بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Qiyās N°3

مَجَارِي الْقِيَاسِ

Où le qiyās court-il, où s'arrête-t-il ? · Ḥudūd, kaffārāt, rukhaṣ, taqdīrāt — et les exceptions du Ṣaḥīḥ · La frontière du taʿabbudī

Admettre la ḥujjiyya du qiyās (carte 2) ne dit pas encore il opère. Subkī dresse l'inventaire des restrictions : Abū Ḥanīfa l'exclut des ḥudūd, kaffārāt, rukhaṣ et taqdīrāt ; Ibn ʿAbdān le subordonne à la nécessité ; « un groupe » le refuse dans les asbāb, shurūṭ et mawāniʿ ; d'autres dans les fondements des ʿibādāt, le juzʾī ḥājī (ḍamān al-darak), les ʿaqliyyāt ou le nafy aṣlī. Puis tombe le verdict : « al-ṣaḥīḥ : ḥujja » — le qiyās court partout — sauf dans le ʿādī et le khilqī, sauf la prétention de fonder tous les statuts par qiyās, et sauf le qiyās sur un abrogé ; Zarkashī ajoute le texte makhṣūṣ (le nikāḥ par le mot « hiba »). Une carte-frontière, indispensable pour ne pas faire dire au qiyās plus qu'il ne peut.

وَأَبُو حَنِيفَةَ فِي الْحُدُودِ وَالْكَفَّارَاتِ وَالرُّخَصِ وَالتَّقْدِيرَاتِ، وَابْنُ عَبْدَانَ مَا لَمْ يُضْطَرَّ، وَقَوْمٌ فِي الْأَسْبَابِ وَالشُّرُوطِ وَالْمَوَانِعِ، وَقَوْمٌ فِي أُصُولِ الْعِبَادَاتِ، وَآخَرُونَ فِي الْعَقْلِيَّاتِ، وَآخَرُونَ فِي النَّفْيِ الْأَصْلِيِّ. وَالصَّحِيحُ حُجَّةٌ إِلَّا فِي الْعَادِيَّةِ وَالْخِلْقِيَّةِ، وَإِلَّا فِي كُلِّ الْأَحْكَامِ، وَإِلَّا الْقِيَاسَ عَلَى مَنْسُوخٍ خِلَافًا لِلْمُعَمِّمِينَ.

« Et Abū Ḥanīfa [l'a refusé] dans les peines légales, les expiations, les dispenses et les évaluations chiffrées ; Ibn ʿAbdān, tant qu'il n'y a pas nécessité ; un groupe, dans les causes, conditions et empêchements ; un groupe, dans les fondements des actes cultuels ; d'autres, dans les questions rationnelles ; d'autres, dans la négation originelle. L'avis correct : il est une preuve — sauf dans ce qui relève de l'habitude et de la constitution naturelle, sauf [la prétention qu'il fonde] tous les statuts, et sauf le qiyās sur un abrogé — contrairement aux généralisateurs. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (majārī al-qiyās) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 291-294

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Le vrai enjeu selon al-Rāzī : y a-t-il des zones sans qiyās ?

Zarkashī rapporte du Maḥṣūl la formule qui donne son unité à la carte : « le fond de cette question est : existe-t-il dans la sharīʿa un ensemble de masāʾil où le qiyās ne court pas ? ». La position shāfiʿite est généreuse — le qiyās court dans les ḥudūd, kaffārāt, taqdīrāt, asbāb, et même (pour certains) les ʿaqliyyāt — mais pas illimitée : là où le sens n'est pas intelligible (ghayr maʿqūl al-maʿnā), le qiyās n'a pas de prise, car il est tout entier suspendu à la saisie d'une ʿilla. C'est la frontière du taʿabbudī : les quantités pures, reçues par la seule transmission, ne se prolongent pas par analogie. Zarkashī signale enfin que cette masʾala générale est l'aṣl dont la dispute avec Abū Ḥanīfa n'est que le farʿ — Subkī expose l'un et l'autre « par souci d'exhaustivité » (Ibn al-Samʿānī l'avait noté).

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Vocabulaire essentiel

تَقْدِيرَات taqdīrāt
Les évaluations chiffrées fixées par la Loi : nombre de rakʿāt, quantités, seuils. Abū Ḥanīfa les dit « ghayr maʿqūla » — non intelligibles, donc hors qiyās.
رُخَص rukhaṣ
Les dispenses (raccourcir la prière, rompre le jeûne en voyage…). Al-Shāfiʿī lui-même, dans al-Umm : « on ne fait pas dépasser à la dispense ses lieux propres ».
أَسْبَاب وَشُرُوط وَمَوَانِع asbāb, shurūṭ, mawāniʿ
Causes, conditions et empêchements posés par la Loi (le zinā cause du ḥadd…). Peut-on étendre la causalité elle-même par qiyās ? Le jumhūr : oui, si la ʿilla est transitive.
عَادِيَّة وَخِلْقِيَّة ʿādiyya wa-khilqiyya
Ce qui relève de l'habitude des corps et de la constitution naturelle : minimum du ḥayḍ, durée de la grossesse. Hors qiyās : « leur sens ne s'intelligibilise pas ».
النَّفْيُ الْأَصْلِيّ al-nafy al-aṣlī
L'absence de statut antérieure à la révélation (la « négation originelle »). Peut-on l'établir par qiyās ? Solution médiane de Ghazālī : par qiyās al-dalāla oui, par qiyās al-ʿilla non.
مَخْصُوص makhṣūṣ
Texte dont la Loi a fait une règle propre à quelqu'un (les particularités du Prophète ﷺ). Qiyāser dessus est un vice du qiyās selon al-Shīrāzī (al-Lumaʿ).
1

Abū Ḥanīfa — ḥudūd, kaffārāt, rukhaṣ, taqdīrāt

La restriction la plus célèbre
Le ḥadd se repousse par le doute, le chiffré n'est pas intelligible — donc pas de qiyās, dit Abū Ḥanīfa. Réponse shāfiʿite : les adilla du qiyās sont générales.
Restriction Ḥanafiyya

Les quatre domaines et leurs exemples

  • Ḥudūd : imposer l'amputation au nabbāsh (le pilleur de tombes) par qiyās sur le voleur — jāmiʿ : la prise du bien d'autrui en cachette. Les Shāfiʿites l'admettent ; Abū Ḥanīfa le refuse : al-ḥadd yudraʾu bi-l-shubha — la peine se repousse par le doute, et le qiyās est ẓannī.
  • Kaffārāt : imposer l'expiation au meurtrier volontaire par qiyās sur le meurtrier par erreur (que le texte vise). Même clivage.
  • Taqdīrāt : les chiffres de la Loi — nombre de rakʿāt, quantités — « ghayr maʿqūl » : pas de ʿilla saisissable, donc pas d'extension, dit Abū Ḥanīfa. Le Qāḍī Abū al-Ṭayyib réplique : « chez nous, l'évaluation chiffrée est au rang des autres statuts et s'établit par ce qui les établit ».
  • Rukhaṣ : domaine évident — les dispenses dérogent à la règle, on ne prolonge pas une dérogation.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
L'argument ad hominem d'al-Shāfiʿī : les Ḥanafites ont eux-mêmes qiyāsé dans les kaffārāt et les taqdīrāt — jusqu'à la poule tombée dans le puits.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — la contradiction ḥanafite

وَأَشَارَ الشَّافِعِيُّ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ إِلَى أَنَّ الْحَنَفِيَّةَ قَدْ نَاقَضُوا أَصْلَهُمْ، فَأَوْجَبُوا الْكَفَّارَةَ بِالْإِفْطَارِ بِالْأَكْلِ قِيَاسًا عَلَى الْإِفْطَارِ بِالْجِمَاعِ، وَفِي قَتْلِ الصَّيْدِ خَطَأً قِيَاسًا عَلَى قَتْلِهِ عَمْدًا، وَقَاسُوا فِي التَّقْدِيرَاتِ حَتَّى قَالُوا فِي الدَّجَاجَةِ إِذَا مَاتَتْ فِي الْبِئْرِ: يَجِبُ كَذَا وَكَذَا دَلْوًا، وَفِي الْفَأْرَةِ أَقَلُّ مِنْ ذَلِكَ.

Traduction : « Al-Shāfiʿī — que Dieu l'agrée — a fait observer que les Ḥanafites ont contredit leur propre principe : ils ont imposé l'expiation pour la rupture du jeûne en mangeant, par qiyās sur la rupture par relations conjugales ; et [une compensation] pour la mise à mort du gibier par erreur, par qiyās sur sa mise à mort volontaire ; et ils ont qiyāsé dans les évaluations chiffrées — jusqu'à dire de la poule morte dans le puits : il faut [puiser] tant et tant de seaux, et de la souris : moins que cela. Or cette évaluation ne vient ni d'un texte ni d'un ijmāʿ : c'est donc un qiyās. »

Portée de l'argument

  • Un argument d'incohérence (naqḍ) : on ne réfute pas ici la thèse en elle-même, mais son application : ceux qui déclarent les kaffārāt et taqdīrāt hors qiyās y qiyāsent en pratique. La purification du puits souillé, chiffrée en seaux selon l'animal, n'a ni naṣṣ ni ijmāʿ pour source — c'est une analogie d'évaluation.
  • Autres incohérences relevées : l'évaluation de la durée de l'allaitement [créateur de parenté], du nombre qui forme la jumuʿa, de l'étendue du masḥ de la tête — fixées par les Ḥanafites sans tawqīf ni accord.
  • Leçon de méthode : Zarkashī montre la double détente classique du débat uṣūlī : d'abord l'argument direct (ʿumūm al-adilla), puis l'argument ad hominem (ilzām) qui ferme l'échappatoire.
2

Asbāb, shurūṭ, mawāniʿ — et les fondements des ʿibādāt

Peut-on qiyāser la causalité elle-même ?
Le liwāṭ rattaché au zinā pour le ḥadd : le jumhūr dit oui — contre al-Āmidī, Ibn al-Ḥājib et al-Bayḍāwī. Et nul ne crée une ʿibāda nouvelle par qiyās.
Restriction Asbāb

Les deux masāʾil

  • Le statut posé par la Loi est de deux sortes, explique Zarkashī : (a) des statuts établis directement, sans rattachement à une cause — qiyāsables par accord des partisans du qiyās ; (b) l'institution des asbāb, shurūṭ et mawāniʿ comme déclencheurs des statuts (le zinā rendant obligatoire le ḥadd, le jimāʿ la kaffāra).
  • Sur (b), le clivage : le jumhūr admet le qiyās dès que la ʿilla est apparente et transitive — exemple canonique : le liwāṭ rattaché au zinā pour l'obligation du ḥadd. En face, « un groupe » le refuse (on ne dit pas du lever du soleil qu'il « cause » le culte comme son coucher) — choix d'al-Āmidī, Ibn al-Ḥājib et al-Bayḍāwī. Mais al-Rāzī rapporte de nos compagnons la permission, et Subkī suit. Al-Hindī : la sababiyya est un ḥukm sharʿī ; si sa ʿilla est saisie et retrouvée ailleurs, les adilla du qiyās imposent le rattachement.
  • Note de Zarkashī : l'extension aux shurūṭ et mawāniʿ est rarement traitée ; al-Kiyā al-Ṭabarī l'a explicitée — al-Shāfiʿī écartant la condition d'islam dans l'iḥṣān par rattachement au jald, qui ne distingue pas musulman et kāfir.
  • Uṣūl al-ʿibādāt : les Ḥanafites et al-Jubbāʾī refusent d'instituer une ʿibāda par qiyās ; nos compagnons admettent le principe « par la généralité des adilla », mais répondent à l'objection (créer une dévotion inédite par jāmiʿ de maṣlaḥa ?) : cela « n'est en rien du qiyās : c'est une législation inventée et nulle » (tashrīʿ bāṭil). Le qiyās étend une règle existante, il ne fonde pas un culte.
3

Deux raretés — Ibn ʿAbdān et le juzʾī ḥājī (ḍamān al-darak)

Restrictions venues du fiqh, non des uṣūl
Le qiyās seulement en cas de nécessité ? Et que faire quand le qiyās particulier contredit un besoin général — le cas d'école de la garantie du darak.
Restriction Ḥāja

Ibn ʿAbdān : pas de qiyās sans nécessité

Abū al-Faḍl Ibn ʿAbdān pose dans Sharāʾiṭ al-Aḥkām deux conditions : qu'un événement réel rende nécessaire la connaissance de son statut, et qu'aucun naṣṣ n'y suffise. Ibn al-Ṣalāḥ (Ṭabaqāt) juge la position « étrange en régime de taḥqīq » : la seconde condition relève du jadal, et la première est démentie par la pratique des imāms — leurs livres « débordent » de masāʾil qiyāsiyya posées avant tout cas réel.

Le juzʾī ḥājī : quand le besoin général bat le qiyās particulier

  • Origine inhabituelle : ce khilāf « ne se trouve pas dans les livres d'uṣūl » — Subkī l'a tiré des Ashbāh wa-l-Naẓāʾir de Ṣadr al-Dīn Ibn al-Wakīl.
  • La question : lorsqu'aucun texte ne vient appuyer le qiyās particulier (juzʾī) et que le besoin général (ʿumūm al-ḥāja) pousse en sens contraire, suit-on le qiyās ou le besoin ?
  • Le cas d'école — ḍamān al-darak : garantir l'acheteur contre l'éviction. Le qiyās strict l'interdit : « garantir ce qui n'est pas [encore] dû » (ḍamān mā lam yajib). Mais le besoin — sécuriser les transactions, notamment avec les étrangers de passage — l'exige. Ibn Surayj a suivi le qiyās et interdit ; l'aṣaḥḥ valide la garantie après l'encaissement du prix, moment du besoin confirmé.
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Aux frontières du sharʿ — ʿaqliyyāt et nafy aṣlī

Le qiyās hors du droit ?
Qiyāser en théologie (la ruʾya) : oui pour les jamāhīr, à condition d'un jāmiʿ rationnel. Établir la négation originelle : la voie médiane de Ghazālī.
Frontières ʿAqliyyāt

Les ʿaqliyyāt

Des Ḥashwiyya et des Ẓāhirites extrêmes refusent le qiyās dans les questions rationnelles ; les jamāhīr l'admettent. Exemple de nos compagnons dans la masʾala de la ruʾya (vision de Dieu) : « Il est existant, et tout existant peut être vu : Il peut donc être vu. » À une condition stricte : le jāmiʿ doit être rationnel — sinon le rapprochement est un pur arbitraire (taḥakkum maḥḍ), à la manière des incursions des philosophes et des innovateurs dans les ʿaqāʾid. Ibn Burhān (al-Wajīz) rapporte même des muḥaqqiqūn qu'il n'y a pas à proprement parler de « qiyās » dans les intelligibles : on y connaît le détail à partir du principe général.

Le nafy aṣlī

  • La question (cadrée par al-Ghazālī, Mustaṣfā) : l'istiṣḥāb du jugement de raison suffit, par accord, à établir l'absence originelle de statut. Mais peut-on aussi l'établir par qiyās, en rattachant un cas semblable sans refaire la recherche ?
  • Trois positions : permis ; interdit ; et la voie médiane de Ghazālī et d'al-Rāzī : permis par qiyās al-dalāla (inférer l'absence de la chose de l'absence de ses effets), interdit par qiyās al-ʿilla — le néant originel est azalī, la ʿilla survenue après ne peut le causer. Al-Hindī l'attribue aux muḥaqqiqūn.
  • L'objection rapportée par Zarkashī : les ʿilal sharʿiyya sont des muʿarrifāt (indicateurs), non des causes efficientes — rien n'interdit qu'elles soient postérieures à ce qu'elles signalent.
  • Précision du matn : « aṣlī » exclut le ʿadam ṭāriʾ (l'absence survenue après la Loi) : celui-là est un ḥukm sharʿī ḥādith, qiyāsable par accord comme les statuts positifs. — Quant au qiyās al-lugha, Subkī renvoie au chapitre des langues (Porte I) : mentionné ici seulement pour qu'on ne croie pas à un oubli.
5

Le verdict — ḥujja, sauf le ʿādī, le khilqī… et la totalité

« Al-ṣaḥīḥ : ḥujja illā… »
Minimum du ḥayḍ, durée de grossesse : pas de qiyās, le sens n'est pas intelligible (al-Shīrāzī, al-Lumaʿ). Et tous les aḥkām ne sauraient être fondés par qiyās.
Tarjīḥ Taʿabbudī

L'exception du ʿādī et du khilqī

  • L'exception vient d'Abū Isḥāq al-Shīrāzī (c'est « le texte du Lumaʿ », souligne Zarkashī) : minimum et maximum du ḥayḍ et du nifās, durée minimale et maximale de la grossesse — pas de qiyās, « car leur sens ne s'intelligibilise pas » (lā yuʿqalu maʿnāhā) : la voie de leur établissement est khabar al-ṣādiq, l'information du véridique.
  • Mais al-Māwardī et al-Rūyānī (livre du qaḍāʾ) admettent le qiyās dans les maqādīr « selon le ṣaḥīḥ » — avec le même exemple du ḥayḍ ! Conciliation proposée : le refus vise la règle générale du ḥayḍ ; l'admission, les personnes déterminées.
  • Le critère du Sharḥ al-Lumaʿ : ce qui relève de l'habitude s'établit par qiyās s'il existe un indice (amāra) — le poil est-il animé ? la femme enceinte a-t-elle des menstrues ? — ; sans indice (minimum du ḥayḍ), non. C'est le critère décisif : pas de ʿilla saisissable, pas de qiyās — la frontière du taʿabbudī.

« Illā fī kull al-aḥkām » — contre le panqiyāsisme

Tous les statuts pourraient être posés par des textes — aucune impossibilité. Mais peuvent-ils l'être tous par qiyās ? Le jumhūr répond non, pour trois raisons : (a) le qiyās rapporte un farʿ à un aṣl — si tout est farʿ, il n'y a plus d'aṣl premier : régression à l'infini (tasalsul) ; (b) certains statuts n'ont pas de sens intelligible — la diya imposée à la ʿāqila (les agnats du meurtrier par erreur !) : quel jāmiʿ en tirerait-on ? ; (c) les espèces de statuts sont hétérogènes. Le qiyās est un prolongateur de la Loi, jamais son fondement intégral.

6

Pas de qiyās sur l'abrogé ni sur le makhṣūṣ

Deux sources mortes ou réservées
On n'étend pas un statut abrogé — la transitivité suppose une source vivante. Et le nikāḥ par le mot « hiba » : qiyāser sur une prérogative du Prophète ﷺ vicie le qiyās.
Restriction Mansūkh

Le mansūkh

  • La règle : pas de qiyās sur un aṣl abrogé — « la transitivité, alors que la source est abrogée, est impossible » : on ne propage pas un statut qui n'existe plus.
  • L'énigme du « khilāfan li-l-muʿammimīn » : le renvoi aux « généralisateurs » vaut pour toutes les exceptions précédentes ; or, sur le mansūkh précisément, « on ne connaît pas de khilāf ». Zarkashī suggère que Subkī vise la doctrine ḥanafite vue au chapitre du naskh — si le ḥukm de l'aṣl est abrogé, celui du farʿ subsiste — qui implique une forme de validité résiduelle ; Subkī a d'ailleurs montré dans le Sharḥ al-Mukhtaṣar qu'il n'y a pas contradiction.

Le makhṣūṣ — l'ajout de Zarkashī

« S'il avait dit : ni le qiyās sur un makhṣūṣ, le khilāf aurait été possible », note Zarkashī. Al-Shīrāzī compte en effet, dans le Lumaʿ, parmi les vices du qiyās (mufsidāt) : prendre pour aṣl une règle propre. Exemple fameux : Abū Ḥanīfa valide le nikāḥ conclu par le mot « hiba » (don) en le rattachant au mariage du Prophète ﷺ par ce terme — or le Coran l'a réservé au Prophète ﷺ : khāliṣatan laka min dūni l-muʾminīn (33, 50). Qiyāser sur une prérogative, c'est nier la réservation posée par le texte.

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À retenir

6 principes essentiels
La carte des frontières du qiyās — avant d'entrer dans ses piliers (carte 4).
  • Abū Ḥanīfa exclut ḥudūd, kaffārāt, rukhaṣ, taqdīrāt ; le jumhūr réplique par la généralité des adilla — et par le naqḍ (la poule dans le puits)
  • Réserve de Zarkashī : pour les rukhaṣ, al-Shāfiʿī lui-même (al-Umm) refuse l'extension
  • Asbāb, shurūṭ, mawāniʿ : qiyāsables pour le jumhūr (liwāṭ → zinā) contre al-Āmidī, Ibn al-Ḥājib, al-Bayḍāwī ; mais créer une ʿibāda par qiyās = tashrīʿ bāṭil
  • ʿAqliyyāt : admis avec jāmiʿ rationnel (la ruʾya) ; nafy aṣlī : qiyās al-dalāla oui, qiyās al-ʿilla non
  • Verdict : ḥujja sauf ʿādiyya et khilqiyya (minimum du ḥayḍ → khabar al-ṣādiq), sauf tous les statuts par qiyās (tasalsul ; la ʿāqila), sauf le mansūkh
  • Ajout du sharḥ : pas de qiyās sur un makhṣūṣ — le nikāḥ par « hiba » (Coran 33, 50)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question pour vérifier la maîtrise des frontières du qiyās.

Question

« L'amputation du pilleur de tombes (nabbāsh) s'établit par qiyās sur le voleur, mais le minimum du ḥayḍ ne s'établit par aucun qiyās. Les deux relèvent pourtant de "quantités" sanctionnées par la Loi. Quel critère unique, dégagé du Sharḥ al-Lumaʿ d'al-Shīrāzī, explique que le qiyās court dans le premier cas et s'arrête dans le second ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
ABŪ ḤANĪFA
4 exclusions
ḥudūd · kaffārāt · rukhaṣ · taqdīrāt
2
NAQḌ
shāfiʿite
la poule dans le puits
3
VERDICT
ḥujja illā…
ʿādī · khilqī · kull · mansūkh
4
CRITÈRE
maʿqūl al-maʿnā
pas de ʿilla → pas de qiyās