Quand le mot oscille entre ḥaqīqa, majāz, ishtirāk, naql, iḍmār, takhṣīṣ · La hiérarchie des préférences · « Al-majāz khayr min al-ishtirāk »
Clôture de la Famille D : que faire quand un même lafẓ peut s'analyser de plusieurs façons ? Est-ce une ḥaqīqa ou un majāz ? Un homonyme (ishtirāk) ou une figure ? Un mot transféré (naql) ou employé tel quel ? Faut-il sous-entendre (iḍmār) ou spécifier (takhṣīṣ) ? Subkī livre la table des préférences : le majāz et le naql sont contraires au principe — donc la ḥaqīqa prime ; mais entre les anomalies elles-mêmes, il y a un ordre : le majāz vaut mieux que l'ishtirāk, le naql vaut mieux que l'ishtirāk, et le takhṣīṣ vaut mieux que tous — « le meilleur du meilleur est meilleur ». Cette table est l'arsenal quotidien de la munāẓara entre madhāhib : la ʿumra est-elle obligatoire ? Le ẓihār vaut-il pour la concubine ? Le chien est-il pur ? Chaque débat est un duel entre deux états du lafẓ. Restent deux questions de couronnement : sur quel usage porter la parole du Législateur (sharʿī, ʿurfī, lughawī ?), et que faire quand un majāz devenu dominant affronte une ḥaqīqa délaissée — la fameuse « dābba ».
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« Lui [le majāz] et le naql sont contraires au principe ; et il est préférable à l'homonymie — on a dit : et au sous-entendu — ; et la spécification leur est préférable à tous deux. Ensuite, [le discours] est toujours porté sur l'usage du destinataire : dans la Loi, le sens légal, puis l'usage commun, puis le sens lexical. Et dans le conflit du majāz prépondérant et de la ḥaqīqa délaissée, il y a plusieurs avis — le troisième, qui est retenu : le terme est indistinct (mujmal). »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (taʿāruḍ aḥwāl al-lafẓ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 107-116
Le principe directeur : la langue est faite pour être comprise sans délai. Or chaque « état » anormal du lafẓ a un coût pour la compréhension — et les coûts ne sont pas égaux. L'ishtirāk est le pire : sans qarīna, l'homonyme laisse l'auditeur en panne (« yukhillu bi-l-fahm ») ; le majāz coûte moins : par défaut on comprend la ḥaqīqa, et la qarīna guide vers la figure ; le naql coûte un historique (un sens posé, abrogé, reposé) mais livre ensuite un sens unique ; l'iḍmār ajoute un non-dit ; le takhṣīṣ, lui, coûte le moins de tous : le ʿāmm spécifié reste un argument dans le reste de ses individus — « al-ʿāmm baʿda al-takhṣīṣ ḥujja ». De là une véritable arithmétique de la munāẓara : entre deux lectures d'un texte, on impute au discours l'anomalie la moins coûteuse. Subkī ne retient que cinq états — majāz, naql, ishtirāk, iḍmār, takhṣīṣ — parce que, note Zarkashī, ce sont les mères de tout ce qui trouble la compréhension ; les conflits se croisent ensuite deux à deux.
Traduction : « Lorsque le majāz et l'homonymie se disputent [l'analyse d'un lafẓ], le majāz est préférable : à cause de sa fréquence, et parce que le lafẓ s'emploie toujours — dans la ḥaqīqa sans indice, dans le majāz avec indice — à la différence de l'homonymie, qui ruine la compréhension dès qu'il n'y a pas d'indice. »
Le ʿāmm spécifié reste peut-être une ḥaqīqa dans les individus restants — et sa dalāla y demeure probante ; le majāz, lui, est toujours hors du sens propre, et le naql toujours un déracinement. Préférer le takhṣīṣ, c'est imputer au texte la perturbation minimale. D'où la chaîne : takhṣīṣ > majāz > naql > ishtirāk, avec l'iḍmār en duel réglé cas par cas.
Un mot posé pour un sens (dābba : tout ce qui marche) mais que l'usage a rabattu sur un autre (la monture, voire l'âne) au point que la ḥaqīqa première est devenue rare : laquelle des deux lectures porte le serment, l'aveu, le waqf ?
« Dans la munāẓara sur la ʿumra, le Shāfiʿite et le Mālikite s'accusent mutuellement d'une anomalie : laquelle chacun impute-t-il à l'autre, et comment la chaîne "al-takhṣīṣu khayrun min al-majāzi wa-l-majāzu khayrun min al-naqli" permet-elle au Shāfiʿite de conclure ? Puis dites pourquoi l'ishtirāk occupe le bas de la table alors qu'il ne "détourne" aucun sens. »