L'ijtihād peut-il être partiel ? · Le Prophète ﷺ faisait-il ijtihād ? · Les Compagnons pouvaient-ils en faire de son vivant ?
Trois masāʾil en cascade. D'abord le tajazzuʾ : peut-on être mujtahid dans certaines questions ou disciplines sans l'être dans toutes ? Subkī tranche : « al-ṣaḥīḥ » est que oui — sinon, tout mujtahid connaîtrait tous les aḥkām et leurs fondements ; or Mālik, interrogé sur quarante questions, répondit à trente-six : « je ne sais pas ». Ensuite, la question la plus haute : le Prophète ﷺ lui-même pouvait-il pratiquer l'ijtihād dans ce qui n'a pas fait l'objet de waḥy — et l'a-t-il fait ? Le jumhūr admet la possibilité, et Subkī ajoute deux verrous : un tel ijtihād a eu lieu, et il ne se trompe jamais — formule plus exacte, souligne Zarkashī, que le « il n'est pas maintenu sur l'erreur » d'Ibn al-Ḥājib. Enfin : les Compagnons pouvaient-ils faire ijtihād de son vivant, alors que la source du waḥy coulait encore ? Cinq positions sur la licéité — avec le cas d'école des juges envoyés au loin, ʿAlī et Muʿādh au Yémen — et quatre sur l'occurrence effective.
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« L'avis correct est : la licéité du fractionnement de l'ijtihād ; la licéité de l'ijtihād pour le Prophète ﷺ et son occurrence effective — troisième avis : seulement dans les opinions et les guerres. Et le juste est que son ijtihād — sur lui la prière et la paix — ne se trompe pas ; que l'ijtihād était licite à son époque ﷺ — troisième avis : avec sa permission explicite ; quatrième : pour celui qui est au loin ; cinquième : pour les gouverneurs — et qu'il a effectivement eu lieu — troisième avis : il n'a pas eu lieu pour celui qui était présent ; quatrième : suspension du jugement. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijtihād (tajazzuʾ al-ijtihād ; ijtihād al-Nabī ﷺ wa-l-ṣaḥāba) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 379-380
Le tajazzuʾ n'est pas une subtilité d'école : c'est lui qui rend l'ijtihād praticable après la disparition du mujtahid muṭlaq — un savant peut être mujtahid dans les questions d'héritage sans l'être en rituel. Quant à l'ijtihād du Prophète ﷺ et des Compagnons de son vivant, al-Rāzī jugeait le débat « de peu de fruit » (qalīl al-fāʾida) pour le fiqh ; le Shaykh Ṣadr al-Dīn b. al-Wakīl lui répond par un cas bien concret : celui qui doute de la pureté de deux récipients alors qu'il dispose d'une eau certainement pure — peut-il faire ijtihād entre les deux ? L'avis le plus correct (oui) s'appuie précisément sur la position de ceux qui admettent l'ijtihād du vivant du Prophète ﷺ : si l'ijtihād était licite alors que le naṣṣ était accessible par la révélation, il l'est a fortiori quand un substitut certain existe. « La simple possibilité du naṣṣ ne contredit pas l'ijtihād ; seul le naṣṣ lui-même le contredit. »
Un homme peut atteindre le rang de l'ijtihād « dans certaines masāʾil et non d'autres, dans une discipline (fann) et non une autre ». Conséquence opératoire : là où un tarjīḥ lui apparaît, il suit son propre avis ; là où rien ne lui apparaît, il fait taqlīd.
Traduction : « C'est-à-dire : il est admissible de dire qu'un homme détient le rang de l'ijtihād dans certaines questions et non dans d'autres, dans une discipline et non dans une autre ; quand un tarjīḥ lui apparaît sur un point, il le professe, et quand rien ne lui apparaît, il fait taqlīd. Car si l'ijtihād ne se fractionnait pas, le mujtahid connaîtrait la totalité des aḥkām et de leurs fondements — or Mālik fut interrogé sur quarante questions et répondit pour trente-six : "je ne sais pas". »
Traduction : « Je ne juge entre vous, par mon avis (raʾy), que dans ce au sujet de quoi rien ne m'a été révélé » — rapporté par Abū Dāwūd d'après Umm Salama : deux hommes vinrent trouver le Messager d'Allah ﷺ, se disputant des héritages anciens dont les preuves avaient disparu. Al-Qarāfī s'appuie sur ce hadith pour soutenir que le débat ne concerne que les fatwās : pour les jugements judiciaires (aqḍiya), l'ijtihād prophétique est admis « sans contestation ».
Objection : l'ijtihād n'est légitime qu'à défaut de naṣṣ ; or les prophètes ne manquent jamais de naṣṣ, puisqu'ils peuvent solliciter la révélation (istiṭlāʿ al-waḥy).
Réponse : quand la révélation ne leur vient pas sur un cas, ils sont — pour la recherche du sens des textes — comme les autres mujtahids… à une différence près : « ils se distinguent des autres par la ʿiṣma, l'immunité contre l'erreur ». Cette réserve prépare la masʾala suivante.
« Pourquoi l'interdiction de l'ijtihād est-elle, selon Zarkashī, plus plausible pour les Compagnons du vivant du Prophète ﷺ que pour le Prophète ﷺ lui-même — et pourquoi, malgré cela, l'avis retenu admet-il l'ijtihād des deux ? »