Clôture du Kitāb al-Qiyās · Farḍ kifāya — farḍ ʿayn — mandūb · Les preuves de l'iʿtibār et de l'istinbāṭ · Passage vers le Kitāb al-Istidlāl
Dernière phrase du Kitāb al-Qiyās sur le statut de l'opération : « Puis il est farḍ kifāya, qui devient individuellement obligatoire pour le mujtahid qui en a besoin. » Une ligne du matn — trois régimes dans le sharḥ. Le qiyās est farḍ kifāya tant que les mujtahidūn sont plusieurs : si certains s'en acquittent, les autres en sont déchargés ; il devient farḍ ʿayn pour celui sur qui l'ijtihād se détermine, quand le temps presse et qu'aucun autre ne peut répondre ; il est mandūb pour les cas qui peuvent advenir mais ne sont pas encore advenus — anticiper le droit est méritoire, non obligatoire. Zarkashī appuie le tout sur deux versets — « Tirez-en leçon, ô vous doués de regards ! » et le verset de l'istinbāṭ — et sur la parole de Muʿādh : « j'exerce mon avis par ijtihād », ḥadīth dont la chaîne fut discutée mais que « les savants ont accueilli par l'acceptation ». Sur quoi le Kitāb al-Qiyās se referme — et s'ouvre, page 346, le Kitāb al-Istidlāl : car les preuves ne se réduisent pas au Livre, à la Sunna, à l'ijmāʿ et au qiyās.
Disponible sur ordinateur
« Puis il [le qiyās] est une obligation collective (farḍ kifāya), qui devient individuellement obligatoire (yataʿayyan) pour le mujtahid qui en a besoin. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (ḥukm al-ʿamal bi-l-qiyās, clôture du livre) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 345-346
Après avoir établi que le qiyās est une ḥujja (début du livre), comment il se construit (arkān, ʿilla, masālik) et comment il se défend (qawādiḥ), puis ce qu'il est dans la religion (khātima, carte 22), il restait à dire qui doit le faire. La réponse engage toute la sociologie du savoir en Islam : le qiyās est une charge posée sur la communauté, non sur chaque individu — comme le jihād du savoir, il suffit que des hommes qualifiés s'en acquittent pour que tous soient déchargés ; mais malheur à la communauté si nul ne s'en charge. Et la charge se resserre sur l'individu dès que les conditions se nouent : un mujtahid, un cas qui le requiert, un temps qui presse — alors le farḍ devient ʿayn. Zarkashī ajoute un troisième degré, plus fin : pour les cas non encore advenus, le qiyās anticipateur est mandūb, « comme les autres preuves de la Loi » — c'est tout le fiqh hypothétique (taqdīrī) qui se trouve ainsi légitimé. La boucle du livre est bouclée : ce qui fut prouvé possible est désormais prescrit.
Chaque mot porte :
Traduction : « Le qiyās est obligation collective lorsque les mujtahidūn sont plusieurs ; obligation individuelle pour celui sur qui l'ijtihād s'est déterminé alors que le temps est resserré ; et il est recommandé pour ce dont la survenue est possible mais qui n'est pas encore advenu — comme les autres preuves de la Loi. »
« Tirez-en leçon, ô vous doués de regards ! » (al-Ḥashr, 2). Zarkashī glose : l'iʿtibār, c'est considérer une chose par une autre et lui appliquer son statut (iʿtibār al-shayʾ bi-ghayrih wa-ijrāʾ ḥukmih ʿalayh) — définition qui est exactement celle du qiyās. L'impératif coranique enjoint donc l'opération même.
« S'ils l'avaient rapporté au Messager et aux détenteurs de l'autorité parmi eux, ceux d'entre eux qui en extraient [le sens] l'auraient su » (al-Nisāʾ, 83). L'istinbāṭ, dit Zarkashī, est « l'extraction du sens déposé dans le texte » — le Coran loue ceux qui font produire aux textes plus qu'ils n'énoncent.
Envoyé au Yémen, Muʿādh ibn Jabal expose son ordre de méthode : le Livre, puis la Sunna, puis — à leur défaut — « أَجْتَهِدُ رَأْيِي » (j'exerce mon avis par ijtihād), ce que le Prophète ﷺ approuva. Zarkashī affronte la difficulté en muḥaddith : « bien que ce soit un khabar wāḥid dont la chaîne a été discutée, les savants l'ont accueilli par l'acceptation (talaqqawhu bi-l-qabūl) » — la réception unanime de la communauté savante tient lieu de corroboration. Argument méthodologique précieux bien au-delà du qiyās.
Le Kitāb al-Qiyās — quatrième livre du Jamʿ al-Jawāmiʿ — aura déroulé un mouvement unique :
À la page 346 du Tashnīf s'ouvre le Kitāb al-Istidlāl, que Subkī définit d'emblée : « une preuve qui n'est ni naṣṣ, ni ijmāʿ, ni qiyās ». Zarkashī en donne la raison d'être :
« Un mujtahid est saisi d'un cas inédit qui exige un qiyās ; d'autres mujtahidūn existent dans la ville, mais l'affaire doit être tranchée avant la fin du jour et lui seul en a connaissance. Quel est, selon le triptyque de Zarkashī, le statut de l'opération du qiyās pour lui — et quelles sont les deux conditions qui ont fait basculer le farḍ kifāya en farḍ ʿayn ? »