Quand peut-on être certain qu'un rapport est faux ? · Suggérer le faux sans taʾwīl possible · Les causes de la forgerie et les quatre cas
Ouverture de la 3ᵉ partie — la théorie du khabar et le mutawātir. Un rapport, en lui-même, admet le vrai et le faux ; mais des facteurs extérieurs peuvent le rendre certainement faux ou certainement vrai. Cette carte traite le premier versant : al-maqṭūʿ bi-kadhibihi. Règle de Subkī : tout rapport qui suggère une fausseté (bāṭil) et ne se prête à aucune interprétation conciliatrice est ou bien forgé (makdhūb), ou bien amputé de ce qui dissiperait la fausse impression. al-Zarkashī détaille les causes de la forgerie (oubli, fabrication mensongère, erreur) puis quatre cas de fausseté certaine — dont le fameux débat raison vs transmission (ʿaql / samʿ) et l'argument contre les Rāfiḍites sur l'imāmat de ʿAlī.
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« Tout rapport qui suggère une fausseté et ne se prête pas à une interprétation est ou bien mensonger, ou bien amputé de ce qui dissiperait cette fausse impression. La cause de la forgerie est l'oubli, la fabrication, l'erreur, ou autre. Et parmi ce dont la fausseté est certaine : le rapport de qui prétend à la mission sans miracle ; ce qu'on a fouillé sans le trouver ; une partie de ce qui lui est attribué ﷺ ; et ce qui est transmis isolément alors que les motifs de le transmettre [largement] auraient dû abonder — contre les Rāfiḍites. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, 3ᵉ partie §1-4 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 52-56
Les cartes précédentes ont établi que le khabar est, par nature, susceptible du vrai et du faux. Mais en pratique, le savant doit classer les rapports : certains sont certainement faux, d'autres certainement vrais, la masse étant probable (le khabar al-wāḥid, Famille E). Cette carte ouvre la première classe. Le critère décisif est la conciliation possible ou non (taʾwīl) : un énoncé qui heurte une vérité établie n'est rejeté que s'il ne souffre aucune lecture acceptable. C'est ici que se loge le grand débat de méthode : quand un rapport (samʿ) semble contredire la raison (ʿaql), lequel l'emporte ? Les théologiens privilégient la raison (car c'est elle qui fonde la validité du samʿ) ; les traditionnistes privilégient le texte.
Le khabar, en lui-même, est susceptible du vrai et du faux ; mais des facteurs extérieurs peuvent imposer la certitude. On est certain de sa fausseté quand on en connaît le contraire :
Qu'un rapport ne se prête à aucune interprétation tient à ce qu'il contredit la preuve rationnelle (ou autre) qui l'impose : il est alors catégoriquement impossible qu'il émane de lui ﷺ — « car la Loi vient avec ce que les intellects jugent possible, non avec ce qu'ils jugent impossible ». Exemples : le faux ḥadīth « Dieu s'est créé Lui-même » et les autres traditions forgées sur l'anthropomorphisme (tashbīh).
Un rapport peut paraître faux non parce qu'il est forgé, mais parce qu'un mot a été omis par un transmetteur :
« Un rapport "suggère une fausseté". Pourquoi al-Subkī ne le déclare-t-il pas faux d'emblée, mais ajoute la condition "et ne se prête pas à l'interprétation" ? Que devient le statut du rapport s'il accepte un taʾwīl, et quel rôle joue ici la possibilité qu'un mot ait été omis (naqṣ) ? »