بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°18

حَدُّ الْخَبَرِ : التَّنْبِيهُ وَالْإِنْشَاءُ وَالْخَبَرُ

Le rapport, cœur de la transmission · Ce qui admet le vrai et le faux · La grande division du discours qui ne demande pas

Ouverture du Bloc 1 — la théorie du khabar, fondement de tout le reste du livre : c'est par des rapports (akhbār) que la Sunna nous parvient. al-Subkī achève sa division du discours. On a vu (carte 17) le versant demande (ṭalab) ; voici le versant non-demande : ou bien le discours n'admet ni le vrai ni le faux — c'est la notification (tanbīh) et le performatif (inshāʾ) ; ou bien il les admet — c'est le rapport (khabar). al-Zarkashī détaille ce qui se range sous le tanbīh (souhait, espérance, serment, interpellation), discute la divergence entre uṣūliyyūn et rhétoriciens, et tranche la querelle de formulation soulevée par al-Ghazālī : faut-il dire « vérité/fausseté » (ṣidq/kadhab) ou « tenir-pour-vrai/tenir-pour-faux » (taṣdīq/takdhīb) ?

وَإِلَّا فَمَا لَا يَحْتَمِلُ الصِّدْقَ وَالْكَذِبَ تَنْبِيهٌ وَإِنْشَاءٌ، وَمُحْتَمِلُهَا الْخَبَرُ.

« Sinon [s'il ne communique pas une demande par institution], alors ce qui n'admet ni la vérité ni la fausseté est notification (tanbīh) et performatif (inshāʾ) ; et ce qui les admet est le rapport (khabar). »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 1 (théorie du khabar) §1 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 37-39

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Pourquoi le khabar est central

Tout ce que nous savons de la Sunna nous parvient sous forme de rapports : « Untel a rapporté que le Prophète ﷺ a dit… ». La science de la transmission tient donc à une question préalable : qu'est-ce qu'un khabar, et qu'est-ce qui le distingue d'un énoncé qui n'est ni vrai ni faux ? al-Subkī répond par une division : le discours signifiant se partage en demande (carte 17) et non-demande ; et la non-demande se subdivise selon qu'elle est ou non susceptible de vérité et de fausseté. Ce critère — l'admission du vrai et du faux — sera la clef de tout : c'est lui qui permettra de classer les rapports en certainement vrais, certainement faux, et probables (cartes 19-26).

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Vocabulaire essentiel

الْخَبَر al-khabar
« Le rapport / l'énoncé » : le discours qui admet la vérité et la fausseté. C'est l'unité de base de la transmission.
التَّنْبِيه al-tanbīh
« La notification » : « je t'ai signalé par là ce que je vise ». N'admet ni vrai ni faux. Englobe souhait, espérance, serment, interpellation.
الْإِنْشَاء al-inshāʾ
« Le performatif » : de anshaʾa (« il a commencé »). Production d'une expression dont le sens advient avec elle. N'admet ni vrai ni faux.
صِدْق / كَذِب ṣidq / kadhab
« Vérité / fausseté » : les deux valeurs que seul le khabar peut recevoir.
تَصْدِيق / تَكْذِيب taṣdīq / takdhīb
« Tenir-pour-vrai / tenir-pour-faux » : formulation proposée par al-Ghazālī, écartée par al-Subkī (risque de cercle).
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La division : tanbīh / inshāʾ d'un côté, khabar de l'autre

Le critère du vrai et du faux
Le discours qui ne demande pas se partage selon qu'il admet ou non la vérité et la fausseté.
Division Critère

Le partage

Si le discours ne communique pas une demande par institution (mais l'indique éventuellement par implication), deux cas :

  • Il n'admet ni vrai ni faux → tanbīh / inshāʾ. Sous la notification (tanbīh) se rangent : le souhait (tamannī, « ah, si la jeunesse revenait ! »), l'espérance (tarajjī, « peut-être aurai-je une fortune à dépenser »), le serment (qasam) et l'interpellation (nidāʾ) — car il ne sied pas de dire à qui les prononce « tu dis vrai » ou « tu mens ». al-Subkī suit ici al-Rāzī.
  • Il admet le vrai et le faux → khabar. C'est le rapport, objet de tout le bloc.
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Le sens de « inshāʾ » et de « ce qui les admet »

Étymologie et critère
« Performatif » vient de « commencer » ; le khabar est ce qui admet le vrai et le faux.
Inshāʾ Muḥtamil

Deux précisions de vocabulaire

  • « inshāʾ » : de leur expression « anshaʾa yafʿalu kaḏā » (« il s'est mis à faire telle chose »), qui signifie « il a commencé » ; le terme fut ensuite transféré pour désigner la production d'une expression dont le sens lui est concomitant dans l'existence (la vente naît avec « j'ai vendu »).
  • « ce qui les admet » (muḥtamiluhā) : ce qui admet le vrai et le faux, c'est le khabar. L'admission se fait en tant que concept (mafhūm) : le khabar, par sa nature, est susceptible des deux.
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Sharḥ al-Zarkashī — la querelle d'al-Ghazālī

« ṣidq/kadhab » ou « taṣdīq/takdhīb » ?
al-Ghazālī préfère « tenir-pour-vrai/faux » ; al-Subkī le réfute par deux arguments.
Sharḥ Ghazālī

La proposition d'al-Ghazālī

Un groupe, dont al-Ghazālī, soutient que s'exprimer par « taṣdīq / takdhīb » (tenir-pour-vrai / tenir-pour-faux) vaut mieux que « ṣidq / kadhab » (vérité / fausseté). Motif : certains rapports n'admettent que la vérité — tel le rapport du Véridique (khabar al-ṣādiq) — et d'autres que la fausseté — comme « l'unité est la moitié de la dizaine ». Dire que le khabar « admet le vrai et le faux » semblerait donc inexact pour ces cas.

La réfutation d'al-Subkī

فَإِنَّ احْتِمَالَهُ لَهُمَا بِحَسَبِ الْمَفْهُومِ، وَالْخَبَرُ مِنْ حَيْثُ هُوَ مُحْتَمِلٌ لِذَلِكَ ؛ وَتَعَيُّنُ أَحَدِ الِاحْتِمَالَيْنِ فِي بَعْضِ الْأَفْرَادِ بِحَسَبِ الْخَارِجِ لِخُصُوصِيَّةٍ لَا يُخْرِجُ احْتِمَالَ مَاهِيَّةِ الْخَبَرِ مِنْ حَيْثُ هِيَ.

Traduction : « Car l'admission [des deux] se fait selon le concept (mafhūm), et le khabar l'est en tant qu'il est susceptible de cela ; or la détermination de l'une des deux possibilités dans certains cas particuliers, selon l'extérieur et en raison d'une particularité, ne fait pas sortir la quiddité du rapport de sa susceptibilité [aux deux] en tant que telle. »

  • Argument 1 — concept vs cas particulier : le khabar, par essence, est susceptible du vrai et du faux. Que tel cas particulier (le rapport de Dieu, l'absurdité arithmétique) ne reçoive en fait qu'une valeur ne change pas la nature du rapport.
  • Argument 2 — le cercle (dawr) : « tenir-pour-vrai » et « tenir-pour-faux » signifient énoncer que le discours est vrai ou faux — donc définir le khabar par eux serait circulaire : on définirait le rapport par un acte de rapport.
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À retenir

4 points essentiels
La porte d'entrée de toute la théorie du khabar.
  • Le discours non-demande se partage : n'admet pas le vrai/faux (tanbīh, inshāʾ) ou l'admet (khabar)
  • Sous le tanbīh : souhait (tamannī), espérance (tarajjī), serment (qasam), interpellation (nidāʾ)
  • al-Ghazālī préfère « taṣdīq/takdhīb » à « ṣidq/kadhab » ; al-Subkī refuse : l'admission est par concept, et cela rendrait la définition circulaire
  • Critère décisif : le khabar est, par nature, susceptible du vrai et du faux — peu importe que tel cas reçoive en fait une seule valeur
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur l'argument du concept.

Question

« Le rapport du Véridique (le Prophète ﷺ) n'admet en fait que la vérité. Pourquoi cela ne contredit-il pas la définition du khabar comme "ce qui admet le vrai et le faux" ? Et pourquoi al-Subkī refuse-t-il la reformulation d'al-Ghazālī par "taṣdīq / takdhīb" ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
TANBĪH
souhait, espérance
serment, nidāʾ
2
INSHĀʾ
« commencer »
sens concomitant
3
KHABAR
admet vrai/faux
4
GHAZĀLĪ
taṣdīq/takdhīb
→ rejeté (dawr)