Un rapport est-il toujours vrai ou faux ? · Y a-t-il un tiers terme ? · al-Jāḥiẓ, le rapport « nu » et al-Rāghib
Question vertigineuse et d'une grande modernité logique : un rapport est-il nécessairement vrai ou faux, ou existe-t-il un tiers terme (wāsiṭa) — ni vrai ni faux ? La majorité tranche : un rapport correspond à l'extérieur (vrai) ou non (faux), et savoir qu'il n'y a pas de troisième possibilité est nécessaire (ḍarūrī). Mais des penseurs ont défendu un tiers terme, en faisant entrer la croyance du rapporteur (iʿtiqād) dans la définition même de la vérité. al-Jāḥiẓ ouvre quatre cas intermédiaires ; un deuxième avis fait du rapport « nu » (sāḏij, sans croyance) un tiers terme ; al-Rāghib distingue une « vérité parfaite » (correspondance et croyance) et des cas qualifiables à la fois de vrai et de faux sous deux rapports — comme la parole des hypocrites « nous attestons que tu es le Messager de Dieu ».
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« Il n'a pas d'échappatoire hors de ces deux, car il est conforme à l'extérieur, ou non. On a dit cependant qu'il y a un tiers terme. Pour al-Jāḥiẓ : conforme avec croyance ou son absence, ou non-conforme avec croyance ou son absence — le second cas, dans les deux situations, est un tiers terme. Pour un autre : la vérité est la conformité à la croyance du rapporteur, qu'il corresponde ou non à l'extérieur... Pour al-Rāghib : la vérité est la conformité extérieure jointe à la croyance. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 1 §3 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 43-46
Pour la majorité, la vérité d'un rapport est une affaire objective : il correspond ou non à la réalité, point. Toute la divergence vient de ceux qui font entrer un facteur subjectif — la croyance du rapporteur (iʿtiqād) — dans la définition. Dès lors, des cas « mixtes » apparaissent : que dire de celui qui affirme une chose vraie tout en croyant qu'elle est fausse ? ou de celui qui rapporte sans rien croire ? Ces cas, ni purement vrais ni purement faux, fondent l'idée d'un tiers terme. La réponse de la majorité — et la finesse d'al-Subkī — est de rappeler que la croyance « revient au rapporteur, non au rapport » (objection de ʿAbd al-Jabbār) : elle ne peut donc être une condition de la vérité du khabar lui-même.
La majorité : le rapport ne sort pas d'être vrai ou faux, car il correspond à son objet (vrai) ou non (faux). Et savoir l'impossibilité d'un tiers terme entre les deux est une connaissance nécessaire (ḍarūrī) — un principe évident, comme « une chose est, ou n'est pas ».
Pour al-Jāḥiẓ, seuls deux cas sont nettement tranchés :
Tout le reste — quatre cas — n'est ni vrai ni faux (le tiers terme) :
Abū l-Ḥusayn (Muʿtamad) le rapporte ainsi, puis note que ʿAbd al-Jabbār l'a réfuté : la croyance revient au rapporteur, pas au rapport.
La vérité du rapport est sa conformité à la croyance du rapporteur, qu'il corresponde ou non à l'extérieur ; sa fausseté en est l'absence. Sur cette base, le rapport « nu » (sāḏij) — celui qui ne s'accompagne d'aucune croyance — serait un tiers terme. (Certains soutiennent toutefois que cet avis n'établit pas de tiers terme : tout y est fausseté.)
La vérité parfaite (al-ṣidq al-tāmm) = conformité à l'extérieur et à la croyance ensemble. Si l'une manque, ce n'est plus une vérité parfaite ; alors :
« Les hypocrites disent au Prophète ﷺ : "Nous attestons que tu es le Messager de Dieu" — énoncé vrai en lui-même, que Dieu pourtant dément. al-Rāghib y voit un cas qualifiable de vrai et de faux. Comment la majorité, avec l'argument de ʿAbd al-Jabbār, maintient-elle qu'il n'y a pas de tiers terme ? »