بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Tarjīḥ N°10

التَّرْجِيحُ بَيْنَ الْأَدِلَّةِ

Quand les genres de preuves se rencontrent · L'ijmāʿ sur le naṣṣ · Les deux mutawātir à égalité · Le tarjīḥ des définitions · Clôture du Kitāb VI

Dernière carte de la Porte VII. Après avoir pesé les akhbār entre eux et les qiyās-s entre eux, Subkī affronte les collisions entre genres : ijmāʿ contre naṣṣ — l'ijmāʿ l'emporte, « car le naskh est conjuré à son égard » ; ijmāʿ contre ijmāʿ — celui des Compagnons prime, celui qui inclut les ʿawāmm prime, celui dont la génération s'est éteinte prime ; Kitāb contre Sunna mutawātira — égalité, selon l'avis le plus correct, « car tout vient d'Allāh ». Un appendice original suit : le tarjīḥ des ḥudūd (définitions), du plus connu sur le plus obscur. Puis la phrase qui clôt et ouvre à la fois : « al-murajjiḥāt lā tanḥaṣir, wa-mathāruhā ghalabat al-ẓann » — les facteurs de prééminence sont innombrables, et leur source commune est la prépondérance de la présomption. Le Kitāb VII (al-Ijtihād) peut commencer : Zarkashī le dit expressément, l'ijtihād suppose la maîtrise des preuves et du taʿādul wa-l-tarājīḥ.

وَالْإِجْمَاعُ عَلَى النَّصِّ، وَإِجْمَاعُ الصَّحَابَةِ عَلَى غَيْرِهِمْ، وَإِجْمَاعُ الْكُلِّ عَلَى مَا خَالَفَ فِيهِ الْعَوَامُّ، وَالْمُنْقَرِضُ عَصْرُهُ وَمَا لَمْ يُسْبَقْ بِخِلَافٍ عَلَى غَيْرِهِمَا. وَالْأَصَحُّ تَسَاوِي الْمُتَوَاتِرَيْنِ مِنْ كِتَابٍ أَوْ سُنَّةٍ، وَثَالِثُهَا: السُّنَّةُ، لِقَوْلِهِ تَعَالَى: ﴿لِتُبَيِّنَ﴾ ... وَالْمُرَجِّحَاتُ لَا تَنْحَصِرُ، وَمَثَارُهَا غَلَبَةُ الظَّنِّ، وَسَبَقَ كَثِيرٌ فَلَمْ نُعِدْهُ.

« L'ijmāʿ [prime] le naṣṣ ; l'ijmāʿ des Compagnons [prime] les autres ; l'ijmāʿ de tous [prime] celui que contredisent les gens du commun ; celui dont la génération s'est éteinte, et celui qui n'a pas été précédé d'une divergence, [priment] les deux autres. Et l'avis le plus correct est l'égalité des deux mutawātir — du Livre ou de la Sunna ; troisième avis : la Sunna, à cause de Sa parole : "afin que tu exposes clairement". [...] Et les facteurs de prééminence ne se laissent pas dénombrer : leur source est la prépondérance de la présomption — beaucoup ont déjà été traités, nous ne les répétons pas. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Taʿādul wa-l-tarājīḥ (al-tarjīḥ bayna al-adilla wa-khātimat al-kitāb) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 371-372 et 375

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Une clôture qui est un seuil

Le Kitāb VI s'achève sur un aveu méthodologique majeur : la liste des murajjiḥāt — pourtant la plus longue du Jamʿ al-Jawāmiʿ — est inachevable par principe. « Leur source est la prépondérance du ẓann » : tout ce qui rend un dalīl plus probable que son rival est un murajjiḥ légitime, et Subkī renvoie pour le reste aux chapitres antérieurs — les mafāhīm, la ḥaqīqa (sharʿī, puis ʿurfī, puis lughawī), le conflit qawl/fiʿl du Kitāb al-Sunna, le fāʾ dans le discours du Législateur ou du rāwī faqīh, les degrés du munāsib. La cartographie entière du livre converge donc ici. Et Zarkashī, ouvrant le Kitāb VII, explicite la logique d'ensemble de l'œuvre : « l'ijtihād a été placé après tout le reste, car il dépend de la connaissance des preuves et de la connaissance du taʿādul wa-l-tarājīḥ ». La Porte VII n'était pas un appendice : elle est la dernière marche avant le portrait du mujtahid.

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Vocabulaire essentiel

النَّسْخُ مَأْمُونٌ فِيهِ al-naskh maʾmūn fīh
« Le naskh est conjuré à son égard » : l'ijmāʿ, postérieur à la Révélation, ne peut plus être abrogé — c'est la raison de sa primauté sur le naṣṣ.
الْمُنْقَرِضُ عَصْرُهُ al-munqariḍ ʿaṣruhu
L'ijmāʿ dont la génération s'est éteinte : sa ḥujjiyya fait l'unanimité, contrairement à celui dont l'époque court encore — d'où sa primauté.
مَا لَمْ يُسْبَقْ بِخِلَافٍ mā lam yusbaq bi-khilāf
L'ijmāʿ non précédé d'une divergence : plus fort que celui qui s'est constitué après un débat, dont la validité est discutée. En marge de son exemplaire, Subkī notait les deux autres avis : « l'inverse » et « égalité ».
الْمُتَوَاتِرَانِ al-mutawātirān
Un verset et une sunna mutawātira de même portée sémantique : trois avis sur leur conflit — égalité (al-aṣaḥḥ), le Livre, la Sunna.
الْحُدُودُ السَّمْعِيَّةُ al-ḥudūd al-samʿiyya
Les définitions des notions reçues de la Révélation (par opposition aux définitions rationnelles des quiddités) : elles aussi se pèsent — par clarté, essence, littéralité, conformité au naql.
مَثَارُهَا غَلَبَةُ الظَّنِّ mathāruhā ghalabat al-ẓann
« Leur source est la prépondérance de la présomption » : le principe unique d'où jaillissent tous les murajjiḥāt — c'est pourquoi ils ne se laissent pas dénombrer.
1

L'ijmāʿ prime le naṣṣ — car le naskh est conjuré

Le duel des deux genres majeurs
Livre ou Sunna mutawātira : devant un ijmāʿ contraire, le texte cède — il reste exposé à l'abrogation, l'ijmāʿ non. Avec le débat sur sa possibilité même.
Genres Ijmāʿ > naṣṣ

L'argument et ses limites

  • La règle : on fait primer l'ijmāʿ sur le naṣṣ — qu'il soit Livre ou Sunna mutawātira — « car le naskh est conjuré à son égard » : un texte peut toujours avoir été abrogé, spécifié ou interprété ; l'ijmāʿ, scellé après la clôture de la Révélation, ne le peut plus.
  • Écho à la carte 8 : même argument que pour la ʿilla établie par ijmāʿ — et même contre-argument d'al-Rāzī : l'ijmāʿ est un farʿ du naṣṣ, or la source prime le dérivé ; le Ḥāṣil et le Minhāj ont suivi.
  • L'objection d'Ibn al-Ḥājib et d'al-Hindī : la masʾala est inconcevable entre deux qaṭʿī — entre deux certitudes, ni tarjīḥ ni taʿāruḍ ; elle ne se conçoit qu'entre deux ẓannī.
  • La réplique de Zarkashī : ce qu'ils disent « est irrecevable » (mamnūʿ) tel quel : le taʿāruḍ réel (fī nafs al-amr) de deux ijmāʿ-s est impossible — qu'ils soient ẓannī ou qaṭʿī ; mais le taʿāruḍ apparent (ẓann al-taʿāruḍ) est possible dans les deux registres. La masʾala porte sur l'apparence — elle garde donc son objet, même en régime de certitude.
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Ijmāʿ contre ijmāʿ — la hiérarchie interne

Quatre règles — et une autocritique
Les Compagnons priment, le tout-umma prime, l'éteint prime, le non-précédé de divergence prime — et Zarkashī relève une tension avec le bāb al-ijmāʿ.
Ijmāʿ Hiérarchie

Les quatre règles

  • (1) L'antérieur prime : l'ijmāʿ des Compagnons sur celui des Tābiʿīn, celui des Tābiʿīn sur la génération suivante — rang plus haut, proximité du Prophète ﷺ, et la khayriyya attestée pour les premières générations.
  • (2) L'unanimement reçu prime le disputé : d'où — l'ijmāʿ qui embrasse toute la umma, mujtahidūn et ʿawāmm, prime celui des seuls mujtahidūn. Mais Zarkashī objecte (« wa-laka an taqūl ») : cela heurte ce que Subkī a établi au bāb al-ijmāʿ — que nul ne tient en compte l'avis du commun ! La règle ne vaut donc que comme surcroît rhétorique de consensus.
  • (3) Al-munqariḍ ʿaṣruhu : l'ijmāʿ dont la génération s'est éteinte prime celui dont l'époque court — le premier est unanimement ḥujja, le second discuté (la rétractation reste concevable tant que vit la génération).
  • (4) Mā lam yusbaq bi-khilāf : l'ijmāʿ non précédé d'une divergence prime celui qui s'est fait après un khilāf — la validité de ce dernier est débattue. En marge de son autographe, Subkī notait : « on a dit : le précédé de divergence prime ; on a dit : égalité » — et de ces règles, conclut-il, se déduit le tarjīḥ des autres configurations d'ijmāʿ.
3

Kitāb contre Sunna mutawātira — l'égalité

Trois avis, un choix
« Tout vient d'Allāh » : les deux mutawātir s'équivalent. Contre l'argument de "li-tubayyina", la réponse de Imām al-Ḥaramayn.
Genres Tasāwī

Le débat

Un verset et une sunna mutawātira, de même rang dans la dalāla — condition de la masʾala — se contredisent :

  • (a) Al-aṣaḥḥ — égalité : « le tout vient d'Allāh » (al-kull min ʿind Allāh) : même certitude d'origine, même autorité.
  • (b) Le Livre prime : avis que Imām al-Ḥaramayn juge intenable en pratique (al-taʿadhdhur).
  • (c) La Sunna prime, à cause de « li-tubayyina li-l-nās mā nuzzila ilayhim » — la Sunna est l'exposé du Livre, et l'exposant prime l'exposé. Réponse de Imām al-Ḥaramayn : le verset vise la sunna mufassira (qui explique), non la sunna muʿāriḍa (qui contredit) — « réponse juste », approuve Zarkashī.
  • Pourquoi Subkī précise « min kitāb aw sunna » : pour exclure le conflit de deux sunna-s mutawātira entre elles — là, l'égalité est certaine, sans débat.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
Le passage qui fonde la primauté de l'ijmāʿ — et la phrase de transition vers le Kitāb al-Ijtihād.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — la raison de la primauté

هٰذِهِ الْمَسَائِلُ فِي تَرْجِيحِ بَعْضِ الْإِجْمَاعَاتِ عَلَى بَعْضٍ، وَقَدَّمَ أَوَّلًا أَنَّهُ يُرَجَّحُ الْإِجْمَاعُ عَلَى النَّصِّ، كِتَابًا كَانَ أَوْ سُنَّةً مُتَوَاتِرَةً، لِأَنَّ النَّسْخَ مَأْمُونٌ فِيهِ.

Traduction : « Ces masāʾil portent sur la prééminence de certains ijmāʿ-s sur d'autres. [Le muṣannif] a d'abord établi que l'on fait primer l'ijmāʿ sur le naṣṣ — qu'il s'agisse du Livre ou d'une Sunna mutawātira — parce que le naskh est conjuré à son égard. »

Et la phrase qui ouvre le Kitāb VII

إِنَّمَا أُخِّرَ ‹كِتَابُ الِاجْتِهَادِ› عَنِ الْجَمِيعِ، لِأَنَّ الِاجْتِهَادَ مُتَوَقِّفٌ عَلَى مَعْرِفَةِ الْأَدِلَّةِ وَعَلَى مَعْرِفَةِ التَّعَادُلِ وَالتَّرَاجِيحِ.

Traduction : « Le Livre de l'ijtihād n'a été placé qu'après tout le reste, parce que l'ijtihād dépend de la connaissance des preuves et de la connaissance du taʿādul wa-l-tarājīḥ. »

4

Le tarjīḥ des définitions (ḥudūd)

L'appendice original de la liste
Même les définitions se pèsent : la plus connue, l'essentielle, l'explicite — par le lafẓ ; et la conforme au naql, à la voie d'acquisition la plus forte — par l'externe.
Ḥudūd Appendice

Pourquoi des définitions ici ?

« Ayant achevé les voies du tarjīḥ dans les preuves, il clôt par le tarjīḥ dans les définitions » — explique Zarkashī. Les ḥudūd sont soit rationnelles (définitions des quiddités — hors sujet), soit samʿiyya : reçues de la Révélation, donc transmises, donc susceptibles de force et de faiblesse — donc de tarjīḥ. Deux registres :

  • Par le lafẓ : (a) la définition au définissant plus connu de l'auditeur prime la plus obscure — elle conduit mieux au but du taʿrīf ; (b) la définition par l'essentiel (dhātī) prime celle par l'accidentel (ʿaraḍī) — elle fait concevoir la chose même ; (c) la définition aux termes explicites (ṣarīḥ) prime ; (d) la plus générale prime, pour sa fécondité — « on a dit » : la plus spécifique, son contenu faisant l'unanimité.
  • Par l'externe : (e) la définition conforme au naql — shariʿique ou lexical — prime la non conforme : sa justesse est plus probable ; (f) celle dont la voie d'acquisition est plus forte (qaṭʿī contre ẓannī) prime — car le ḥadd samʿī, étant reçu de la transmission, hérite des forces et faiblesses des voies de transmission elles-mêmes.
5

« Al-murajjiḥāt lā tanḥaṣir » — la clôture du Kitāb VI

Le principe générateur et les renvois
Les facteurs de prééminence sont innombrables ; leur source unique : la prépondérance du ẓann. Subkī renvoie à cinq chapitres antérieurs.
Clôture Ghalabat al-ẓann

Le principe et les cinq renvois

La dernière phrase du Kitāb VI n'est pas une formule de politesse : elle énonce le principe générateur de tout le chapitre. Puisque le tarjīḥ ne fait que suivre la prépondérance du ẓann, tout ce qui accroît la probabilité d'un dalīl est un murajjiḥ — la liste est ouverte par nature. Et Subkī économise les redites : « beaucoup a déjà été traité, nous ne le répétons pas ». Zarkashī déplie les renvois :

  • Les mafāhīm : la hiérarchie entre types de mafhūm — vue au bāb al-mafhūm.
  • La ḥaqīqa : primauté du sens shariʿique, puis usuel, puis lexical — vue au bāb al-ḥaqīqa.
  • Le conflit qawl / fiʿl : traité au Kitāb al-Sunna (carte Sunna 13).
  • Le fāʾ dans le discours du Législateur ou du rāwī faqīh : vu aux masālik al-ʿilla.
  • Les degrés du munāsib (ḍarūrī, ḥājī, taḥsīnī...) : vus au faṣl de la munāsaba — « et ainsi de suite ».
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À retenir

5 principes essentiels
La clôture du Kitāb VI — à fixer avant d'entrer dans la Porte VIII.
  • L'ijmāʿ prime le naṣṣ — Livre ou Sunna mutawātira — car « le naskh est conjuré à son égard » ; et le taʿāruḍ réel de deux ijmāʿ-s est impossible, seul son apparence se gère
  • Hiérarchie des ijmāʿ-s : Compagnons > Tābiʿīn ; le tout-umma ; al-munqariḍ ʿaṣruhu ; le non-précédé de khilāf — l'unanimement reçu prime le disputé
  • Les deux mutawātir s'équivalent (al-aṣaḥḥ) : « tout vient d'Allāh » ; l'argument de "li-tubayyina" ne vaut que pour la sunna mufassira, non muʿāriḍa
  • Même les définitions se pèsent : plus connue, essentielle, explicite — et conforme au naql, à la voie d'acquisition la plus forte
  • « Al-murajjiḥāt lā tanḥaṣir, wa-mathāruhā ghalabat al-ẓann » — liste ouverte par principe ; et l'ijtihād, dit Zarkashī, dépend de la connaissance des preuves et du taʿādul wa-l-tarājīḥ
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question de synthèse — clôture de la Porte VII.

Question

« Ibn al-Ḥājib et al-Hindī soutiennent que le tarjīḥ entre deux ijmāʿ-s n'est concevable qu'entre deux ẓannī, jamais entre deux qaṭʿī. Zarkashī répond que leur position est "mamnūʿ". Reconstituez sa distinction entre le taʿāruḍ fī nafs al-amr et le ẓann al-taʿāruḍ, et montrez en quoi elle sauve la masʾala de Subkī. Puis expliquez pourquoi la phrase finale — mathāruhā ghalabat al-ẓann — résume tout le Kitāb VI. »

🧠 Grille mnémotechnique

1
IJMĀʿ > NAṢṢ
naskh maʾmūn fīh
2
IJMĀʿ vs IJMĀʿ
ṣaḥāba · munqariḍ
l'unanime > le disputé
3
2 MUTAWĀTIR
tasāwī
al-kull min ʿind Allāh
4
CLÔTURE
lā tanḥaṣir
mathāruhā ghalabat al-ẓann