بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°20

لَا مَخْرَجَ لِلْخَبَرِ عَنِ الصِّدْقِ وَالْكَذِبِ

Un rapport est-il toujours vrai ou faux ? · Y a-t-il un tiers terme ? · al-Jāḥiẓ, le rapport « nu » et al-Rāghib

Question vertigineuse et d'une grande modernité logique : un rapport est-il nécessairement vrai ou faux, ou existe-t-il un tiers terme (wāsiṭa) — ni vrai ni faux ? La majorité tranche : un rapport correspond à l'extérieur (vrai) ou non (faux), et savoir qu'il n'y a pas de troisième possibilité est nécessaire (ḍarūrī). Mais des penseurs ont défendu un tiers terme, en faisant entrer la croyance du rapporteur (iʿtiqād) dans la définition même de la vérité. al-Jāḥiẓ ouvre quatre cas intermédiaires ; un deuxième avis fait du rapport « nu » (sāḏij, sans croyance) un tiers terme ; al-Rāghib distingue une « vérité parfaite » (correspondance et croyance) et des cas qualifiables à la fois de vrai et de faux sous deux rapports — comme la parole des hypocrites « nous attestons que tu es le Messager de Dieu ».

وَلَا مَخْرَجَ لَهُ عَنْهُمَا، لِأَنَّهُ إِمَّا مُطَابِقٌ لِلْخَارِجِ أَوْ لَا. وَقِيلَ بِالْوَاسِطَةِ : فَالْجَاحِظُ : إِمَّا مُطَابِقٌ مَعَ الِاعْتِقَادِ وَنَفْيِهِ، أَوْ لَا مُطَابِقٌ مَعَ الِاعْتِقَادِ وَنَفْيِهِ، فَالثَّانِي فِيهِمَا وَاسِطَةٌ. وَغَيْرُهُ : الصِّدْقُ الْمُطَابَقَةُ لِاعْتِقَادِ الْمُخْبِرِ... وَالرَّاغِبُ : الصِّدْقُ الْمُطَابَقَةُ الْخَارِجِيَّةُ مَعَ الِاعْتِقَادِ.

« Il n'a pas d'échappatoire hors de ces deux, car il est conforme à l'extérieur, ou non. On a dit cependant qu'il y a un tiers terme. Pour al-Jāḥiẓ : conforme avec croyance ou son absence, ou non-conforme avec croyance ou son absence — le second cas, dans les deux situations, est un tiers terme. Pour un autre : la vérité est la conformité à la croyance du rapporteur, qu'il corresponde ou non à l'extérieur... Pour al-Rāghib : la vérité est la conformité extérieure jointe à la croyance. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 1 §3 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 43-46

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L'enjeu : qu'est-ce qui fait la vérité d'un rapport ?

Pour la majorité, la vérité d'un rapport est une affaire objective : il correspond ou non à la réalité, point. Toute la divergence vient de ceux qui font entrer un facteur subjectif — la croyance du rapporteur (iʿtiqād) — dans la définition. Dès lors, des cas « mixtes » apparaissent : que dire de celui qui affirme une chose vraie tout en croyant qu'elle est fausse ? ou de celui qui rapporte sans rien croire ? Ces cas, ni purement vrais ni purement faux, fondent l'idée d'un tiers terme. La réponse de la majorité — et la finesse d'al-Subkī — est de rappeler que la croyance « revient au rapporteur, non au rapport » (objection de ʿAbd al-Jabbār) : elle ne peut donc être une condition de la vérité du khabar lui-même.

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Vocabulaire essentiel

وَاسِطَة wāsiṭa
« Tiers terme / intermédiaire » : un statut qui ne serait ni vrai ni faux. La majorité en nie la possibilité.
الْمُطَابَقَة al-muṭābaqa
« La conformité / correspondance » à l'extérieur. Pour la majorité : conformité = vérité, non-conformité = fausseté.
الِاعْتِقَاد al-iʿtiqād
« La croyance » (du rapporteur en ce qu'il dit). Facteur subjectif introduit par al-Jāḥiẓ et al-Rāghib.
السَّاذِج al-sāḏij
« Le rapport nu » : énoncé sans aucune croyance (ou avec croyance en sa non-conformité). Candidat au tiers terme. Du persan sāda, arabisé.
بِجِهَتَيْنِ bi-jihatayn
« Sous deux rapports / considérations » : un même énoncé qualifié à la fois de vrai et de faux selon l'angle (al-Rāghib).
1

La position majoritaire : pas de tiers terme

Vrai ou faux, par nécessité
Le rapport correspond à l'extérieur (vrai) ou non (faux) ; l'absence de tiers terme est connue par nécessité.
Jumhūr Ḍarūrī

Une dichotomie nécessaire

La majorité : le rapport ne sort pas d'être vrai ou faux, car il correspond à son objet (vrai) ou non (faux). Et savoir l'impossibilité d'un tiers terme entre les deux est une connaissance nécessaire (ḍarūrī) — un principe évident, comme « une chose est, ou n'est pas ».

2

al-Jāḥiẓ — quatre cas intermédiaires

Croyance + correspondance croisées
En croisant correspondance et croyance, al-Jāḥiẓ ouvre quatre cas qui ne sont ni vrais ni faux.
Jāḥiẓ 4 cas

La doctrine d'al-Jāḥiẓ

Pour al-Jāḥiẓ, seuls deux cas sont nettement tranchés :

  • Vérité : conformité à l'extérieur + croyance en cette conformité.
  • Fausseté : non-conformité + croyance en la non-conformité.

Tout le reste — quatre cas — n'est ni vrai ni faux (le tiers terme) :

  • conforme, sans rien croire ;
  • conforme, tout en croyant à la non-conformité ;
  • non-conforme, tout en croyant à la conformité ;
  • non-conforme, sans rien croire.

Abū l-Ḥusayn (Muʿtamad) le rapporte ainsi, puis note que ʿAbd al-Jabbār l'a réfuté : la croyance revient au rapporteur, pas au rapport.

3

Le rapport « nu » (sāḏij) et l'avis d'al-Rāghib

Deuxième et troisième doctrines
Le sāḏij comme intermédiaire ; al-Rāghib : « vérité parfaite » et qualification sous deux rapports.
Sāḏij Rāghib

Deuxième doctrine — la vérité = conformité à la croyance

La vérité du rapport est sa conformité à la croyance du rapporteur, qu'il corresponde ou non à l'extérieur ; sa fausseté en est l'absence. Sur cette base, le rapport « nu » (sāḏij) — celui qui ne s'accompagne d'aucune croyance — serait un tiers terme. (Certains soutiennent toutefois que cet avis n'établit pas de tiers terme : tout y est fausseté.)

Troisième doctrine — al-Rāghib (al-Ḏarīʿa)

La vérité parfaite (al-ṣidq al-tāmm) = conformité à l'extérieur et à la croyance ensemble. Si l'une manque, ce n'est plus une vérité parfaite ; alors :

  • ou bien le rapport n'est ni vrai ni faux — tel le propos du délirant (mubarsam) sans intention : « Zayd est dans la maison » ;
  • ou bien il est qualifié tantôt de vrai, tantôt de faux sous deux considérations — comme la parole des mécréants « nous attestons que tu es le Messager de Dieu » : vrai quant à l'objet, faux car contredisant leur for intérieur ; c'est pourquoi Dieu les a démentis.
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À retenir

4 points essentiels
Le statut logique du rapport, avant d'aborder son signifié.
  • Majorité : pas de tiers terme — vrai (conforme) ou faux (non conforme), connaissance ḍarūrī
  • al-Jāḥiẓ : en croisant croyance et correspondance, quatre cas ni vrais ni faux
  • Le sāḏij (rapport nu, sans croyance) comme candidat au tiers terme ; al-Rāghib : « vérité parfaite » et qualification bi-jihatayn
  • Réfutation décisive (ʿAbd al-Jabbār) : la croyance revient au rapporteur, non au rapport — donc elle n'est pas une condition de sa vérité
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur l'argument décisif de la majorité.

Question

« Les hypocrites disent au Prophète ﷺ : "Nous attestons que tu es le Messager de Dieu" — énoncé vrai en lui-même, que Dieu pourtant dément. al-Rāghib y voit un cas qualifiable de vrai et de faux. Comment la majorité, avec l'argument de ʿAbd al-Jabbār, maintient-elle qu'il n'y a pas de tiers terme ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
JUMHŪR
vrai / faux
pas de wāsiṭa
2
JĀḤIẒ
4 cas
intermédiaires
3
RĀGHIB
ṣidq tāmm
bi-jihatayn
4
ʿABD AL-JABBĀR
croyance → rapporteur
≠ rapport