par al-Bukhārī (n°2048, 3780) — récit de la fraternisation à Madīna
ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf est issu des Banū Zuhra ibn Kilāb, la tribu de Quraysh dont est issue Āmina bint Wahb, la mère du Prophète ﷺ. Cette parenté tribale lui donne le statut d'oncle maternel du Messager d'Allah ﷺ — comme pour son cousin Saʿd ibn Abī Waqqāṣ. Le Prophète ﷺ aimait les fils des Banū Zuhra et leur reconnaissait une place particulière. Son père ʿAwf ibn ʿAbd ʿAwf était l'un des notables de Makka. Sa mère ash-Shifāʾ bint ʿAwf, après avoir embrassé l'islam, fera elle-même partie des premières musulmanes.
Avant l'islam, son nom était ʿAbd ʿAmr ou ʿAbd al-Kaʿba selon les sources — un nom typique de la jāhiliyya où l'on s'appelait « serviteur de » telle ou telle divinité ou lieu. Quand il embrassa l'islam, le Prophète ﷺ le renomma ʿAbd ar-Raḥmān — « le serviteur du Tout-Miséricordieux ». Ce nouveau nom marquait la rupture avec le polythéisme et l'ancrage dans la nouvelle foi. Très tôt, il s'orienta vers le commerce et acquit une réputation de probité — qualité qu'il ne perdra jamais, même au sommet de sa fortune.
Quand Abū Bakr embrassa l'islam, il consacra ses premières démarches à inviter ses proches et amis de confiance. Cinq hommes lui répondirent et formèrent avec lui le premier carré qui précéda même la révélation publique : ʿUthmān ibn ʿAffān, az-Zubayr ibn al-ʿAwwām, Ṭalḥa ibn ʿUbaydillāh, Saʿd ibn Abī Waqqāṣ et ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf. Tous les cinq seront ultérieurement comptés parmi les dix Promis au Paradis. Ibn Isḥāq les place en quatrième position chronologique des conversions, juste après Khadīja, ʿAlī et Abū Bakr lui-même.
Quand les persécutions de Quraysh devinrent insoutenables, le Prophète ﷺ autorisa ses Compagnons à émigrer en Abyssinie (Ḥabasha) auprès du Négus an-Najāshī. ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf participa à la première vague (cinquième année de la mission), puis à la seconde, plus large. Il y resta plusieurs années, partageant l'asile avec Jaʿfar ibn Abī Ṭālib, ʿUthmān, Umm Salama et leurs époux. Quand il revint à Makka, il accomplit ensuite la grande Hijra vers Madīna avec le Prophète ﷺ. Il est l'un des rares Compagnons à avoir accompli les deux Hijra.
À l'arrivée à Madīna, le Prophète ﷺ instaura la fraternisation entre les Muhājirīn et les Anṣār. ʿAbd ar-Raḥmān fut fraternisé avec Saʿd ibn ar-Rabīʿ al-Anṣārī, l'un des hommes les plus riches de Madīna. Saʿd lui dit : « Mon frère, je suis le plus riche des Anṣār — je partage en deux ma fortune avec toi. J'ai deux femmes, regarde laquelle te plaît, je la divorcerai et tu l'épouseras après son ʿidda. » ʿAbd ar-Raḥmān, ému mais refusant l'aumône, répondit avec une noblesse exceptionnelle : « Qu'Allah te bénisse dans ta famille et dans tes biens — montre-moi seulement le chemin du marché. » Il s'y rendit, négocia avec acharnement, revint le soir avec un peu de fromage et de beurre. Quelques semaines plus tard, il revenait avec une trace jaune de safran sur ses vêtements — signe qu'il s'était marié. Le Prophète ﷺ lui demanda : « Qu'as-tu donné en dot ? » — « Un noyau de datte d'or », répondit-il. Le Prophète ﷺ le félicita et lui dit : « Donne un walīma, ne fût-ce qu'avec une seule brebis. »
ʿAbd ar-Raḥmān participe à Badr, où il tue plusieurs des grands de Quraysh, à Uḥud, où il reste fermement aux côtés du Prophète ﷺ et reçoit plus de vingt blessures, certaines au visage qui lui font perdre des dents. Il continue à combattre jusqu'à Tabūk. Il dépense sans compter dans le sentier d'Allah : à Tabūk il offre 200 onces d'or, et lors de l'expédition « al-ʿUsra », il fournit la moitié de l'équipement nécessaire à l'armée.
Muslim rapporte d'al-Mughīra ibn Shuʿba (n°274) que lors d'un voyage — l'événement est généralement situé à Tabūk —, le Prophète ﷺ s'éloigna pour ses besoins. Quand il revint, il trouva les Compagnons déjà engagés dans la prière du Fajr derrière ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf. Le Prophète ﷺ ne voulut pas l'interrompre : il s'arrêta derrière lui, accomplit la rakʿa qu'il avait manquée derrière son Compagnon, puis se leva pour rattraper la rakʿa restante. Quand ʿAbd ar-Raḥmān prit conscience que le Prophète ﷺ avait prié derrière lui, il fut bouleversé. Le Messager ﷺ le rassura : « Tu as bien fait. » Aucun autre Compagnon n'a reçu pareille distinction.
Sous le califat de ʿUmar, alors que Madīna souffrait de la famine de l'an 18 H (ʿām ar-Ramāda), une caravane immense entra dans la ville : 700 chameaux chargés de blé, de farine et de provisions, venus du Shām. Madīna s'agita. ʿĀʾisha, à qui on annonça la nouvelle, dit : « J'ai entendu le Prophète ﷺ dire : "ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf entrera au Paradis en rampant à cause de sa fortune." » Quand ʿAbd ar-Raḥmān entendit cela, il accourut et lui dit : « Mère des croyants, je te prends à témoin que cette caravane entière, avec sa cargaison, ses bagages et ses bêtes, est don d'Allah. » Il distribua le tout aux pauvres de Madīna. Une autre fois, il affranchit en une seule fois 30 esclaves.
À sa mort en 23 H, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb désigna six membres du conseil de la shūrā chargés de choisir le calife : ʿUthmān, ʿAlī, Ṭalḥa, az-Zubayr, Saʿd ibn Abī Waqqāṣ et ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf. ʿAbd ar-Raḥmān prit l'initiative de se retirer de la course pour devenir l'arbitre. Pendant trois jours, il consulta les Muhājirīn, les Anṣār, les hommes et les femmes de Madīna, individuellement. Il rapporta : « Je n'ai pas trouvé un homme qui préférât quelqu'un à ʿUthmān. » Il proclama alors ʿUthmān calife dans la mosquée, lui prenant la main pour lui prêter allégeance le premier.
Il mourut à Madīna en 32 H, à l'âge de 75 ans. Sa fortune au moment de sa mort était proverbiale : on dit qu'il laissa 1 000 chameaux, 3 000 ovins, 100 chevaux, et plusieurs domaines. Mais il avait pris ses dispositions : il avait légué 50 000 dīnārs dans le sentier d'Allah, et avait pris soin que chacune de ses épouses reçoive son huitième dans son patrimoine. ʿUthmān dirigea sa prière funéraire, et il fut enterré à al-Baqīʿ. Saʿd ibn Abī Waqqāṣ pleura à son enterrement et dit : « Hélas, montagne ! »