La prophétie et sa preuve · Le miracle et ses conditions · Karāma des saints et irhāṣ — l'exemple de Maryam
Après les masāʾil du qadar (cartes 10-11), la khātima de Jamʿ al-Jawāmiʿ aborde les nubuwwāt : Dieu a envoyé Ses messagers munis de miracles éclatants. Subkī condense en quelques lignes tout l'édifice : l'envoi des messagers comme fait établi par le tawātur des miracles, les privilèges du Prophète Muḥammad ﷺ (sceau des prophètes, envoyé à toute la création, le meilleur de tous les mondes), puis la définition technique de la muʿjiza — un fait qui rompt la coutume, lié à la revendication de prophétie (taḥaddī), sans riposte possible. Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, déploie cette définition : chaque mot exclut un cas voisin — la karāma du saint (pas de taḥaddī), l'irhāṣ qui précède la mission, la magie (qui peut être contrée), et même le « prodige démenti » par son propre contenu. Le cas de Maryam, dont les prodiges sont rapportés en masse alors qu'elle n'est pas prophétesse selon la majorité, sert de pierre de touche à tout le système.
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« Le Seigneur — exalté soit-Il — a envoyé Ses messagers avec les miracles éclatants. Il a réservé à Muḥammad ﷺ d'être le sceau des prophètes, l'envoyé à toute la création, celui qui est privilégié sur tous les mondes ; après lui [viennent] les prophètes, puis les anges — paix sur eux. La muʿjiza est un fait qui rompt la coutume, joint au taḥaddī, sans qu'il y ait de riposte ; et le taḥaddī, c'est la revendication [de la prophétie]. Et les karāmāt des saints sont une vérité. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Khātima (nubuwwāt) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 418-421 et 429-431
Tout l'édifice des uṣūl al-fiqh repose sur l'autorité de la révélation : Livre, Sunna, ijmāʿ, qiyās n'ont de valeur que si la prophétie est établie. C'est pourquoi Subkī, refermant son livre sur l'ijtihād, insère ce credo : ce que le mujtahid manipule n'est contraignant que parce qu'un Prophète véridique l'a transmis. Zarkashī rapporte ici le taḥqīq : l'argument de Dieu sur Ses créatures est double — un argument caché (Sa science et Sa sagesse) et un argument manifeste, qui ne s'établit que par les messagers : ﴾ لِئَلَّا يَكُونَ لِلنَّاسِ عَلَى اللَّهِ حُجَّةٌ بَعْدَ الرُّسُلِ ﴿. D'où la réfutation des Barāhima, qui prétendaient la raison suffisante : il existe des situations où la raison seule ne tranche rien — il faut alors la révélation pour lever le litige. La preuve de la véracité du messager, c'est précisément la muʿjiza : un acte que Dieu seul peut produire, survenant exactement selon la revendication du prophète, tient lieu de parole divine : « Mon serviteur dit vrai. »
Fait partie de ce qu'il faut croire : l'envoi des prophètes — paix et bénédictions sur eux —, connu par le tawātur de l'apparition des miracles manifestes et des signes éclatants entre leurs mains. Zarkashī ajoute le raisonnement : si Dieu n'avait pas envoyé de messagers, Son argument manifeste ne serait pas dressé contre Ses créatures — d'où ﴾ لِئَلَّا يَكُونَ لِلنَّاسِ عَلَى اللَّهِ حُجَّةٌ بَعْدَ الرُّسُلِ ﴿ (al-Nisāʾ, 165).
Traduction : « Sa parole "joint au taḥaddī", c'est-à-dire à la revendication de la prophétie : on exige que le miracle ne précède pas sa revendication ni ne la suive — afin d'exclure les karāmāt, car elles ne s'accompagnent pas de taḥaddī, et d'exclure l'irhāṣ, qui est le signe indiquant la mission du Prophète ﷺ avant la mission, comme la lumière apparue au front de ʿAbd Allāh, père du Prophète ﷺ. »
Le statut de Maryam est le nœud du dossier. Pour le jumhūr, elle n'est pas prophétesse : ﴾ وَأُمُّهُ صِدِّيقَةٌ ﴿ — si elle avait été prophétesse, le Coran n'aurait pas délaissé le titre le plus élevé pour un titre moindre, la nubuwwa étant supérieure à la ṣiddīqiyya par ijmāʿ. Al-Nawawī a même revendiqué l'ijmāʿ sur la négation — mais Zarkashī corrige : al-Qurṭubī attribue la nubuwwa de Maryam « au jumhūr » [des exégètes], en arguant que les anges lui ont parlé par waḥy. L'origine de la méprise : Imām al-Ḥaramayn (Irshād) a revendiqué l'ijmāʿ pour les gens de la Caverne, puis dit « et de même Maryam » — Nawawī a cru à un ijmāʿ. La position dépend en réalité de la définition : si le nabī est « celui qui reçoit une révélation », la thèse se défend ; si l'on exige la révélation d'une loi (définition d'al-Ḥalīmī), Maryam n'est pas prophétesse — et ses prodiges sont des karāmāt (ou, pour les Muʿtazilites, un irhāṣ pour ʿĪsā).
« Les prodiges de Maryam — la nourriture du miḥrāb — rompent la coutume et nul n'a pu les contrer. Pourquoi ne sont-ils pas une muʿjiza ? Et pourquoi les Muʿtazilites, qui nient les karāmāt, ont-ils dû les requalifier en irhāṣ — et de quoi exactement ? »