Le profil du waṣf valide · Ẓuhūr, inḍibāṭ, iṭṭirād · La ḥikma qui incite à l'imtithāl · Le taʿlīl par le ʿadam et par l'inconnu
Quel waṣf peut servir de ʿilla ? Subkī dresse le portrait-robot : un waṣf ḥaqīqī (saisissable en lui-même, comme le ṭuʿm), ẓāhir (apparent, non caché), munḍabiṭ (délimité, qui se distingue d'autre chose) ; ou un waṣf ʿurfī à condition d'être muṭṭarid (constant à travers les époques) ; ou encore lughawī (le nabīdh nommé « khamr »), voire un ḥukm sharʿī (la najāsa du chien motivant l'interdiction de sa vente). La ʿilla peut être simple ou composée (le meurtre volontaire, injuste pour le qiṣāṣ). Surtout, elle doit contenir une ḥikma « qui incite à l'imtithāl » — non pas qui pousserait Allah, mais qui motive le mukallaf. De là trois débats fameux : peut-on ériger la ḥikma elle-même en ʿilla ? un ʿadam (une absence) peut-il motiver un ḥukm positif ? et que faire d'un waṣf dont la ḥikma nous échappe — le taʿabbudī ? Al-Zarkashī déploie ici al-Rāzī, al-Āmidī, al-Ghazālī, le Muqtariḥ et la Risāla Bahāʾiyya.
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« Parmi les conditions du rattachement [du farʿ] par elle : qu'elle contienne une ḥikma incitant à l'obéissance et propre à servir de garant pour y suspendre le ḥukm… qu'elle soit ce qui délimite une ḥikma — on a dit : elle peut être la ḥikma elle-même ; on a dit : oui, si celle-ci est délimitée — ; qu'elle ne soit pas une absence pour [un ḥukm] positif… Et il est permis de motiver par ce dont on ne découvre pas la ḥikma. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (shurūṭ al-ʿilla) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 301-304
Si la ʿilla est le pont entre l'aṣl et le farʿ (carte 5), encore faut-il que ce pont soit praticable. Un waṣf caché (khafī) ne peut être vérifié dans le farʿ ; un waṣf non délimité (ghayr munḍabiṭ) varie avec les personnes et les situations ; un waṣf ʿurfī instable a pu ne pas exister à l'époque du Prophète ﷺ. D'où la triade : ẓuhūr, inḍibāṭ, iṭṭirād. Et parce que la Loi vise des maṣāliḥ, le waṣf doit porter une ḥikma — mais c'est le waṣf, mesurable, qu'on érige en ʿilla, et non la ḥikma, fuyante : le voyage (safar) plutôt que la fatigue (mashaqqa). Toute cette carte est une leçon de méthode : le droit s'accroche à des maẓinna — des sièges réguliers de la ḥikma — plutôt qu'à la ḥikma nue.
Zarkashī justifie le caractère exhaustif de la division : ce que l'on connaît, ou bien se connaît sans institution ni information — c'est le ḥaqīqī — ou bien suppose un instituteur : si c'est le Législateur, le waṣf est sharʿī ; si ce sont les Arabes, il est lughawī ; si ce sont les générations suivantes, il est ʿurfī.
Traduction : « L'Imām [al-Rāzī] l'a justifié dans la Risāla Bahāʾiyya par une justification élégante : lorsqu'un waṣf délimite une maṣlaḥa, une mafsada s'ensuit nécessairement quand celle-ci disparaît ; l'absence de ce waṣf délimite donc cette mafsada, et cette absence convient dès lors à l'interdiction. » — Exemple : la vente de l'esclave fugitif (al-ābiq) est nulle pour absence de capacité de livraison : l'absence de qudra ʿalā al-taslīm délimite la mafsada (le gharar), et motive l'interdit.
Exemple canonique : le qiṣāṣ est motivé par al-qatl al-ʿamd al-ʿudwān — le meurtre, volontaire, injuste, sans ambiguïté. Trois awṣāf convergents : c'est la hayʾa ijtimāʿiyya, la configuration d'ensemble, qui appelle le ḥukm.
Zarkashī relève la précision décisive du matn : quand les fuqahāʾ disent « le bāʿith du ḥukm », ils ne veulent pas dire que quelque chose pousse le Législateur — impensable en théologie ashʿarite (carte 5) — mais que la ʿilla incite le mukallaf à obéir. La préservation des vies est une ʿilla qui pousse au qiṣāṣ, lequel est l'acte du mukallaf ordonné par la Loi. Et celui qui accomplit le qiṣāṣ en visant aussi la ḥikma obtient deux récompenses : celle de l'obéissance et celle de la préservation des vies — toutes deux commandées : ﴾كُتِبَ عَلَيْكُمُ الْقِصَاصُ﴿ et ﴾وَلَكُمْ فِي الْقِصَاصِ حَيَاةٌ﴿.
Nul ne conteste qu'un ʿadam puisse motiver un ḥukm négatif (l'absence d'iḥṣān motive l'absence de rajm). Le débat porte sur le thubūtī : une absence peut-elle motiver un ḥukm positif, comme la nullité de la vente du fugitif par l'absence de capacité de livraison ?
On peut motiver par un waṣf dont on ne découvre pas la ḥikma : « le taʿabbudī n'est pas ce qui n'a pas de ʿilla, mais ce dont nous ne connaissons pas la ʿilla ». Ce qui échappe à la munāsaba intelligible, nous le nommons amāra — simple signe.
L'istibrāʾ (délai de vérification de vacuité de l'utérus) a pour ḥikma la certitude de non-grossesse. Or pour la ṣaghīra (impubère), cette ḥikma est certainement absente. Le ḥukm subsiste-t-il ?
« Pourquoi la Loi suspend-elle la rukhṣa du voyageur au safar et non à la mashaqqa, alors que c'est manifestement la mashaqqa qui est visée ? Reliez votre réponse aux deux conditions du waṣf (ẓuhūr, inḍibāṭ) et au débat sur le taʿlīl par la ḥikma — puis expliquez pourquoi Ghazālī maintient l'istibrāʾ de la ṣaghīra alors que sa ḥikma y est certainement absente. »