بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°23

الْخَبَرُ الْمَقْطُوعُ بِكَذِبِهِ

Quand peut-on être certain qu'un rapport est faux ? · Suggérer le faux sans taʾwīl possible · Les causes de la forgerie et les quatre cas

Ouverture de la 3ᵉ partie — la théorie du khabar et le mutawātir. Un rapport, en lui-même, admet le vrai et le faux ; mais des facteurs extérieurs peuvent le rendre certainement faux ou certainement vrai. Cette carte traite le premier versant : al-maqṭūʿ bi-kadhibihi. Règle de Subkī : tout rapport qui suggère une fausseté (bāṭil) et ne se prête à aucune interprétation conciliatrice est ou bien forgé (makdhūb), ou bien amputé de ce qui dissiperait la fausse impression. al-Zarkashī détaille les causes de la forgerie (oubli, fabrication mensongère, erreur) puis quatre cas de fausseté certaine — dont le fameux débat raison vs transmission (ʿaql / samʿ) et l'argument contre les Rāfiḍites sur l'imāmat de ʿAlī.

وَكُلُّ خَبَرٍ أَوْهَمَ بَاطِلًا وَلَمْ يَقْبَلِ التَّأْوِيلَ فَمَكْذُوبٌ، أَوْ نُقِصَ مِنْهُ مَا يُزِيلُ الْوَهْمَ. وَسَبَبُ الْوَضْعِ : نِسْيَانٌ أَوِ افْتِرَاءٌ أَوْ غَلَطٌ أَوْ غَيْرُهَا. وَمِنَ الْمَقْطُوعِ بِكَذِبِهِ : خَبَرُ مُدَّعِي الرِّسَالَةِ بِغَيْرِ مُعْجِزَةٍ، وَمَا نُقِّبَ عَنْهُ وَلَمْ يُوجَدْ، وَبَعْضُ الْمَنْسُوبِ إِلَيْهِ ﷺ، وَالْمَنْقُولُ آحَادًا فِيمَا تَتَوَفَّرُ الدَّوَاعِي عَلَى نَقْلِهِ، خِلَافًا لِلرَّافِضَةِ.

« Tout rapport qui suggère une fausseté et ne se prête pas à une interprétation est ou bien mensonger, ou bien amputé de ce qui dissiperait cette fausse impression. La cause de la forgerie est l'oubli, la fabrication, l'erreur, ou autre. Et parmi ce dont la fausseté est certaine : le rapport de qui prétend à la mission sans miracle ; ce qu'on a fouillé sans le trouver ; une partie de ce qui lui est attribué ﷺ ; et ce qui est transmis isolément alors que les motifs de le transmettre [largement] auraient dû abonder — contre les Rāfiḍites. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, 3ᵉ partie §1-4 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 52-56

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Du « possible » au « certain »

Les cartes précédentes ont établi que le khabar est, par nature, susceptible du vrai et du faux. Mais en pratique, le savant doit classer les rapports : certains sont certainement faux, d'autres certainement vrais, la masse étant probable (le khabar al-wāḥid, Famille E). Cette carte ouvre la première classe. Le critère décisif est la conciliation possible ou non (taʾwīl) : un énoncé qui heurte une vérité établie n'est rejeté que s'il ne souffre aucune lecture acceptable. C'est ici que se loge le grand débat de méthode : quand un rapport (samʿ) semble contredire la raison (ʿaql), lequel l'emporte ? Les théologiens privilégient la raison (car c'est elle qui fonde la validité du samʿ) ; les traditionnistes privilégient le texte.

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Vocabulaire essentiel

مَكْذُوب makdhūb
« Mensonger / forgé » : un rapport qui suggère le faux sans interprétation possible, et n'a pas été amputé.
التَّأْوِيل al-taʾwīl
« L'interprétation [conciliatrice] » : si le rapport l'accepte, sa fausseté n'est plus certaine (le sens visé pouvant être correct).
الْوَضْع al-waḍʿ
« La forgerie » : fabrication d'un faux rapport. Ses causes : oubli, fabrication mensongère, erreur, autre.
الافْتِرَاء al-iftirāʾ
« La fabrication mensongère » : forgerie intentionnelle, comme celle des zindīqs voulant détourner de la Loi.
السَّمْع / الْعَقْل al-samʿ / al-ʿaql
« La transmission / la raison » : les deux pôles du conflit d'interprétation. Théologiens : priorité au ʿaql ; traditionnistes : priorité au samʿ.
1

Préliminaire : certain par nécessité ou par démonstration

Deux voies vers la certitude négative
Un rapport peut être tenu faux soit par évidence (contradictoires), soit par raisonnement (éternité du monde).
Préalable Qaṭʿ

Deux façons de connaître la fausseté

Le khabar, en lui-même, est susceptible du vrai et du faux ; mais des facteurs extérieurs peuvent imposer la certitude. On est certain de sa fausseté quand on en connaît le contraire :

  • Par nécessité (ḍarūra) : tel un énoncé affirmant la réunion de deux contradictoires ou leur élimination simultanée — l'esprit en saisit immédiatement l'impossibilité.
  • Par démonstration (istidlāl) : tel l'énoncé du philosophe affirmant l'éternité du monde (qidam al-ʿālam), dont on connaît la fausseté par la preuve de l'avènement (ḥudūth) du monde.
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Sharḥ al-Zarkashī — le conflit ʿaql / samʿ

Ce qui ne se prête à aucun taʾwīl
Pourquoi un rapport peut être impossible du Prophète ﷺ, et le grand débat sur la priorité de la raison ou de la transmission.
Sharḥ Taʾwīl

L'impossibilité d'émaner du Prophète ﷺ

Qu'un rapport ne se prête à aucune interprétation tient à ce qu'il contredit la preuve rationnelle (ou autre) qui l'impose : il est alors catégoriquement impossible qu'il émane de lui ﷺ — « car la Loi vient avec ce que les intellects jugent possible, non avec ce qu'ils jugent impossible ». Exemples : le faux ḥadīth « Dieu s'est créé Lui-même » et les autres traditions forgées sur l'anthropomorphisme (tashbīh).

Raison ou transmission ?

  • Les théologiens (mutakallimūn) font prévaloir l'acquis de la raison : car la transmission (samʿ) n'est établie que par une preuve rationnelle ; faire prévaloir le samʿ reviendrait à invalider le principe par le dérivé.
  • Les traditionnistes (muḥaddithūn) font prévaloir le samʿ, vu la possibilité d'erreur de l'intellect, surtout en matière divine.
  • Le vrai critère : faire reposer cela sur la divergence déjà vue — les preuves transmises (naqliyya) procurent-elles la certitude ?
2

« Amputé de ce qui dissipe la fausse impression »

Quand un mot est tombé
Certains rapports semblent faux parce qu'un transmetteur a omis un terme essentiel.
Naqṣ Ibn Qutayba

Deux exemples d'Ibn Qutayba

Un rapport peut paraître faux non parce qu'il est forgé, mais parce qu'un mot a été omis par un transmetteur :

  • « Cent ans » : le Prophète ﷺ aurait dit qu'« il ne resterait, ce jour-là, à sa surface, aucune âme vivante » — contraire à l'observation. En réalité, il est tombé « d'entre vous » : « il ne restera sur la terre, d'entre vous, [aucune âme] ».
  • Ibn Masʿūd, la nuit des djinns : « aucun de nous n'y assista » — alors qu'il est rapporté qu'il y assista. Il est tombé « hormis moi ». (Ibn al-Sīd l'a suivi, ce qui étonne : car dans Muslim, à « étais-tu avec le Prophète ﷺ la nuit des djinns ? », Ibn Masʿūd répond « non ».)
3

Les causes de la forgerie (asbāb al-waḍʿ)

Oubli · fabrication · erreur · autre
Pourquoi un faux se glisse dans la transmission : quatre causes, dont la fabrication des zindīqs.
Waḍʿ Causes

Quatre causes

  • L'oubli (nisyān) : par l'ancienneté de l'audition, le rapporteur altère le sens, ou élève (rafʿ) ce qui n'était qu'interrompu (mawqūf).
  • La fabrication mensongère (iftirāʾ) : les zindīqs forgent des traditions contraires à la raison et les attribuent au Messager ﷺ, pour détourner les gens de raison de la Loi.
  • L'erreur (ghalaṭ) : la langue dérape vers un autre mot, ou l'on substitue une expression à une autre en croyant en rendre le sens.
  • « Ou autre » : tel l'avis de certains Karrāmites autorisant la forgerie en matière d'incitation et de dissuasion (targhīb / tarhīb) — ce qui revient en fait à l'iftirāʾ.
4

Les quatre cas de fausseté certaine

Prophète sans miracle · introuvable · āḥād suspect · ce qui aurait dû être massif
Quatre situations où l'on tranche la fausseté, dont l'argument contre les Rāfiḍites.
4 cas Rāfiḍites

Quatre situations

  • 1. Prétendre à la prophétie sans miracle : Imām al-Ḥaramayn détaille — s'il prétend qu'on doit le suivre sans signe, c'est faux (cela imposerait l'impossible : connaître sa véracité sans voie d'accès) ; s'il dit seulement « il m'a été révélé », on n'est pas certain de sa fausseté. al-Subkī : cela valait avant le Sceau des prophètes ﷺ ; aujourd'hui, c'est certainement faux, car il est établi qu'il n'est pas de prophète après lui.
  • 2. Recherché et introuvable : ce qui, après stabilisation du corpus, est cherché sans être trouvé ni dans les livres ni dans la mémoire des rapporteurs (al-Rāzī, Muʿtamad). Mais al-Qarāfī objecte : il faudrait un recensement exhaustif de toute la terre — ardu, voire impossible. (Anecdote d'al-Zuhrī, maître de Mālik, ignorant un ḥadīth : « place-le dans la moitié que tu ne connais pas ».)
  • 3. āḥād certainement faux : certains rapports isolés, en vertu du « on mentira sur moi » — ḥadīth lui-même non authentiquement connu.
  • 4. Isolé là où la transmission aurait dû abonder : soit un fait insolite (la chute du prédicateur de la chaire en plein sermon), soit un principe de religion — tel le « texte » dont les Rāfiḍites prétendent qu'il fonde l'imāmat de ʿAlī (qu'Allāh l'agrée) : son absence de transmission massive prouve sa non-authenticité.
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur le rôle du taʾwīl.

Question

« Un rapport "suggère une fausseté". Pourquoi al-Subkī ne le déclare-t-il pas faux d'emblée, mais ajoute la condition "et ne se prête pas à l'interprétation" ? Que devient le statut du rapport s'il accepte un taʾwīl, et quel rôle joue ici la possibilité qu'un mot ait été omis (naqṣ) ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
CRITÈRE
suggère le faux
+ pas de taʾwīl
2
ʿAQL / SAMʿ
théologiens : raison
muḥaddithūn : texte
3
WAḌʿ
oubli, iftirāʾ,
erreur, autre
4
4 CAS
faux prophète, introuvable,
āḥād suspect, vs Rāfiḍa