Rapporté par Muʿādh ibn Jabal (رضي الله عنه) · Ḥasan Ṣaḥīḥ · Tirmidhī n°2616
Ce long hadith est un véritable programme spirituel. Muʿādh demande un acte pour le Paradis, et le Prophète ﷺ lui offre une cartographie complète : les obligations de base, les actes surérogatoires, la structure de la religion, et la clé de toute réussite — la maîtrise de la langue.
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D'après Muʿādh ibn Jabal (qu'Allah l'agrée) qui a dit : J'ai dit : « Ô Messager d'Allah, informe-moi d'un acte qui me fasse entrer au Paradis et m'éloigne de l'Enfer. » Il répondit : « Tu m'as interrogé sur une grande affaire, mais elle est facile pour celui qu'Allah le Très-Haut la facilite : tu adores Allah sans rien Lui associer, tu accomplis la prière, tu t'acquittes de la zakāt, tu jeûnes le Ramadan, et tu effectues le pèlerinage à la Maison. » Puis il ajouta : « Ne veux-tu pas que je t'indique les portes du bien ? Le jeûne est un bouclier, l'aumône éteint la faute comme l'eau éteint le feu, et la prière de l'homme au cœur de la nuit. » Puis il récita : « Leurs flancs se détachent de leurs lits » jusqu'à « ce qu'ils faisaient » (Coran 32:16-17). Puis il dit : « Ne veux-tu pas que je t'informe de la tête de l'affaire, son pilier et son sommet ? » Je répondis : « Si, ô Messager d'Allah. » Il dit : « La tête de l'affaire est l'Islam, son pilier est la prière, son sommet est le jihād. » Puis il dit : « Ne veux-tu pas que je t'informe de la clé de tout cela ? » Je répondis : « Si, ô Messager d'Allah. » Il saisit sa langue et dit : « Retiens celle-ci. » Je dis : « Ô Prophète d'Allah, sommes-nous responsables de ce que nous disons ? » Il répondit : « Que ta mère te perde, ô Muʿādh ! Est-ce autre chose que les moissons de leurs langues qui jettent les gens en Enfer sur leurs visages ? »
Source : Tirmidhī n°2616
Muʿādh ibn Jabal al-Anṣārī (qu'Allah l'agrée), l'un des plus grands savants parmi les Compagnons. Le Prophète ﷺ l'envoya au Yémen comme juge et enseignant. Il dit de lui : « Le plus savant de ma communauté dans le ḥalāl et le ḥarām est Muʿādh ibn Jabal. » Il mourut de la peste à ʿAmwās en 18 H.
Le Prophète ﷺ commence par l'essentiel : adorer Allah sans associationnisme (tawḥīd), puis les quatre piliers pratiques (prière, zakāt, jeûne, ḥajj). Ce socle minimal suffit pour le Paradis — c'est le même message que le hadith 22.
« Al-ṣawm junna » — le jeûne est un bouclier qui protège du Feu, des passions, des péchés. Jeûner surérogatoirement (lundi-jeudi, trois jours par mois, les six de Shawwāl, ʿArafa, ʿĀshūrāʾ) construit ce bouclier chaque jour. Le jeûne brise la dominance du nafs.
« L'aumône éteint la faute comme l'eau éteint le feu » — image saisissante. Chaque ṣadaqa agit comme une goutte sur le feu des péchés. Accumuler les aumônes, c'est accumuler de l'eau qui éteindra les feux des fautes au Jour Dernier.
Le tahajjud — la prière au milieu de la nuit — est désigné comme porte du bien. Le Prophète ﷺ récite à cette occasion un verset de la sourate al-Sajda qui décrit les croyants dont « les flancs se détachent de leurs lits » pour invoquer leur Seigneur. C'est l'acte distinctif des ʿārifūn (ceux qui connaissent Allah).
(1) Raʾs al-amr (tête de l'affaire) = l'Islam entier comme fondement. (2) ʿAmūduhu (son pilier) = la prière, qui tient la structure. (3) Dhirwat sanāmih (son sommet) = le jihād. Cette image montre la hiérarchie : tout part de l'Islam, la prière est la structure centrale, le jihād est le sommet qui couronne. Le jihād inclut le combat légitime mais aussi le jihād contre l'ego (akbar selon certaines traditions).