La khātima du Kitāb al-Qiyās · Le qiyās est-il « du dīn » ? · Relève-t-il des uṣūl al-fiqh ? · Le statut de ce qui est établi par qiyās
Les qawādiḥ achevés, Subkī ouvre une khātima (conclusion) qui prend de la hauteur : non plus comment faire un qiyās, mais quel est son statut dans l'édifice de la religion. Trois masāʾil. Première : le qiyās fait-il partie du dīn ? Trois avis, que Zarkashī déclare « très étranges » avant d'en retrouver la source dans al-Muʿtamad d'Abū al-Ḥusayn al-Baṣrī — et de les dénouer par une distinction lumineuse : si « dīn » désigne les statuts visés pour eux-mêmes, le qiyās n'en est pas ; si « dīn » désigne ce par quoi nous sommes astreints au culte (mā tuʿubbidnā bih), alors le qiyās est bien du dīn. Deuxième : le qiyās relève-t-il des uṣūl al-fiqh ? Oui, contre Imām al-Ḥaramayn, dont l'objection — les uṣūl sont des preuves, et les preuves sont certaines, or le qiyās ne donne que le ẓann — est démontée pièce par pièce. Troisième : que dire du maqīs, le ḥukm obtenu ? Ibn al-Samʿānī fixe l'adab du langage : on dit « c'est le dīn d'Allah et Sa Loi », jamais « Allah l'a dit ».
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« Conclusion : le qiyās fait partie du dīn — et le troisième [avis] : là où il devient individuellement requis. Et il relève des uṣūl al-fiqh, contrairement à Imām al-Ḥaramayn. Quant au statut de ce qui est établi par qiyās (al-maqīs), Ibn al-Samʿānī a dit : on dit de lui qu'il est le dīn d'Allah le Très-Haut et Sa Loi, mais il n'est pas permis de dire : Allah le Très-Haut l'a dit. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (khātima : ḥukm al-qiyās wa-l-maqīs) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 344-345
Tout le Kitāb al-Qiyās a traité le qiyās comme un instrument : arkān, ʿilla, masālik, qawādiḥ. La khātima retourne l'instrument vers celui qui le manie et pose la question du statut religieux de l'opération elle-même. C'est une question de théologie du droit : le qiyās est une démarche humaine, faillible, productrice de simple ẓann — comment peut-elle engendrer du dīn ? La réponse classique tient en un mot : le taʿabbud. Nous avons été astreints par Allah à œuvrer selon le résultat de cette démarche ; c'est cette astreinte — non l'opération psychologique du mujtahid — qui confère au résultat sa dignité religieuse. D'où la précision d'Ibn al-Samʿānī : le ḥukm obtenu est bien « dīn Allāh wa-sharʿuh », car il est ce qu'Allah nous a ordonné de suivre ; mais nul ne peut dire « Allah l'a dit » ou « c'est la parole d'Allah ou de Son Messager ﷺ », car l'énoncé, lui, est sorti de l'ijtihād d'un homme. Distinction d'une grande portée pour l'éthique de la fatwā.
La khātima quitte la technique pour le statut. Trois questions s'emboîtent, du plus général au plus particulier :
« Ces trois avis sont très étranges (gharība jiddan) », confesse Zarkashī — avant d'ajouter : « et j'en ai trouvé la trace (ẓafirtu bihā) dans al-Muʿtamad d'Abū al-Ḥusayn ». Le débat est en réalité un débat muʿtazilite sur l'extension du mot dīn :
Traduction : « Le vrai est ceci : s'ils entendent [par dīn] les statuts visés pour eux-mêmes — l'obligation et la recommandation —, alors le qiyās n'est pas tel, et il n'est donc pas du dīn ; mais s'ils entendent ce par quoi nous avons été astreints au culte, alors il est bien du dīn. »
Le matn : « wa-min uṣūl al-fiqh khilāfan li-Imām al-Ḥaramayn ». Zarkashī reconstruit le raisonnement de l'Imām, puis le défait selon la méthode dialectique étudiée dans les cartes précédentes — manʿ, puis taslīm en cascade :
Ibn al-Samʿānī (m. 489 H, auteur des Qawāṭiʿ al-adilla) fixe ce qu'il est permis de dire du ḥukm obtenu par qiyās :
La distinction sépare deux plans que la pratique confond facilement : le plan de l'obligation (le résultat du qiyās oblige — il est dīn) et le plan de l'attribution (le résultat ne peut être attribué à Allah comme Sa parole). Le mujtahid dit : « ceci est, à mon ijtihād, le ḥukm d'Allah » — il ne dit pas : « Allah a dit ceci ». Quant au muqallid, ce qu'il reçoit du mujtahid est pour lui dīn à suivre, sans qu'il puisse davantage le rapporter comme parole divine : il suit une fatwā, non un verset. La précision protège à la fois la transcendance du texte révélé et l'humilité du discours juridique.
« Comment peut-on affirmer à la fois que le ḥukm établi par qiyās est le dīn d'Allah et Sa Loi, et qu'il est interdit de dire qu'Allah l'a dit ? N'y a-t-il pas contradiction ? Reconstruisez la distinction de Zarkashī (taʿabbud) et celle d'Ibn al-Samʿānī (attribution) qui dissolvent l'apparente tension. »