Le dernier livre du Jamʿ al-Jawāmiʿ · Qu'est-ce que l'ijtihād, et qui est mujtahid ? · Définition, savoirs requis, conditions complémentaires, degrés
Nous voici au sommet de l'édifice : le Kitāb al-Ijtihād, septième et dernier livre du Jamʿ al-Jawāmiʿ. Al-Zarkashī ouvre son commentaire par une remarque d'architecte : si Subkī a placé ce livre après tous les autres, c'est que l'ijtihād présuppose la connaissance des dalīl-s (Kitāb, Sunna, ijmāʿ, qiyās) et celle du taʿādul wa-l-tarājīḥ — tout ce que les Portes précédentes ont construit. Subkī définit d'abord l'ijtihād : « l'épuisement, par le faqīh, de sa capacité pour obtenir un ẓann portant sur un ḥukm ». Puis il dresse le portrait du mujtahid : un faqīh doué d'intelligence juridique (faqīh al-nafs), de niveau intermédiaire en langue, grammaire, uṣūl et balāgha, connaissant les versets et hadiths des aḥkām — sans obligation de les mémoriser. Viennent ensuite, sur l'autorité de son père al-Shaykh al-Imām Taqī al-Dīn, les conditions de mise en œuvre de l'ijtihād (mawāqiʿ al-ijmāʿ, nāsikh, asbāb al-nuzūl, état des transmetteurs…) — et la liste, tout aussi instructive, de ce qui n'est pas requis.
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« L'ijtihād : l'épuisement, par le faqīh, de sa capacité pour obtenir un ẓann portant sur un ḥukm. Le mujtahid : c'est le faqīh — pubère, doué de raison, doté d'intelligence juridique (faqīh al-nafs), de degré intermédiaire en lexique, langue arabe, uṣūl et rhétorique, [connaissant] ce qui se rapporte aux aḥkām dans le Livre et la Sunna — même s'il n'en mémorise pas les textes. Et l'on requiert, pour la mise en œuvre de l'ijtihād, qu'il connaisse les lieux de l'ijmāʿ afin de ne pas le rompre, l'abrogeant et l'abrogé, les circonstances de la révélation, les conditions du mutawātir et de l'āḥād, de l'authentique et du faible, et l'état des transmetteurs. Ne sont pas requis : le kalām, les ramifications du fiqh, la masculinité ni la liberté — ni, selon l'avis le plus correct, la ʿadāla. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijtihād (ḥaqīqat al-ijtihād wa-shurūṭ al-mujtahid) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 376-379
« Innamā ukhkhira ʿan al-jamīʿ » — « il n'a été placé après tout le reste que parce que l'ijtihād dépend de la connaissance des preuves et de celle du taʿādul wa-l-tarājīḥ », explique Zarkashī en ouverture. Le mujtahid est celui qui active tout l'appareil construit dans les six livres précédents : il lit le Kitāb avec les outils des dalālāt, la Sunna avec la critique du hadith, vérifie qu'il ne heurte pas un ijmāʿ, pratique le qiyās selon ses masālik, et arbitre les conflits selon le tarjīḥ. Notez aussi la place du père de l'auteur dans cette masʾala : « al-Shaykh al-Imām » désigne Taqī al-Dīn al-Subkī, dont Tāj al-Dīn reprend la distinction entre les conditions qui sont des qualités du mujtahid et celles qui conditionnent seulement la mise en œuvre (īqāʿ) de l'ijtihād — distinction déjà esquissée par al-Ghazālī.
Traduction : « L'ijtihād, en langue : déployer sa capacité dans ce qui comporte une peine. Al-Māwardī dit : le mot est tiré du combat de l'âme (jihād al-nafs) et de son labeur dans la quête de ce qui est recherché. Dans la terminologie technique, c'est ce que l'auteur a mentionné ; et par istifrāgh on entend : déployer la totalité de sa puissance, au point que l'âme ressente l'incapacité d'en faire davantage. »
Ibn Abī Hurayra a attribué à al-Shāfiʿī la thèse selon laquelle « l'ijtihād, c'est le qiyās ». Zarkashī rectifie : ce n'est pas exact — Ibn Abī Hurayra a mal compris un passage de la Risāla. Quand al-Shāfiʿī écrit que « le sens de l'ijtihād est le sens du qiyās », il veut dire que l'un et l'autre conduisent à un ḥukm non textuellement énoncé (ghayr manṣūṣ ʿalayh) : convergence de fonction, non identité de nature. L'ijtihād est plus large que le qiyās — il inclut l'examen des dalālāt textuelles, du tarjīḥ, etc.
En mentionnant « al-ʿāqil », Subkī s'offre une digression sur la nature de la raison. Zarkashī recense trois positions :
Au-delà du savoir, il faut la sajiyya : une nature douée pour le fiqh. Al-Ustādh Abū Isḥāq la décrit : la puissance de comprendre opérant par le jamʿ (rapprocher les cas), le tafrīq (les distinguer), le tartīb (ordonner), le taṣḥīḥ et l'ifsād (valider et invalider) — « c'est le pivot du métier » (milāk al-ṣanʿa). Celui qui est marqué par la lenteur d'esprit et l'incapacité à manier les concepts n'est pas apte à l'ijtihād.
Ces conditions, dit le Shaykh al-Imām, valent « pour la mise en œuvre de l'ijtihād, non comme qualité en lui » — c'est pourquoi Subkī les a détachées des précédentes ; al-Ghazālī déjà les traitait comme complétives et non constitutives.
« Pourquoi serait-il absurde d'exiger la connaissance des tafārīʿ al-fiqh comme condition de l'ijtihād — et comment concilier cette exclusion avec la position d'al-Ustādh Abū Isḥāq, qui exigeait "le fiqh", et celle d'al-Ghazālī, pour qui l'ijtihād ne s'acquiert "à notre époque" que par la pratique des furūʿ ? »