L'induction comme preuve · Tāmm : certitude — Nāqiṣ : probabilité · « Rattacher l'individu au cas le plus fréquent »
Deuxième forme d'istidlāl que Subkī examine : l'istiqrāʾ, l'induction — remonter des cas particuliers vers la règle générale, puis redescendre vers le cas disputé. Tout tient dans une distinction : si l'on a passé en revue tous les cas particuliers sauf celui qui est en litige, l'induction est complète (tāmm) et produit la certitude selon la majorité — al-Hindī rapporte même qu'elle est ḥujja « sans divergence ». Si l'on n'a passé en revue que la plupart des cas, elle est incomplète (nāqiṣ) et ne produit que la probabilité (ẓann) : c'est ce que les fuqahāʾ appellent « rattacher l'individu au cas le plus général et le plus fréquent » (ilḥāq al-fard bi-l-aghlab). L'exemple d'école : la démonstration shāfiʿīte que le witr n'est pas obligatoire. Al-Zarkashī affine en rapportant la nuance d'al-Rāzī et en distinguant soigneusement l'istiqrāʾ nāqiṣ du qiyās sharʿī.
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« Masʾala : l'istiqrāʾ [conclure] par le particulier sur l'universel : s'il est complet — c'est-à-dire portant sur la totalité [des cas] sauf le cas disputé — il est décisif (qaṭʿī) selon la majorité ; s'il est incomplet — c'est-à-dire portant sur la plupart des cas particuliers — il est probable (ẓannī), et on l'appelle "rattachement de l'individu au plus fréquent". »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Istidlāl (al-istiqrāʾ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 347-348
L'istiqrāʾ est un emprunt assumé à la logique grecque naturalisée par les uṣūliyyīn : c'est l'epagōgē d'Aristote devenue instrument du fiqh. Mais le geste de Subkī est remarquable de précision : il ne reprend pas la division des logiciens telle quelle, il la calibre pour le débat juridique. L'induction complète des logiciens embrasse tous les cas sans exception ; celle des uṣūliyyīn embrasse tous les cas sauf la ṣūrat al-nizāʿ — le cas disputé — précisément parce que c'est lui qu'on veut trancher : si on l'avait déjà vérifié, il n'y aurait plus de débat. Zarkashī complète le tableau en situant l'istiqrāʾ dans une division ternaire : prouver le particulier par l'universel vérifié dans (presque) tous ses cas, c'est l'istiqrāʾ ; prouver un particulier par un autre particulier en vertu d'un facteur commun, c'est le qiyās sharʿī — d'où la frontière nette entre cette carte et toute la Porte V.
Exemple du sharḥ : « tout corps occupe un espace (mutaḥayyiz) » — nous avons passé en revue (istaqraynā) l'ensemble des corps et constaté qu'il en est ainsi. Une fois cette universelle établie, le cas disputé — un corps particulier — tombe sous elle : il occupe un espace. Zarkashī précise que c'est là « le qiyās logique décisif » (al-qiyās al-qaṭʿī al-manṭiqī), celui qui produit la certitude selon la majorité (al-aktharīn).
L'induction incomplète établit « le statut dans l'universel parce qu'il est avéré dans la plupart de ses cas particuliers, sans mettre en évidence la ʿilla qui produit le statut ». C'est ce que les fuqahāʾ nomment ilḥāq al-fard bi-l-aʿamm al-aghlab — rattacher l'individu au cas le plus général et le plus fréquent.
Traduction : « Parmi les types d'istidlāl : l'istiqrāʾ, qui se divise en complet et incomplet… L'incomplet est l'établissement du statut dans un universel parce qu'il est avéré dans la plupart de ses cas particuliers, sans mettre en évidence la ʿilla efficiente du statut — c'est ce que les fuqahāʾ appellent "rattachement de l'individu au plus général et plus fréquent". »
Contre la thèse ḥanafite du witr obligatoire, « nos compagnons » (les Shāfiʿītes) argumentent :
L'imām al-Rāzī introduit une distinction subtile : « le plus manifeste est que [l'induction incomplète] ne produit le ẓann que par un dalīl séparé (munfaṣil) ; mais à supposer que le ẓann soit obtenu, il est ḥujja ». Zarkashī en tire la leçon de méthode :
« Reconstituez l'argument shāfiʿīte contre l'obligation du witr en identifiant : (a) la prémisse consensuelle, (b) la prémisse établie par istiqrāʾ, (c) la conclusion. Puis dites : cet istiqrāʾ est-il tāmm ou nāqiṣ ? Et pourquoi cet argument n'est-il pas un qiyās sharʿī, alors qu'il "rattache" bien le witr à d'autres prières ? »