Le cinquième Livre du Jamʿ al-Jawāmiʿ · Un dalīl qui n'est ni naṣṣ, ni ijmāʿ, ni qiyās · Les formes logiques de l'argumentation
Avec ce cinquième Livre s'ouvre la PORTE VI de notre cartographie. Après le Kitāb, la Sunna, l'ijmāʿ et le qiyās — les quatre preuves sur lesquelles « la preuve décisive est établie » — Subkī consacre un Livre entier à ce qui reste : l'istidlāl. Al-Zarkashī explique pourquoi ce Livre est séparé des précédents : les imāms sont unanimes sur le fait que les dalāʾil ne se limitent pas aux quatre premiers, mais ils divergent sur l'identification de ce surplus — istiṣḥāb, istiḥsān, et d'autres encore. Les quatre premières preuves s'imposent par un argument décisif ; celles de ce Livre sont affirmées « par chaque imām selon son ijtihād ». Subkī ouvre par une définition négative : l'istidlāl est un dalīl qui n'est ni naṣṣ, ni ijmāʿ, ni qiyās — définition qui fait entrer les syllogismes (iqtirānī, istithnāʾī), le qiyās al-ʿaks et plusieurs procédés d'argumentation que cette carte détaille.
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« Le cinquième Livre : sur l'istidlāl — c'est un dalīl qui n'est ni un naṣṣ (texte), ni un ijmāʿ, ni un qiyās. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Istidlāl (ḥaqīqat al-istidlāl) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 346-347
Zarkashī ouvre son commentaire par une remarque d'architecture : pourquoi isoler ces preuves dans un Livre à part ? Réponse : les quatre premières (Kitāb, Sunna, ijmāʿ, qiyās) sont établies par un argument décisif (qāṭiʿ) et « les autorités ne se sont disputées sur aucune d'entre elles » — leur validité ne procède pas de l'ijtihād des savants, c'est une affaire manifeste. En revanche, ce qui est rassemblé dans ce Livre est « une chose que chaque imām a affirmée selon ce qu'exige son ijtihād ». D'où la physionomie particulière de la Porte VI : presque chaque masʾala est un débat entre écoles — l'istiṣḥāb des Shāfiʿītes, l'istiḥsān d'Abū Ḥanīfa, le qawl al-ṣaḥābī de Mālik. Le mot istidlāl lui-même, note Zarkashī, est « une convention récente » : al-Shāfiʿī appelait le qiyās un istidlāl (car c'est une recherche et un examen) et appelait l'istidlāl un qiyās — comme le rapporte Abū al-Ḥusayn dans al-Muʿtamad.
Subkī définit l'istidlāl comme « un dalīl qui n'est ni naṣṣ, ni ijmāʿ, ni qiyās ». Précision de Zarkashī : « ni qiyās » signifie ici le qiyās sharʿī au sens strict (l'analogie juridique de la Porte V), non le rejet de tout raisonnement déductif — sans quoi les syllogismes iqtirānī et istithnāʾī, que Subkī fait précisément entrer dans l'istidlāl, en sortiraient.
Traduction : « Lorsque le propos sur le Kitāb, la Sunna, l'ijmāʿ et le qiyās fut achevé — et que les imāms étaient unanimes sur le fait que les preuves ne se limitent pas à elles, qu'il existe une preuve légale autre qu'elles, mais qu'ils divergeaient sur son identification (istiṣḥāb, istiḥsān et autres) — il consacra ce Livre à cela. »
C'est le syllogisme des logiciens : « un discours composé de propositions telles que, si elles sont concédées, un autre discours s'ensuit par soi-même ». Exemple canonique : « le monde change (al-ʿālam mutaghayyir) ; or tout ce qui change est advenu (ḥādith) ; donc le monde est advenu ». La conclusion — non énoncée dans les prémisses — s'impose d'une nécessité mentale, « même si l'adversaire s'obstine » : l'existence de l'impliquant (malzūm) entraîne celle de l'impliqué (lāzim).
Dans le syllogisme exceptif, la conclusion ou son contraire est explicitement énoncée dans les prémisses. Il est propre aux propositions conditionnelles. Exemple : « si ceci est un homme, c'est un animal ; or ce n'est pas un animal ; donc ce n'est pas un homme ». Le modèle qurʾānique est le verset : ﴿لَوْ كَانَ فِيهِمَا آلِهَةٌ إِلَّا اللَّهُ لَفَسَدَتَا﴾ — « S'il y avait dans les deux [cieux et terre] des divinités autres qu'Allāh, ils seraient corrompus » ; or la corruption ne s'est pas réalisée — ils demeurent ordonnés — donc leur créateur n'est pas une pluralité de divinités.
Le qiyās al-ʿaks est « l'établissement du contraire du statut d'une chose dans une autre chose, en raison de leur divergence dans la ʿilla ». Exemple rapporté : de même que la prière impaire ne devient pas paire, la prière paire ne devient pas impaire — le statut s'inverse avec la cause.
Formule de Subkī : « Le dalīl exige que ce ne soit pas ainsi ; il y a été dérogé en tel cas pour un sens absent dans le cas disputé ; on reste donc sur le principe. » Exemple du sharḥ : pour le mariage que la femme conclurait elle-même — le dalīl niant la validité existe, et la raison pour laquelle on y a dérogé (la plénitude de discernement et la justesse d'examen reconnues à l'homme dans la conclusion du contrat, selon l'argumentaire rapporté) fait défaut ici : on maintient donc le principe d'invalidité. La force du procédé : circonscrire la dérogation à son sens propre.
« Le ḥukm requiert un dalīl — sinon ce serait le taklīf du distrait (taklīf al-ghāfil) — or il n'y a pas de dalīl, par recension (sabr) ou par le principe (al-aṣl). » Démonstration : si un ḥukm était établi sans dalīl, ou bien nous en serions chargés sans pouvoir le connaître — taklīf de l'impossible — ou bien il ne serait pas un ḥukm du tout. Donc tout ḥukm a un dalīl : naṣṣ, ijmāʿ ou qiyās. On les passe en revue (sabr) : aucun n'existe ici ; ou l'on s'appuie sur le principe : « l'origine est son inexistence ». C'est le choix d'al-Bayḍāwī, qui en fait l'une des preuves. Objection classique : « ne pas trouver ne prouve pas l'inexistence » (ʿadam al-wijdān lā yadullu ʿalā ʿadam al-wujūd) — d'où la prudence requise dans le sabr.
Procédé où l'on se contente d'une seule prémisse explicite, l'autre étant sous-entendue parce qu'évidente : « la cause du wujūb du qiṣāṣ existe, donc il s'impose » — la majeure tacite étant « toute cause présente produit son effet ». Subkī le valide « contrairement à la majorité ». Le débat : est-ce un dalīl ou une simple prétention de dalīl ? Et si c'est un dalīl, est-ce un istidlāl ? Pour Subkī (al-aṣaḥḥ), c'en est un de manière absolue, car il entre dans la définition : ni naṣṣ, ni ijmāʿ, ni qiyās — ces derniers ne servant qu'à établir l'une des prémisses, non l'argument lui-même. L'argumentateur a deux charges : établir le sabab, et établir son existence dans le cas.
« On objecte à Subkī que définir l'istidlāl par "ni naṣṣ, ni ijmāʿ, ni qiyās" revient à définir l'homme en disant qu'il n'est "ni âne ni cheval". Reformulez l'objection en termes techniques, puis donnez la réponse de Zarkashī. En quoi la place de ce Livre dans le plan du Jamʿ al-Jawāmiʿ fait-elle partie de la réponse ? »