Les quatre piliers de l'analogie · L'aṣl, le ḥukm al-aṣl et ses sept conditions, le farʿ · Pourquoi le ḥukm al-farʿ n'est pas un rukn
Le qiyās défini, prouvé et délimité, Subkī le démonte pièce par pièce : quatre arkān — l'aṣl (cas-source), le ḥukm al-aṣl (son statut), le farʿ (cas-dérivé) et le waṣf jāmiʿ (la ʿilla). Le statut du farʿ, lui, n'est pas un pilier : il est le fruit de l'opération. Trois questions structurent la carte. Qu'est-ce que l'aṣl — le vin lui-même (fuqahāʾ), le texte qui l'interdit (mutakallimūn) ou son interdiction ? À quelles conditions le statut de l'aṣl sert-il de source — Zarkashī en aligne sept, dont la plus discutée (l'aṣl ne doit pas être farʿ d'un autre) que Subkī assouplit avec la chaîne pomme → raisin sec → datte → riz → blé. Que doit remplir le farʿ — au premier chef, contenir la totalité de la ʿilla, d'où la distinction entre qiyās d'égalité et qiyās adwan. La ʿilla elle-même, quatrième rukn, ouvrira la famille suivante (carte 5).
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« Ses piliers sont quatre. L'aṣl : c'est le siège du statut auquel on assimile — on a dit aussi : sa preuve ; on a dit encore : son statut. Le deuxième : le statut de l'aṣl — il est de sa condition d'être établi par autre chose que le qiyās. Le troisième : le farʿ — c'est le siège [du statut] que l'on assimile, on a dit aussi : son statut — et il est de sa condition que la totalité de la ʿilla s'y trouve. » [Le quatrième rukn, la ʿilla, est traité à partir de la carte 5.]
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (arkān al-qiyās : al-aṣl wa-l-farʿ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 294-298
Les quatre arkān sont : l'aṣl, le ḥukm al-aṣl, le farʿ et le waṣf jāmiʿ (la ʿilla). Pourquoi le ḥukm al-farʿ — l'interdiction du nabīdh, dans l'exemple canonique — n'en fait-il pas partie ? Zarkashī répond avec la rigueur du logicien : il est « le fruit du qiyās et son résultat » (thamaratuhu wa-natījatuh), donc postérieur à lui ; en faire un pilier reviendrait à faire dépendre le qiyās de ce qui dépend de lui — un cercle. Quant à l'ordre d'exposition, il va de soi : l'aṣl d'abord, « car il est la source du statut, qui est la source de la ʿilla, qui est la source du farʿ ». Une remarque encore : Subkī ne rapporte aucun khilāf sur la nécessité d'un aṣl — Ibn al-Samʿānī signale pourtant qu'admettre un « qiyās sans aṣl » fut le fait de « qui a confondu l'ijtihād [au sens large] avec le qiyās » : les furūʿ ne se dérivent que de uṣūl.
Quand on rattache le nabīdh (boisson fermentée de dattes) au khamr pour l'interdiction de le boire, qu'appelle-t-on « aṣl » ?
Traduction : « Lorsque nous rattachons le nabīdh, pour l'interdiction d'en boire, au khamr dont l'interdiction est textuelle : les fuqahāʾ disent — l'aṣl, c'est le khamr, siège de l'interdiction, car c'est à lui que le farʿ est assimilé : il est donc sa source. Les mutakallimūn disent — l'aṣl, c'est le texte qui indique l'interdiction du khamr. Et certains disent — l'aṣl, c'est l'interdiction établie dans le khamr, car c'est d'elle que dérive l'interdiction du nabīdh. »
Le statut de l'aṣl doit être convenu — sinon l'adversaire le nie et le débat glisse d'une masʾala à une autre. Convenu entre qui ? Entre la umma entière ; entre les deux disputeurs (al-aṣaḥḥ) ; ou entre les disputeurs avec divergence de la umma (al-Āmidī). Le ṣaḥīḥ : rien n'empêche que le statut soit aussi consensuel dans la umma. — Faute d'accord, le mustadill peut-il établir le ḥukm al-aṣl par un naṣṣ, puis prouver la ʿilla ? Al-aṣaḥḥ : oui — sinon on refuserait en dispute toute prémisse susceptible de manʿ. De même, nul besoin d'un accord sur le fait que le statut soit muʿallal, ni d'un naṣṣ désignant sa ʿilla — contre Bishr al-Marīsī : les adilla du qiyās sont absolues.
« Les uṣūliyyūn posent que l'aṣl ne doit pas être le farʿ d'un autre aṣl. Pourquoi Subkī restreint-il cette condition — et en quoi la chaîne pomme → raisin sec → datte → riz → blé prouve-t-elle qu'un intermédiaire peut être utile, alors même que la ʿilla finale (le ṭaʿm) est identique d'un bout à l'autre de la chaîne ? »