بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Ijtihād N°13

السَّمْعِيَّاتُ

Ce que seule la révélation fait connaître · Tombe, rassemblement, ṣirāṭ, balance · Le croyant fautif sous la mashīʾa — qui entre en Enfer et qui en sort

Les samʿiyyāt sont les réalités de l'au-delà que la raison ne peut ni établir ni exclure : seul le samʿ — l'audition de la révélation — les fait connaître. La raison en juge la possibilité ; le texte en atteste l'occurrence ; il devient alors obligatoire d'y croire. Subkī aligne le credo ashʿarite : le châtiment de la tombe, l'interrogatoire des deux anges, le rassemblement, le pont, la balance « sont une vérité » ; le Paradis et l'Enfer « sont créés dès aujourd'hui » ; la résurrection des corps après leur anéantissement « est une vérité ». Et au cœur du dossier, la masʾala qui sépare ahl al-sunna des Muʿtazilites : le croyant mort sur un grand péché n'est pas voué à l'Enfer éternel — il est sous la volonté divine (taḥta al-mashīʾa) : châtié puis introduit au Paradis, ou pardonné d'emblée par pure grâce ou par la shafāʿa. Al-Zarkashī déroule les textes : « Dieu fait sortir du Feu des gens, par l'intercession » — et il recense les six intercessions du Prophète ﷺ.

وَالْمَيِّتُ مُؤْمِنًا فَاسِقًا تَحْتَ الْمَشِيئَةِ: إِمَّا أَنْ يُعَاقَبَ ثُمَّ يَدْخُلَ الْجَنَّةَ، وَإِمَّا أَنْ يُسَامَحَ بِمَجَرَّدِ فَضْلِ اللَّهِ أَوْ مَعَ الشَّفَاعَةِ. وَنَعْتَقِدُ أَنَّ عَذَابَ الْقَبْرِ وَسُؤَالَ الْمَلَكَيْنِ وَالْحَشْرَ وَالصِّرَاطَ وَالْمِيزَانَ حَقٌّ، وَالْجَنَّةُ وَالنَّارُ مَخْلُوقَتَانِ الْيَوْمَ، وَالْمَعَادُ الْجُسْمَانِيُّ بَعْدَ الْإِعْدَامِ حَقٌّ.

« Celui qui meurt croyant mais fautif est sous la volonté [divine] : ou bien il est châtié puis entre au Paradis, ou bien il est gracié — par la seule faveur de Dieu, ou avec l'intercession. Nous croyons que le châtiment de la tombe, l'interrogatoire des deux anges, le rassemblement, le pont et la balance sont une vérité ; que le Paradis et l'Enfer sont créés dès aujourd'hui ; et que le retour corporel, après l'anéantissement, est une vérité. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Khātima (samʿiyyāt) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 423-426 et 433-437

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Une méthode : la possibilité par la raison, l'occurrence par le texte

Le fil conducteur de toutes ces masāʾil est méthodologique. Pour chaque réalité de l'au-delà, le raisonnement est en deux temps : (1) la raison montre qu'elle est possible — aucune contradiction interne ; (2) le texte authentique en atteste l'occurrence — il devient alors obligatoire d'y croire telle quelle. C'est la formule de Zarkashī sur le châtiment de la tombe : « la masʾala est samʿiyya : la foi y est donc obligatoire ». Inversement, les négations muʿtazilites procèdent toujours d'un principe rationnel posé avant le texte : « pas de vie sans structure corporelle » (contre le châtiment de la tombe), « les actes sont des accidents, ils ne se pèsent pas » (contre la balance), « créer le Paradis avant qu'on en ait besoin est vain » (contre sa création actuelle), « le fautif mérite nécessairement le châtiment, le pardon est impossible » (contre la mashīʾa et la shafāʿa). À chaque fois, la réponse ashʿarite déconstruit le prétendu impossible — puis laisse parler le texte. Sur la kayfiyya en revanche, la retenue est de mise : on s'en tient à ce qui est authentifié, comme le retour de l'esprit au corps dans la tombe (ḥadīth d'al-Barāʾ b. ʿĀzib).

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Vocabulaire essentiel

سَمْعِيَّات samʿiyyāt
Réalités connues uniquement par « l'audition » de la révélation : la raison en juge la possibilité, le texte en impose la croyance.
عَذَابُ الْقَبْرِ ʿadhāb al-qabr
Châtiment de la tombe : le mort est rendu à la vie dans sa tombe et y est châtié — ijmāʿ des salaf, aḥādīth en tawātur.
الصِّرَاطُ al-ṣirāṭ
Pont jeté au-dessus de la Géhenne, que franchissent toutes les créatures — pris selon son sens apparent, sans taʾwīl.
الْمِيزَانُ al-mīzān
Balance à deux plateaux et un fléau où sont pesées les œuvres — soit leurs feuillets, soit les œuvres elles-mêmes si l'on admet le retour des accidents.
تَحْتَ الْمَشِيئَةِ taḥta al-mashīʾa
« Sous la volonté [divine] » : statut du croyant mort fautif — Dieu le châtie ou lui pardonne, contre le « khulūd » muʿtazilite.
شَفَاعَة shafāʿa
Intercession. Le Prophète ﷺ est « le premier intercesseur et le premier exaucé » ; la troisième de ses intercessions fait sortir du Feu des muwaḥḥidūn.
1

Le châtiment de la tombe — ijmāʿ des salaf et réplique aux Muʿtazilites

عَذَابُ الْقَبْرِ حَقٌّ
Le mort est rendu à la vie et châtié dans sa tombe : Coran, tawātur des aḥādīth, et réfutation de l'argument « pas de vie sans structure corporelle ».
Barzakh Ijmāʿ

Les preuves

  • Coran : ﴾ النَّارُ يُعْرَضُونَ عَلَيْهَا غُدُوًّا وَعَشِيًّا ﴿ — c'est-à-dire dans le barzakh, puisque vient ensuite : ﴾ وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ أَدْخِلُوا آلَ فِرْعَوْنَ أَشَدَّ الْعَذَابِ ﴿ ; et sur les hypocrites : ﴾ سَنُعَذِّبُهُمْ مَرَّتَيْنِ ثُمَّ يُرَدُّونَ إِلَى عَذَابٍ عَظِيمٍ ﴿.
  • Sunna : dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, le verset ﴾ يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ ﴿ « est descendu au sujet du châtiment de la tombe » ; et : « il m'a été révélé que vous serez éprouvés dans vos tombes, d'une épreuve proche de celle du Dajjāl ». Les aḥādīth sont en tawātur, et le Prophète ﷺ en demandait protection.
  • L'objection muʿtazilite : la vie exigerait une structure corporelle (bunya) ; le cadavre décomposé n'est plus vivant, et « le mort ne souffre pas ». Réponse : simple jugement d'invraisemblance ; rien n'empêche Dieu de créer la vie même dans une partie du corps. Zarkashī note d'ailleurs que ʿAbd al-Jabbār lui-même (Ṭabaqāt) récuse l'attribution du déni aux Muʿtazilites : le vrai négateur fut Ḍirār b. ʿAmr.
  • L'objection « empiriste » : on observe le mort des jours durant sans rien voir. Réponse : ne pas voir n'est pas ne pas être — les anges et les jinns nous sont voilés, et Jibrīl descendait sur le Prophète ﷺ en présence des Compagnons sans qu'ils le voient.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
La formule qui résume toute la méthode : la masʾala est samʿiyya, donc la foi y est obligatoire.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf

أَمَّا عَذَابُ الْقَبْرِ فَأَجْمَعَ سَلَفُ الْأُمَّةِ عَلَى أَنَّ الْمَيِّتَ يَحْيَا فَيُعَذَّبُ فِي قَبْرِهِ، وَهُوَ مِنْ لَوَازِمِ الْقَوْلِ بِبَقَاءِ النَّفْسِ بَعْدَ الْبَدَنِ... وَتَوَاتَرَتِ الْأَحَادِيثُ، وَاسْتَعَاذَ النَّبِيُّ ﷺ مِنْهُ، وَالْمَسْأَلَةُ سَمْعِيَّةٌ فَوَجَبَ الْإِيمَانُ بِهِ.

Traduction : « Quant au châtiment de la tombe : les salaf de la communauté ont fait ijmāʿ sur le fait que le mort est rendu à la vie puis châtié dans sa tombe — c'est d'ailleurs un corollaire de la thèse de la subsistance de l'âme après le corps... Les aḥādīth en sont parvenus par tawātur, le Prophète ﷺ en demandait protection ; et la masʾala est samʿiyya : la foi y est donc obligatoire. »

Trois apports majeurs du commentaire

  • L'interrogatoire des deux anges : ḥadīth d'Anas dans les deux Ṣaḥīḥ — le mort « entend le claquement de leurs sandales » quand ses proches s'en retournent ; deux anges le font asseoir : « Que disais-tu de cet homme ? » Le croyant répond : « J'atteste qu'il est le serviteur de Dieu et Son messager » — on lui montre sa place du Feu échangée contre une place du Paradis. L'hypocrite répond : « Je ne sais pas ; je disais ce que les gens disaient. » Al-Tirmidhī nomme les deux anges : Munkar et Nakīr ; Ibn Yūnus précise : pour l'obéissant, ce sont Mubashshir et Bashīr. Al-Ḥalīmī conjecture qu'il s'agit de groupes d'anges dont chaque paire est dépêchée vers un mort.
  • Le non-enterré est aussi interrogé : la mention de la tombe suit le cas le plus fréquent ; le noyé, le brûlé, le dévoré subissent l'interrogatoire « quel que soit l'état de leur mort » — épreuve de Dieu, l'une des étapes de l'au-delà. Exception : le shahīd — dans le Ṣaḥīḥ de Muslim : « l'éclair des sabres lui suffit comme témoignage » (كَفَى بِبَارِقَةِ السُّيُوفِ شَاهِدًا).
  • L'objection sur l'entrée des anges dans la tombe scellée : les anges n'ont pas l'épaisseur des fils d'Ādam ; leur être les rend capables de pénétrer les lieux autrement que nous — de même qu'il est rapporté que « le shayṭān circule dans le fils d'Ādam comme le sang ».
2

Ḥashr, ṣirāṭ, mīzān — les étapes du Jour

وَالْحَشْرُ وَالصِّرَاطُ وَالْمِيزَانُ حَقٌّ
Le rassemblement des corps contre les philosophes ; le pont pris selon son apparence ; la balance et la sagesse de la pesée.
Eschatologie Samʿ

Le rassemblement (ḥashr)

Abū al-Khayr al-Ṭālaqānī (al-ʿUrwa al-wuthqā) en distingue deux sens : (a) la revivification après la mort et la réunion après la dispersion — ﴾ وَحَشَرْنَاهُمْ فَلَمْ نُغَادِرْ مِنْهُمْ أَحَدًا ﴿ ; (b) une création et un retour après le pur néant. Les deux sont rationnellement possibles ; le samʿ penche en apparence pour le premier — ainsi le ḥadīth de l'homme qui fit disperser ses cendres en mer et sur terre : Dieu ordonna à chaque lieu de « rendre ce qu'il avait pris », « puis dit : sois ! — et voici un homme debout » (Bukhārī et Muslim). Le ḥashr des corps est une vérité, contre les philosophes qui le réduisaient au rassemblement des esprits : les textes du Coran et de la Sunna sont en tawātur sur la résurrection corporelle.

Le pont (ṣirāṭ)

  • Les aḥādīth authentiques abondent ; il est pris selon son apparence, sans taʾwīl — « un pont jeté au-dessus de la Géhenne, que franchissent toutes les créatures, inégalement rapides dans leur passage » (les deux Ṣaḥīḥ).
  • Sa sagesse : faire éprouver au croyant l'immensité de la grâce de la délivrance — le Paradis n'en est que plus doux — et redoubler le regret des négateurs, après que tous ont partagé le « wurūd ».
  • « Plus fin qu'un cheveu, plus tranchant qu'un sabre » : al-Bayhaqī ne l'a pas trouvé dans les rapports authentiques [en marfūʿ] ; Zarkashī signale toutefois la version de Muslim d'après Abū Saʿīd : « il m'est parvenu que... ». Al-Ḥalīmī harmonise : la finesse du cheveu dit la subtilité du passage, le tranchant du sabre la célérité — la facilité ou la difficulté du franchissement suit les obéissances et les désobéissances.

La balance (mīzān)

  • Une balance réelle, à deux plateaux et un fléau, où sont pesées les œuvres — Livre et Sunna l'attestent ; les Muʿtazilites l'ont niée.
  • Comment peser des accidents ? Ou bien l'on pèse les feuillets (ṣuḥuf) où les œuvres sont consignées ; ou bien les accidents eux-mêmes — si l'on admet, avec al-Ashʿarī, la possibilité de leur retour à l'existence (voir le dossier du maʿād).
  • Sagesse de la pesée : faire connaître aux serviteurs la mesure de leurs œuvres — que l'obéissant sache que les degrés obtenus relèvent de la grâce de Dieu, non du seul mérite ; que le coupable vérifie que son châtiment reste en deçà de ce qu'il a commis : Dieu ne lèse personne.
3

Le croyant fautif — sous la mashīʾa, non dans l'Enfer éternel

وَالْمَيِّتُ مُؤْمِنًا فَاسِقًا تَحْتَ الْمَشِيئَةِ
Contre le khulūd muʿtazilite : Dieu châtie ou pardonne — et le fisq ne fait pas sortir de la foi.
Waʿd/waʿīd Mashīʾa

Deux principes liés

  • Le fisq n'annule pas la foi : ahl al-sunna sont unanimes — le croyant ne sort pas de la foi par un grand péché, tant qu'il n'en croit pas la licéité. Les Khārijites le déclarent kāfir ; les Muʿtazilites inventent la « manzila bayna al-manzilatayn » (ni croyant ni mécréant) — cohérente avec leur définition de la foi par les œuvres, mais sans appui : ﴾ وَإِنْ طَائِفَتَانِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ اقْتَتَلُوا ﴿ nomme croyants ceux-là mêmes dont l'une des troupes commet l'injustice.
  • Son sort dans l'au-delà : pour les Muʿtazilites, mort sans tawba sur son grand péché, il est éternellement en Enfer — corollaire de leur principe : le châtiment du fautif serait obligatoire pour Dieu et le pardon impossible. Pour ahl al-sunna, il est sous la mashīʾa : ﴾ إِنَّ اللَّهَ لَا يَغْفِرُ أَنْ يُشْرَكَ بِهِ وَيَغْفِرُ مَا دُونَ ذَٰلِكَ لِمَنْ يَشَاءُ ﴿ — et la promesse divine ne souffre pas de démenti.
  • Le ḥadīth de la bayʿa (Ṣaḥīḥ) : « ...qui commet l'une de ces fautes et en est puni ici-bas, c'est une expiation ; qui en commet une et que Dieu couvre, son cas revient à Dieu : s'Il veut, Il lui pardonne ; s'Il veut, Il le châtie. »
  • Et si châtiment il y a, il n'est pas perpétuel : al-Bayhaqī — « les aḥādīth sont en tawātur sur le fait que le croyant n'est pas éternisé dans le Feu pour ses péchés » ; reste inconnue la durée du séjour, et inconnu celui que l'intercession atteindra d'emblée. D'où la double crainte et espérance : « le péché est d'une gravité immense — et notre Seigneur est Pardonnant, Miséricordieux ; et Son châtiment est douloureux. »
4

La shafāʿa — qui sort du Feu parmi les muwaḥḥidūn

أَوَّلُ شَافِعٍ وَأَوَّلُ مُشَفَّعٍ
Le Prophète ﷺ, premier intercesseur ; les six intercessions ; « Dieu fait sortir du Feu des gens, par l'intercession ».
Shafāʿa Muwaḥḥidūn

Le premier intercesseur — et les six intercessions

Dans les deux Ṣaḥīḥ, par plusieurs voies : « Je serai le premier intercesseur et le premier exaucé ». C'est la shafāʿa ʿuẓmā, pour l'ensemble des créatures du rassemblement — hâter le jugement et les délivrer de l'angoisse de la station : le maqām maḥmūd, propre à notre Prophète ﷺ selon al-Bayhaqī, sans contestation. Zarkashī énumère ensuite les intercessions du Prophète ﷺ :

  • 1. En faveur de gens qui entrent au Paradis sans jugement (propre à lui selon al-Nawawī ; Ibn Daqīq al-ʿĪd suspend son avis sur l'exclusivité).
  • 2. En faveur de gens qui avaient mérité le Feu, pour qu'ils n'y entrent pas — « j'ai mis en réserve mon invocation comme intercession pour ma communauté : elle atteindra, si Dieu veut, quiconque de ma communauté meurt sans rien Lui associer » (Muslim).
  • 3. En faveur de ceux des muwaḥḥidūn entrés dans le Feu — voir ci-dessous.
  • 4. Pour l'élévation des degrés des gens du Paradis.
  • 5. L'allègement pour certains mécréants — propre à lui, comme pour Abū Ṭālib.
  • 6. L'allègement du châtiment de la tombe — le ḥadīth des deux tombes et des deux rameaux.

La sortie du Feu des muwaḥḥidūn

فِي الصَّحِيحَيْنِ: «إِنَّ اللَّهَ يُخْرِجُ قَوْمًا مِنَ النَّارِ بِالشَّفَاعَةِ» وَصَحَّحَ الْحَاكِمُ حَدِيثَ: «شَفَاعَتِي لِأَهْلِ الْكَبَائِرِ مِنْ أُمَّتِي».

Al-Ḥākim commente : ce ḥadīth « rabat les innovateurs » qui réservaient l'intercession aux fautes mineures. Al-Bayhaqī précise : à cette troisième intercession participent, après lui ﷺ, les prophètes, les anges et les ṣiddīqūn. Les Muʿtazilites nient la shafāʿa pour les fautifs — par cohérence avec leur principe du châtiment obligatoire ; al-Dāraquṭnī rapporte d'Anas : « qui dément l'intercession n'y aura point de part ».

5

Paradis et Enfer créés dès aujourd'hui — et le retour corporel

مَخْلُوقَتَانِ الْيَوْمَ · الْمَعَادُ الْجُسْمَانِيُّ حَقٌّ
« Uʿiddat » au passé ; Ādam habita le Paradis. Et la résurrection des corps après l'anéantissement, contre les philosophes.
Janna/Nār Maʿād

Créés dès maintenant

  • Preuves : ﴾ وَجَنَّةٍ عَرْضُهَا السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ أُعِدَّتْ لِلْمُتَّقِينَ ﴿ — le néant n'a pas de « largeur », et « uʿiddat » est un accompli ; de même ﴾ أُعِدَّتْ لِلْكَافِرِينَ ﴿ pour le Feu. S'y ajoutent : la demeure d'Ādam au Paradis et sa sortie ; le palais vu pour ʿUmar ; ʿAmr b. Luḥayy vu « traînant ses entrailles dans le Feu ».
  • Les négateurs : une fraction des Muʿtazilites — ʿAbd al-Jabbār, Abū Hāshim : les créer avant qu'on en ait besoin serait ʿabath (vain). Réponse : nullement — il y a là incitation et dissuasion (targhīb wa-tarhīb) ; et les textes décisifs montrent que Dieu a déjà fait entrer des serviteurs au Paradis (les shahīds) et d'autres au Feu (les gens de Pharaon) ; l'ijmāʿ précédait l'apparition de ces innovateurs.

Le maʿād jasmānī

  • Tous les messagers l'ont annoncé — contre la prétention de certains philosophes le réservant à Muḥammad et ʿĪsā : ﴾ وَاللَّهُ أَنْبَتَكُمْ مِنَ الْأَرْضِ نَبَاتًا ثُمَّ يُعِيدُكُمْ فِيهَا وَيُخْرِجُكُمْ إِخْرَاجًا ﴿ (Nūḥ).
  • Le mot d'al-Rāzī (al-Arbaʿīn) : « concilier la négation du retour corporel et l'affirmation que le Coran est vrai est impossible : les textes du Livre et de la Sunna en sont parvenus par un tawātur qui ne souffre aucun doute. »
  • Les quatre analogies coraniques : (a) la reprise sur le commencement — ﴾ كَمَا بَدَأْنَا أَوَّلَ خَلْقٍ نُعِيدُهُ ﴿ ; (b) l'a fortiori de la création des cieux et de la terre — ﴾ أَوَلَيْسَ الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ بِقَادِرٍ عَلَى أَنْ يَخْلُقَ مِثْلَهُمْ ﴿ ; (c) la revivification de la terre par la pluie — ﴾ وَكَذَٰلِكَ تُخْرَجُونَ ﴿ ; (d) le feu tiré de l'arbre vert — réponse à Ubayy b. Khalaf et ses os friables : ﴾ قُلْ يُحْيِيهَا الَّذِي أَنْشَأَهَا أَوَّلَ مَرَّةٍ ﴿.
  • « Après l'anéantissement » : les tenants du maʿād divergent — Dieu anéantit-Il les essences puis les ramène (le plus correct, et l'avis du plus grand nombre), ou disperse-t-Il les parties élémentaires puis les recompose ? Al-Āmidī : les deux sont possibles, le samʿ n'impose ni l'un ni l'autre. Les philosophes nient la possibilité même du retour de ce qui s'est anéanti — et c'est pour cette négation du ḥashr des corps qu'ils sont jugés en dehors de ce que la révélation rend indiscutable.
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À retenir

5 principes essentiels
L'essentiel des samʿiyyāt avant d'aborder anges et Compagnons.
  • Méthode des samʿiyyāt : la raison juge la possibilité, le texte atteste l'occurrence, la croyance devient obligatoire — sans spéculer sur la kayfiyya au-delà du texte authentifié
  • ʿAdhāb al-qabr et suʾāl al-malakayn : ijmāʿ des salaf, tawātur des aḥādīth ; le mort revit dans sa tombe (retour de l'esprit, ḥadīth d'al-Barāʾ) ; le shahīd est dispensé de l'interrogatoire
  • Ḥashr des corps, ṣirāṭ pris selon son apparence, mīzān à deux plateaux — pesée des feuillets ou des œuvres elles-mêmes
  • Le croyant fautif est sous la mashīʾa : châtié puis sauvé, ou pardonné — par grâce ou par shafāʿa ; « Dieu fait sortir du Feu des gens par l'intercession » ; « mon intercession est pour les gens des kabāʾir de ma communauté »
  • Janna et Nār existent déjà (uʿiddat) ; le maʿād jasmānī après l'anéantissement est une vérité — nier le retour des corps tout en tenant le Coran pour vrai est impossible (al-Rāzī)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question pour vérifier la maîtrise du dossier mashīʾa-shafāʿa.

Question

« Pourquoi la négation muʿtazilite de la shafāʿa pour les gens des grands péchés n'est-elle pas une simple divergence de détail, mais le corollaire nécessaire de leur principe sur le waʿīd ? Et quel principe ashʿarite, en amont, rend au contraire possible à la fois la mashīʾa, le pardon sans châtiment et la sortie du Feu ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
QABR
ʿadhāb + suʾāl
samʿiyya → īmān wājib
2
JOUR
ḥashr · ṣirāṭ · mīzān
corps ressuscités, pont, pesée
3
FĀSIQ
taḥta al-mashīʾa
châtié ou pardonné — pas de khulūd
4
SHAFĀʿA
6 intercessions
« yukhrij qawman min al-nār »