Ouverture du bāb al-awāmir wa-l-nawāhī · Qu'est-ce qu'un ordre ? · Le mot, la définition, le ʿulūw, l'istiʿlāʾ et l'irāda
Avec cette carte s'ouvre la Famille E du Kitāb al-Kitāb : les ordres et les interdictions. Avant de demander ce que la ṣīgha « ifʿal » signifie, il faut savoir ce qu'est un amr. Subkī procède en deux temps, que Zarkashī appelle les deux maqāms : d'abord le mot « amr » — est-il ḥaqīqa pour la parole qui demande l'acte, pour l'acte lui-même, pour les deux ? — puis la réalité signifiée, que Subkī définit : iqtiḍāʾ fiʿl ghayr kaff madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff — l'exigence d'un acte autre qu'une abstention, signifié autrement que par « abstiens-toi ». Chaque mot de cette définition est un verrou, et Zarkashī montre qu'elle contient un ajout de Subkī par rapport à Ibn al-Ḥājib. Suivent trois débats classiques : l'ordre requiert-il une supériorité (ʿulūw) ou une posture de supériorité (istiʿlāʾ) ? Requiert-il une volonté (irāda) ? Et le ṭalab lui-même se définit-il, ou est-il évident de soi ?
Disponible sur ordinateur
« L'amr : [le mot] “amr” est ḥaqīqa pour la parole spécifique [qui demande l'acte], majāz pour l'acte. Sa définition : l'exigence d'un acte autre qu'une abstention, signifié autrement que par “abstiens-toi”. On n'y considère ni supériorité (ʿulūw) ni posture de supériorité (istiʿlāʾ) — certains ont dit : on les considère toutes deux. Le ṭalab est évident de soi, et l'amr est autre que la volonté, contrairement aux Muʿtazilites. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ḥaqīqat al-amr) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 144-147
Le bāb des ordres est le cœur opératoire des uṣūl : c'est par l'amr que la sharīʿa oblige. Or toute la suite — le wujūb de la ṣīgha, le fawr, le tikrār, l'ijzāʾ — dépend de ce qu'on a mis dans la définition. Subkī hérite ici d'un débat théologique : pour les Ashʿarites, qui affirment le kalām nafsī (la parole intérieure de l'âme), l'amr est en réalité le ṭalab qui se tient dans l'âme, et la ṣīgha n'en est que l'indicateur ; pour les négateurs du kalām nafsī (Muʿtazilites en tête), l'amr n'est rien d'autre que le lafẓ qui demande l'acte. C'est pourquoi, note Zarkashī, Subkī ouvre sa définition par « iqtiḍāʾ » (exigence) et non par « qawl » (parole) : il se range du côté des muthbitūn. Derrière chaque qayd de la définition se cache ainsi une prise de position — et derrière le refus de l'irāda muʿtazilite, toute la doctrine ashʿarite de l'ordre divin adressé même à celui dont Dieu sait qu'il n'obéira pas.
Zarkashī attire l'attention sur la tournure de Subkī : « al-amr : amrun » — comme on dit « zayd : un nom », « ḍaraba : un verbe ». Il s'agit du mot « amr » en tant que lafẓ, non de son contenu. Sur ce mot, quatre positions :
Traduction : « L'examen de l'amr se fait en deux stations : la première concerne son lafẓ — elle a précédé — et la seconde son signifié. Les négateurs du kalām nafsī ont soutenu qu'il désigne le lafẓ qui demande l'acte ; ceux qui l'affirment l'ont interprété par le sens mental, c'est-à-dire le ṭalab qui se tient dans l'âme. C'est la voie suivie par l'auteur — et c'est pourquoi il a ouvert la définition par “l'exigence” (iqtiḍāʾ) et non par “la parole” (qawl). »
Le ʿulūw est le fait que l'ordonnant soit en lui-même d'un degré supérieur : c'est un attribut accidentel de la personne. L'istiʿlāʾ est le fait de se poser en supérieur — par hauteur, ton ou prétention — même si l'on ne l'est pas en réalité : c'est un attribut du discours. Quatre positions :
Objection : définir l'amr par l'iqtiḍāʾ (= le ṭalab), c'est définir par plus obscur. Réponse du matn : le ṭalab est badīhī al-taṣawwur — chacun distingue d'instinct le fait de demander un acte, de demander une abstention, et d'énoncer une information : c'est un vécu intérieur, comme la faim et la satiété. Zarkashī nuance en logicien : distinguer une chose d'une autre par évidence ne prouve pas qu'on la connaisse dans son essence par évidence — cela prouve seulement qu'on la connaît par quelque face. Et le fait d'argumenter en faveur de la badāha ne la détruit pas : c'est le taṣawwur qui est immédiat, non la connaissance de son immédiateté.
Tous s'accordent : l'amr indique le ṭalab. Le désaccord porte sur la nature de ce ṭalab. Pour les Muʿtazilites, c'est l'irāda de l'acte ordonné ; pour les Ashʿarites, un attribut distinct qui se tient dans l'âme. Trois preuves :
Cette masʾala n'a de sens que chez les muthbitūn du kalām nafsī : si l'amr est le ṭalab de l'âme, la ṣīgha « ifʿal » lui est-elle spécialement dédiée ? On rapporte d'al-Ashʿarī la négation : « ifʿal » serait flottant entre l'ordre, la menace et ses autres emplois. Deux lectures de cette négation : le waqf (on ignore pour quel sens la forme a été posée) ou l'ishtirāk (la forme est commune à tous ses emplois, comme un lafẓ mushtarak).
« Pourquoi le qayd “madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff” est-il nécessaire dans la définition de Subkī, alors qu'elle contient déjà “ghayr kaff” ? Quel contre-exemple visait-il, et en quoi cela corrige-t-il la définition d'Ibn al-Ḥājib ? »