بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°21

مَدْلُولُ الْخَبَرِ : الْحُكْمُ بِالنِّسْبَةِ

Que signifie au juste un rapport ? · Le jugement de la relation, non son établissement · La preuve d'al-Rāzī : sinon, aucun mensonge ne serait un rapport

Une masʾala d'une grande subtilité, qui décide de la cohérence de toute la théorie : quand je dis « le monde est advenu », que signifie mon énoncé ? Désigne-t-il l'advenue du monde elle-même (la relation établie dans la réalité), ou mon jugement portant sur cette advenue ? al-Subkī tranche, avec al-Rāzī et contre al-Qarāfī : le signifié du rapport est le jugement de la relation (al-ḥukm bi-l-nisba), non son établissement (thubūt). La preuve est limpide : si le rapport signifiait la relation établie, alors dire « le monde est advenu » rendrait le monde advenu — et aucun mensonge ne pourrait être un rapport. Or le mensonge est précisément l'une des deux espèces du khabar. Donc le signifié est le jugement, pas la chose jugée.

وَمَدْلُولُ الْخَبَرِ : الْحُكْمُ بِالنِّسْبَةِ لَا ثُبُوتُهَا، وِفَاقًا لِلْإِمَامِ وَخِلَافًا لِلْقَرَافِيِّ، وَإِلَّا لَمْ يَكُنْ شَيْءٌ مِنَ الْخَبَرِ كَذِبًا.

« Le signifié du rapport est le jugement (al-ḥukm) de la relation, non son établissement (thubūt) — d'accord avec l'Imām [al-Rāzī] et contre al-Qarāfī ; sinon, aucun rapport ne serait fausseté. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 1 §4 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 46-48

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Pourquoi cette distinction est vitale

Confondre « le jugement porté sur une relation » et « la relation elle-même » ferait s'effondrer toute la science du rapport. Car si dire une chose la rendait vraie, le langage serait magique : tout énoncé serait automatiquement conforme à la réalité, et la fausseté deviendrait impossible. Or nous savons que les rapports faux existent — c'est même la moitié de la définition du khabar (vrai ou faux). al-Subkī fait donc reposer la possibilité même du mensonge sur cette distinction : le rapport signifie un acte de jugement (qui peut être correct ou erroné), non la réalité jugée. C'est aussi une masʾala où al-Subkī, en bon pédagogue, place sa propre justification après celle de l'Imām, pour bien marquer ce qui revient à chacun.

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Vocabulaire essentiel

مَدْلُول madlūl
« Le signifié » : ce que désigne l'expression. La question : le rapport signifie-t-il le jugement ou la relation ?
الْحُكْم بِالنِّسْبَة al-ḥukm bi-l-nisba
« Le jugement de la relation » : l'acte mental d'attribuer un prédicat à un sujet. C'est cela, le signifié du rapport.
ثُبُوت النِّسْبَة thubūt al-nisba
« L'établissement de la relation » : sa réalisation effective dans l'extérieur. Ce n'est pas le signifié du rapport.
مَلْزُوم / لَازِم malzūm / lāzim
« L'impliquant / l'impliqué » : structure de la preuve par l'absurde. Si le conséquent (lāzim) est nul, l'antécédent (malzūm) l'est aussi.
الْمَعَانِي الذِّهْنِيَّة al-maʿānī al-ḏihniyya
« Les sens mentaux » : selon al-Rāzī, les expressions sont posées en regard des sens dans l'esprit — argument qui sert à affaiblir al-Qarāfī.
1

La thèse : le signifié est le jugement, non la relation

al-Subkī avec al-Rāzī
Le rapport signifie l'acte de juger la relation, pas la relation établie dans la réalité.
Thèse Ḥukm

Jugement vs établissement

Quand tu dis « le monde est advenu » (al-ʿālam ḥādith), le signifié de cet énoncé est ton jugement portant sur l'advenue du monde — non l'advenue même du monde. al-Subkī suit ici al-Rāzī et s'oppose à al-Qarāfī (pour qui le signifié serait la relation établie).

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Sharḥ al-Zarkashī — la démonstration d'al-Rāzī

« Sinon, aucun mensonge ne serait un rapport »
Le raisonnement par l'absurde : si le signifié était la relation établie, dire rendrait vrai.
Sharḥ Preuve

Le passage du Maḥṣūl

لَوْ كَانَ مَدْلُولُهُ نَفْسَ ثُبُوتِ الْحُدُوثِ لِلْعَالَمِ لَكَانَ حَيْثُمَا وُجِدَ قَوْلُنَا «الْعَالَمُ مُحْدَثٌ» كَانَ الْعَالَمُ مُحْدَثًا لَا مَحَالَةَ، فَوَجَبَ أَنْ لَا يَكُونَ الْكَذِبُ خَبَرًا ؛ وَلَمَّا بَطَلَ ذَلِكَ عَلِمْنَا أَنَّ مَدْلُولَ الصِّيغَةِ هُوَ الْحُكْمُ بِالنِّسْبَةِ لَا نَفْسُ النِّسْبَةِ.

Traduction : « Si son signifié était l'établissement même de l'advenue pour le monde, alors partout où se trouverait notre énoncé "le monde est advenu", le monde serait inéluctablement advenu — et il faudrait que la fausseté ne soit pas un rapport. Or cela étant nul, nous savons que le signifié de la formule est le jugement de la relation, non la relation même. »

2

Défendre la formule de l'Imām

Une formule mal comprise
Certains ont cru l'argument retourné contre al-Rāzī ; al-Subkī montre que sa formule est correcte.
Défense Malzūm

Lever le malentendu

On a objecté que l'Imām laisserait croire que « la fausseté serait réalisée sans le caractère de rapport ». Un groupe a même cru l'argument retourné contre lui. Un autre a écrit dans le Taḥṣīl : « sinon le rapport ne serait pas fausseté » — formule également défectueuse (elle laisse croire que tout rapport serait faux).

La vérité : la formule de l'Imām est correcte. Exposé : si le signifié de la relation était l'établissement, la fausseté ne serait pas un rapport ; or ce conséquent est nul, nécessairement, puisque la fausseté est l'une des deux espèces du rapport ; donc l'antécédent l'est aussi. La preuve de l'implication : l'établissement de la relation, c'est son advenue dans l'extérieur — donc une relation établie ne peut, en tant que réalisée, être fausseté.

3

Pourquoi la doctrine d'al-Qarāfī est affaiblie

Quatre points contre al-Qarāfī
al-Subkī renverse l'objection et énumère quatre raisons d'écarter la thèse adverse.
Qarāfī 4 raisons

Le renversement et les quatre points

Certains contestent à l'Imām que sa preuve soit contraignante (le rapport est un muʿarrif, et ce qui fait connaître peut être postérieur à ce qu'il révèle). Mais l'argument se renverse contre al-Qarāfī : si le signifié était le jugement, quiconque dit « Zayd s'est levé » a déjà jugé de son lever — son rapport serait donc conforme, qu'il y ait lever ou non ; surtout que l'Imām tient que les expressions sont posées en regard des sens mentaux.

al-Subkī affaiblit la doctrine d'al-Qarāfī par quatre points :

  • (1) sa thèse que les composés ne sont pas institués par convention (cf. carte 14) ;
  • (2) la règle qu'a posée l'auteur (le signifié = jugement) ;
  • (3) on n'accorde pas que le signifié de « Zayd s'est levé » soit l'advenue du lever ; c'est le jugement portant sur l'advenue, lequel admet le vrai et le faux ;
  • (4) l'accord des gens sur le fait que le rapport est plus général que la vérité et la fausseté.
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À retenir

4 points essentiels
La pierre de touche de la possibilité du mensonge.
  • Le signifié du rapport est le jugement de la relation (al-ḥukm bi-l-nisba), non son établissement
  • Preuve par l'absurde : sinon dire « X » rendrait X vrai, et aucun mensonge ne serait un rapport
  • La formule de l'Imām est correcte ; al-Subkī reporte sa justification après pour qu'on ne la lui attribue pas à tort
  • Contre al-Qarāfī : 4 points, dont l'accord que le rapport est plus général que le vrai et le faux
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur la preuve par l'absurde.

Question

« Reconstituez la preuve d'al-Rāzī sous forme de raisonnement par l'absurde : quel est l'antécédent (malzūm) supposé, quel conséquent absurde (lāzim) en découle, et pourquoi la nullité du conséquent prouve-t-elle que le signifié du rapport est le jugement et non la relation établie ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
SIGNIFIÉ
jugement
≠ établissement
2
PREUVE
sinon dire = rendre vrai
3
CONSÉQUENT
aucun mensonge
ne serait khabar
4
vs QARĀFĪ
khabar ⊃ vrai/faux