Le mot employé dans son sens d'institution première · Lughawiyya, ʿurfiyya, sharʿiyya · La « ṣalāt » est-elle encore une « invocation » ?
La ḥaqīqa est « le mot employé dans ce pour quoi il a été institué initialement » — chaque terme de la définition est pesé : « employé » exclut le mot d'avant tout usage, « initialement » exclut le majāz, institué par un waḍʿ second. Subkī la divise selon l'instituteur : lughawiyya si c'est le wāḍiʿ de la langue (« asad » pour le fauve), ʿurfiyya si c'est l'usage — général (« dābba » pour le quadrupède) ou propre (les termes techniques des grammairiens) —, sharʿiyya si c'est le Législateur (« ṣalāt » pour l'office). Là éclate l'un des débats les plus chargés du chapitre : la vérité légale existe-t-elle ? Le Qāḍī Abū Bakr al-Bāqillānī la nie : le Sharʿ n'a rien transféré, il a seulement conditionné ; les Muʿtazilites l'affirment jusqu'à en faire des noms coupés de la langue ; les Imāmayn cherchent la voie médiane. Le choix de Subkī : les vérités légales furʿiyya (ṣalāt, ṣawm, ḥajj) ont bien eu lieu — non la dīniyya (īmān), maintenue sur son sens premier d'assentiment. Al-Zarkashī démêle ce nœud avec une précision d'horloger.
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« La ḥaqīqa : un mot employé dans ce pour quoi il a été institué initialement. Elle est langagière, usuelle ou légale. Les deux premières ont eu lieu ; certains ont nié la possibilité de la légale, le Qāḍī son avènement ; d'autres ont dit : elle a eu lieu absolument ; d'autres : sauf l'īmān. L'avis choisi : l'avènement de la [vérité légale] dérivée, non de la religieuse ; al-Āmidī a suspendu son jugement. Le sens de “sharʿī” : ce dont le nom n'est connu que par le Sharʿ — et il s'applique parfois au recommandé et au permis. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-ḥaqīqa wa-aqsāmuhā) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 101-105
Quand le Qurʾān dit ﴾أَقِيمُوا الصَّلَاةَ﴾, que doit comprendre le juriste ? Si « ṣalāt » garde son sens de langue (l'invocation), l'ordre est rempli par toute duʿāʾ ; si le Sharʿ en a fait le nom propre de l'office rituel, l'ordre exige rukūʿ, sujūd et taslīm. Toute la lecture des textes normatifs dépend donc de l'existence — ou non — d'une ḥaqīqa sharʿiyya. La fruit pratique, dit Zarkashī : un énoncé du Législateur, nu de tout indice (mujarrad ʿan al-qarīna), se porte-t-il sur le sens légal ou langagier ? Pour qui admet le transfert, le sens légal s'impose « sans divergence », car la vérité de langue est devenue délaissée (mahjūra) dans la bouche du Sharʿ. Al-Ghazālī affine : dans l'ordre et l'affirmation (« je vais jeûner »), porter sur le sens légal ; dans la négation, l'énoncé devient mujmal — car nier le jeûne légal du jour du Naḥr serait absurde s'il est déjà impossible. Enjeu massif, des purifications aux serments.
Toute ḥaqīqa suppose un waḍʿ, tout waḍʿ un wāḍiʿ. Trois instituteurs possibles, donc trois vérités :
Traduction : « Première doctrine : la négation absolue — c'est la position du Qāḍī Abū Bakr et d'Ibn al-Qushayrī. Ils soutiennent que les mots “ṣalāt”, “ṣawm” et leurs semblables sont employés, dans le Sharʿ, en leur sens de langue — l'invocation, l'abstention — sans aucun transfert : ils demeurent sur leurs institutions premières ; mais le Législateur a conditionné leur validité à d'autres éléments — inclination, prosternation, abstention du commerce charnel. Il opère par institution de conditions, non par changement de l'institution [sémantique]. »
Conséquence capitale, formulée par Zarkashī en tête du chapitre du majāz : un même mot, rapporté à un même sens, peut être ḥaqīqa dans une convention et majāz dans une autre. « Ṣalāt » pour l'invocation : ḥaqīqa chez les gens de la langue, majāz dans la convention du Sharʿ ; « ṣalāt » pour l'office : l'inverse. La ḥaqīqa n'est donc pas une propriété absolue du mot, mais une relation triadique : mot, sens, convention de discours. De même, la ḥaqīqa peut devenir majāz par le jeu des transferts successifs — la « dābba » de la langue, vraie de tout rampant, devient figurée si on l'applique à un oiseau dans l'usage courant.
« Le Qāḍī Abū Bakr dit : le Législateur opère “par institution de conditions, non par changement d'institution”. Al-Rāzī dit : il emploie les mots “dans leurs majāz arabes devenus prédominants”. Subkī dit : le transfert a eu lieu pour les noms des branches. Montrez ce qui sépare réellement ces trois positions — puis ce qui, dans la pratique du ḥaml (porter le mot “ṣalāt” d'un texte nu), les rapproche presque entièrement. »