La nature des anges et la grande mufāḍala · L'ordre des quatre califes · L'innocence de ʿĀʾisha et la retenue sur les différends des ṣaḥāba
Deux dossiers d'apparence hétérogène, que la khātima relie par une même question : comment hiérarchiser ce que Dieu a honoré ? D'abord les anges : créatures de lumière, sans épaisseur corporelle, qui pénètrent les lieux autrement que nous ; le matn les place après les prophètes — position d'al-Ashʿarī et du jumhūr, contre les Muʿtazilites mais aussi contre des ashʿarites de poids (al-Bāqillānī, al-Ḥalīmī, al-Rāzī dans les Maʿālim, Abū Shāma) : Zarkashī déploie jusqu'à cinq positions, et retient avec al-Bayhaqī que « l'affaire est aisée » — elle ne fait pas partie du credo obligatoire. Ensuite les Compagnons : le meilleur de la communauté après son Prophète ﷺ est Abū Bakr son khalīfa, puis ʿUmar, puis ʿUthmān, puis ʿAlī ; l'innocence de ʿĀʾisha est proclamée par le Coran lui-même ; et sur ce qui éclata entre les ṣaḥāba, la voie des « précautionneux d'ahl al-sunna » : l'imsāk — retenir sa langue, tenir tous pour rétribués selon leur ijtihād, sans taire pour autant qu'il y eut un côté dans l'erreur.
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« Après lui [viennent] les prophètes, puis les anges — paix sur eux... Nous croyons que le meilleur de la communauté après son Prophète Muḥammad ﷺ est Abū Bakr, son khalīfa, puis ʿUmar, puis ʿUthmān, puis ʿAlī — commandeurs des croyants, que Dieu les agrée — ; [nous croyons] l'innocence de ʿĀʾisha de tout ce dont elle fut calomniée ; et nous nous abstenons [de juger] ce qui s'est passé entre les Compagnons, et nous les tenons tous pour rétribués. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Khātima (anges et ṣaḥāba) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 419-420 et 433-441
Zarkashī fait ici une observation méthodologique précieuse : toutes les masāʾil de la khātima n'engagent pas au même degré. La mufāḍala anges/prophètes ? Al-Bayhaqī, après avoir rapporté les arguments des deux camps, conclut : « l'affaire est aisée ; elle n'a d'autre utilité que de connaître la chose telle qu'elle est » — Zarkashī en déduit qu'elle ne fait pas partie de ce que la ʿaqīda rend obligatoire, « contrairement à ce que suggère la démarche de l'auteur » qui l'a placée dans le credo. À l'inverse, la primauté d'Abū Bakr fait l'objet d'un ijmāʿ rapporté par Abū Manṣūr al-Samʿānī puis par Ibn ʿAbd al-Barr — seuls les Rāfiḍites s'en écartent — ; et l'innocence de ʿĀʾisha est d'un cran plus haut encore : établie par le texte même du Coran, au point que la calomnier après cela est un kufr (Ṣāḥib al-Kāfī). Le bon élève de la khātima apprend donc deux choses à la fois : le contenu des positions — et leur poids épistémologique respectif : ijmāʿ, naṣṣ, ou simple tarjīḥ discuté.
Traduction : « Quant à la supériorité des prophètes sur les anges, c'est le credo d'al-Ashʿarī et du jumhūr de ses compagnons... Parmi les meilleures preuves : la parole du Très-Haut, après la mention d'un groupe de prophètes — "et chacun, Nous l'avons préféré aux mondes" — or les anges font partie des mondes : cela montre qu'ils [les prophètes] leur sont supérieurs. »
« Le matn dit : "nous nous abstenons de juger ce qui s'est passé entre les Compagnons et nous les tenons tous pour rétribués" — et pourtant Zarkashī rapporte la certitude (qaṭʿ) que ceux qui combattirent ʿAlī étaient dans l'erreur, et rappelle que Shāfiʿī et Aḥmad ont fondé le fiqh du qitāl al-bughāt sur la conduite de ʿAlī. Comment ces trois affirmations tiennent-elles ensemble sans contradiction ? »