Le quatrième rukn du qiyās · Muʿarrif, muʾaththir ou bāʿith ? · Le débat fondateur sur la nature de la ʿilla et ses conséquences
Après l'aṣl, le farʿ et leurs conditions, Subkī aborde le quatrième et dernier rukn du qiyās : la ʿilla, cœur battant de tout le Kitāb al-Qiyās. Avant d'en énumérer les conditions (cartes 6 et 7), il faut savoir ce qu'elle est. Quatre définitions s'affrontent : pour les ahl al-ḥaqq (les Ashʿarites), la ʿilla est un muʿarrif — un signe que le Législateur a posé pour faire connaître le ḥukm, sans efficience propre, car le seul agent réel est Allah. Pour les Muʿtazilites, elle est muʾaththir bi-dhātih — efficiente par elle-même. Pour al-Ghazālī, efficiente par la permission d'Allah. Pour al-Āmidī et Ibn al-Ḥājib, elle est le bāʿith — le motif de la législation. Derrière ce qui pourrait sembler une querelle de mots, al-Zarkashī montre, avec Subkī, que se jouent des questions massives : le ḥukm de l'aṣl est-il établi par la ʿilla ou par le naṣṣ (désaccord avec les Ḥanafites) ? La ʿilla qāṣira est-elle valide (carte 9) ? Peut-on dire qu'Allah agit pour des motifs ?
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« Le quatrième [rukn] : la ʿilla. Les tenants de la vérité ont dit : [elle est] ce qui fait connaître [le ḥukm] ; et le ḥukm de l'aṣl est établi par elle, non par le naṣṣ — contrairement aux Ḥanafites. On a dit aussi : [elle est] l'efficient par soi-même ; al-Ghazālī a dit : par la permission d'Allah ; et al-Āmidī a dit : le motif. Elle peut être répulsive [du ḥukm], suppressive, ou opérer les deux. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (ḥaqīqat al-ʿilla) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 299-302
La ʿilla est le pivot du qiyās : c'est elle qui justifie le transfert du ḥukm de l'aṣl vers le farʿ. Mais qu'est-elle au juste ? La réponse engage la théologie ashʿarite tout entière : si l'on dit qu'elle produit le ḥukm, on attribue une efficience à autre chose qu'Allah ; si l'on dit qu'elle est le motif d'Allah, on Lui attribue des buts (aghrāḍ) qui Le détermineraient — ce que l'école ashʿarite refuse. D'où la solution des ahl al-ḥaqq : la ʿilla est un simple muʿarrif, une amāra posée par le Législateur, comparable au nuage chargé qui annonce la pluie sans la produire. Al-Zarkashī insiste : contrairement à ce qu'affirment al-Āmidī, Ibn al-Ḥājib et al-Hindī, ce débat n'est pas purement verbal — la validité de la ʿilla qāṣira (carte 9) en dépend directement.
Le qiyās a quatre arkān : aṣl, farʿ, ḥukm al-aṣl et ʿilla (carte 4). La ʿilla est le jāmiʿ — l'élément commun qui justifie l'extension du ḥukm. Subkī ne mentionne même pas de divergence sur ce point, tant il est constitutif : un « qiyās » sans ʿilla ne serait qu'un rapprochement arbitraire.
Traduction : « L'auteur ne rapporte aucune divergence sur la ruknia de la ʿilla ; il existe pourtant à ce sujet une divergence isolée, rapportée par Ibn al-Samʿānī : le qiyās serait valide sans ʿilla dès qu'apparaît quelque ressemblance — et c'est nul. Quant à la définition de la ʿilla, ils ont divergé en plusieurs avis. Le premier — celui des gens de la Sunna — est qu'elle est ce qui fait connaître le ḥukm : elle indique l'existence du ḥukm sans être efficiente, car l'Efficient est Allah le Très-Haut. »
Soit l'interdiction du khamr, énoncée par un naṣṣ, et motivée par l'ivresse (shidda). Quand on demande : par quoi la ḥurma du khamr est-elle établie ? — les Shāfiʿites répondent : par la ʿilla (la shidda), commune au khamr et au nabīdh ; le naṣṣ en est le révélateur. Les Ḥanafites répondent : par le naṣṣ lui-même ; la ʿilla ne sert qu'à étendre le ḥukm au-delà du texte.
Al-Āmidī, Ibn al-Ḥājib et al-Hindī ont prétendu que tout ceci est un khilāf lafẓī. Subkī s'y oppose : le désaccord a des fruits, et le premier d'entre eux est la ʿilla qāṣira.
« Al-Āmidī, Ibn al-Ḥājib et al-Hindī soutiennent que le désaccord sur la définition de la ʿilla (muʿarrif / bāʿith) est purement verbal. Subkī le nie. En vous appuyant sur le sort de la ʿilla qāṣira chez les Shāfiʿites et chez les Ḥanafites, montrez que le choix d'une définition entraîne une conséquence pratique réelle. »